Restez chez vous

En tant que citoyens du Nouveau-Brunswick, nous sommes chanceux. Très chanceux.

Un nouveau coronavirus qui semblait d’abord toucher seulement la Chine s’est propagé à travers le monde. Il fait fi des frontières, si bien que l’Europe est devenue l’épicentre de l’épidémie. Les États-Unis ont suivi.

Le Canada a l’avantage d’avoir vu venir les coups. Nous voyons ce qui se passe en Italie, en France, en Espagne… La maladie a déjà tué plus de 6600 personnes dans le monde et ça ne fait que commencer.

Des gouvernements ont réagi en isolant des villes, puis en interdisant les rassemblements et en fermant les édifices publics, les écoles et tous les commerces jugés non essentiels.

Dans cette lutte contre la propagation de la maladie, le Nouveau-Brunswick jouit toutefois d’une chance inouïe. Le gouvernement provincial a eu le luxe de voir ce qui se passe ailleurs dans le monde, mais aussi au Canada, où des provinces comme l’Ontario comptent les nouveaux cas par dizaines.

L’opinion publique évolue rapidement.

Souvenez-vous. C’était il y a un peu plus d’une semaine. Le chef du Parti vert, David Coon, affirmait hésiter à plonger la province en élections. Il se voyait mal cogner aux portes et organiser des rassemblements partisans en pleine période de contagion. Plusieurs ont bien rigolé, en croyant que M. Coon cherchait une excuse pour justifier son appui au gouvernement Higgs.

Au même moment, le ministre de l’Éducation, Dominic Cardy, interdisait aux enfants qui arrivaient de vacances de l’étranger de fréquenter les écoles pendant 14 jours. La mesure avait soulevé énormément de frustration. Aujourd’hui, toutes les écoles sont fermées et personne censé d’esprit ne conteste la décision.

Il est facile de sous-estimer l’ampleur de ce qui nous attend. Après tout, le Nouveau-Brunswick ne compte que deux cas de COVID-19 confirmés et cinq autres cas probables, la plupart étant liés à une femme âgée dans la cinquantaine qui a attrapé cette cochonnerie au cours d’un voyage en France. Selon toutes les apparences, il n’y a pas encore de contamination communautaire.

Les mots clefs ici sont: «pas encore».

D’autres nations ont d’abord cru que la COVID-19 était limitée à quelques personnes seulement. Dans l’État de Washington, sur la côte ouest des États-Unis, il n’y a d’abord eu que trois cas confirmés et personne n’était particulièrement inquiet. Le nombre de personnes atteintes a d’abord grimpé de façon progressive, puis de façon exponentielle. Cet État compte aujourd’hui une vingtaine de décès, avec de nombreux autres à venir.

Ce que l’expérience des Chinois, des Italiens et des Américains nous a appris, c’est que les cas confirmés cachent des centaines, voir des milliers de cas non diagnostiqués.

Nous pouvons rêver et espérer que le Nouveau-Brunswick constitue une exception. Nous sommes une petite province peu populeuse. Nous ne comptons pas de métropoles de la taille de Toronto ou de Montréal. Nos aéroports ne proposent pas des centaines de vols quotidiens vers l’Asie ou l’Europe.

Il se peut que les sept Néo-Brunswickois atteints du coronavirus (cas présumés et confirmés) soient l’exception et qu’absolument personne d’autre ne soit atteint dans les villes et villages d’Acadie et du N.-B.

Il se peut aussi que des centaines d’entre nous soient déjà atteints. Et que chaque fois qu’une de ces personnes s’est rendue au cinéma, au restaurant, au centre d’entraînement, à la quincaillerie, dans une érablière ou dans n’importe quel autre endroit public, elle a infecté du même coup des dizaines d’autres personnes sans le savoir.

Cela pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur notre système de santé.

Souvenez-vous de la situation à l’Hôpital régional de Campbellton en novembre 2019. L’établissement débordait de patients, au point où il a été mis en état d’urgence: pas de chirurgies ni d’accouchements, aucune nouvelle admission dans les salles d’urgence, les ambulances détournées et abandon temporaire du service d’obstétrique.

Imaginez maintenant la même situation en même temps dans tous les hôpitaux du Nouveau-Brunswick – les gros comme les plus petits – et vous commencez à comprendre pourquoi le gouvernement du Nouveau-Brunswick et sa médecin-hygiéniste en chef sont préoccupés.

Que pouvons-nous faire?

La réponse est simple et nous l’avons déjà exprimé en éditorial la semaine dernière: respectez les directives des autorités. Et surtout, restez à la maison.

Il y a un mois, le coronavirus était à nos yeux un problème chinois. Il y a deux semaines, nous avons cru que c’était surtout limité à quelques régions d’Europe. Aujourd’hui, nous savons qu’il s’agit d’un problème mondial. Le Canada n’y échappera pas. Le Nouveau-Brunswick non plus.

Il faut garder un maximum de personnes à la maison. C’est notre devoir à tous.