Élections municipales: attendons un an

Le gouvernement provincial et les partis d’opposition ont pris une sage décision en annulant les élections municipales de même que les deux élections partielles qui devaient avoir lieu dans les circonscriptions de Baie-de-Shediac-Dieppe et de Sainte-Croix.

Les élections municipales devaient avoir lieu le 11 mai, soit dans moins de deux mois. Quant aux élections partielles, elles étaient prévues le 15 juin.

Ceux qui pensent que la pandémie mondiale de la COVID-19 sera alors chose du passé rêvent en couleurs. La situation va empirer, et de beaucoup, avant de s’améliorer. Le Nouveau-Brunswick ne sera pas l’exception.

Il est impensable d’organiser des élections, municipales, partielles ou autres, au printemps.

Pendant une campagne électorale, les candidats font du porte-à-porte, échangent des serrées de main et font la bise. Ils participent aussi à des débats à la radio, organisent des rassemblements, font le plein de bénévoles en plus de tenter de convaincre de vive voix les indécis de les appuyer.

La journée du scrutin est encore plus problématique. Des citoyens font la file, parfois dans des salles relativement petites, afin d’accomplir leur devoir. Ils vont dans un isoloir, utilisé auparavant par de nombreux autres électeurs, afin de faire leur choix.

C’est sans oublier les employés électoraux qui passeront la journée à accueillir inlassablement leurs concitoyens venus voter. Veut-on vraiment leur faire courir le risque de les rendre malades? À l’inverse, pouvons-nous accepter qu’un employé qui ne montre aucun symptôme, mais qui est dans les faits atteint de la COVID-19, propage ensuite le virus toute la journée?

On vous laisse aussi deviner l’impact que tout cela aurait sur le taux de participation. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick et la médecin-hygiéniste en chef de la province recommandent à la population de se tenir loin des lieux de rassemblements. Ce n’est certainement pas pour ensuite encourager les gens à se rendre en masse à leur bureau de scrutin le plus près.

Ça n’aurait eu aucun sens de continuer comme si de rien n’était. Il fallait mettre un holà au processus.

Ce n’est pas exceptionnel de voir des élections être retardées.

Jusqu’en 2004, les conseils municipaux ainsi que les représentants scolaires et des régies de la santé étaient élus pour une période de trois ans. Le gouvernement Lord a ensuite adopté une loi afin de rallonger les mandats d’une année. Le scrutin prévu en 2007 a plutôt eu lieu en 2008.

À plus petite échelle, des élections municipales partielles devaient avoir lieu en décembre 2018. Une trentaine de postes étaient vacants.

Sauf qu’à la suite du résultat du scrutin provincial de 2018, qui avait vu le gouvernement Gallant tenter de s’accrocher au pouvoir, Élections NB a craint que la province ne retombe rapidement en campagne électorale. Une nouvelle date avait été temporairement fixée.

Alors que nous sommes en pleine pandémie, la chose intelligente était de repousser tout cela. Le gouvernement laisse la porte ouverte pour un vote cet automne. Nous croyons toutefois que le scrutin devrait être retardé d’une année. Nos élus doivent pouvoir gérer leur municipalité sans devoir se demander quand leur mandat se terminera.

Nous en profitons pour féliciter ceux-ci de rester en poste et de continuer à tenir la barre.

Un mot, par contre, à propos des élections prévues dans Baie-de-Shediac-Dieppe et de Sainte-Croix. Nous sommes évidemment d’accord avec la décision de repousser, là aussi, le jour du scrutin.

Le gouvernement Higgs aurait toutefois dû déclarer des élections partielles l’automne dernier, tout de suite après les élections fédérales, ou encore en janvier. Pour des raisons politiques, il a retardé l’échéance, comme l’ont fait par le passé Bernard Lord et Brian Gallant.

Les deux sièges sont vacants depuis la mort du ministre progressiste-conservateur Greg Thompson (le 10 septembre) et la démission du libéral Brian Gallant (le 7 octobre). Dans le meilleur des cas, ces deux circonscriptions seront vacantes pendant un an. Dans les faits, ce sera sans doute plus long.

Nous l’avons répété en éditorial à plusieurs reprises, il est inacceptable que les gouvernements attendent aussi longtemps avant d’appeler les électeurs aux urnes quand un siège devient vacant.

Blaine Higgs ne pouvait pas prévoir qu’une épidémie balaierait le monde. Mais c’est sa décision de retarder le scrutin qui prive aujourd’hui les citoyens de deux circonscriptions d’une voix importante en ces temps troubles.