Nous sommes tous atteints de la COVID-19

Nous sommes tous atteints de la COVID-19. Vous, qui lisez cet éditorial. L’auteur de ces lignes. Nos amis, nos voisins, le premier ministre, les médecins… tout le monde.

C’est du moins de cette façon qu’il faut penser si nous voulons avoir une chance de passer rapidement à travers cette crise.

Ce n’est pas l’Acadie Nouvelle qui le dit. C’est la médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, Dre Jennifer Russell, qui a imagé la situation actuelle afin de convaincre la population de prendre ses recommandations et ses directives au sérieux.

Depuis le début de la pandémie, le Nouveau-Brunswick s’en tire bien. Nous comptons 17 personnes officiellement atteintes de la COVID-19.

Certaines journées sont meilleures que d’autres. Dimanche et lundi, aucun cas n’a été signalé. Toutefois, dans la seule journée de samedi, six nouveaux cas ont été répertoriés.

Ces nombres peu élevés ont pour conséquence que de nombreux citoyens ne ressentent pas l’urgence de la situation. Ils oublient que dans d’autres pays aujourd’hui durement touchés, il n’y avait aussi au départ que quelques personnes affectées ici et là. Rappelez-vous les déclarations du président américain, qui assurait il y a un mois que seulement 15 Américains avaient été testés positifs et que ce nombre tomberait rapidement à zéro.

Aujourd’hui, le nombre de citoyens infectés chez nos voisins du sud double en moyenne aux deux jours. On prévoit que plus de 100 millions d’Américains seront éventuellement atteints.

La seule façon d’éviter de subir le même sort au Canada et au N.-B. est de suivre les consignes de distanciation sociale.

Distanciation sociale? Pour bien des gens, ces mots ne représentent pas grand-chose. D’où cette tentative de la médecin-hygiéniste en chef de rendre son message plus simple et surtout plus direct: agissez comme si vous étiez atteint de la COVID-19.

Imaginez que vous êtes à la maison, là, maintenant, en train de tousser. Vous faites de la fièvre. Vous éprouvez des difficultés respiratoires. Vous avez subi un test de dépistage et le résultat vient de sortir: vous avez bel et bien le coronavirus en vous. Au bout du fil, l’infirmière vous recommande de rester chez vous et d’appeler au 9-1-1 si votre situation empire dans les prochains jours

Que feriez-vous?

Iriez-vous faire un tour au parc jaser avec des gens? Laisseriez-vous votre progéniture jouer chez votre voisin? Inviteriez-vous les enfants de ceux-ci à passer l’après-midi chez vous? Iriez-vous en catastrophe au restaurant faire le plein de poulet après avoir appris qu’il sera fermé pendant au moins deux semaines? Feriez-vous la file devant un magasin pour acheter un jeu vidéo? Iriez-vous flâner à Place Champlain ou au Dollarama?

Non. Bien sûr que non.

Vous n’êtes pas irresponsable. Personne de gravement malade n’irait infecter sciemment son prochain et lui tousser en pleine figure.

Sauf que ce coronavirus est extrêmement contagieux. Et il se propage avant même que les premiers symptômes fassent leur apparition. Vous êtes peut-être déjà gravement malade, sans le savoir!

Dans sa lutte contre la propagation de l’épidémie, le N.-B. et une bonne partie du Canada ont toutefois un avantage sur la plupart des autres pays: la météo.

Vous avez vu en Floride ces images de plages pleines à craquer de gens venus se baigner. Vous avez peut-être vu ces photos d’un parc de Vancouver rempli de gens qui ne semblaient pas préoccupés le moins du monde par le virus.

Nous ne sommes pas meilleurs. Si nous étions en juillet, nos parcs et nos plages se seraient aussi occupés qu’à l’habitude, du moins jusqu’à ce que leur fermeture soit décrétée par le gouvernement provincial.

Les premières statistiques sont encourageantes au Nouveau-Brunswick, mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Il faut être plus vigilants que jamais.

Évidemment, il y a des limites à agir comme si nous étions tous malades. Plusieurs d’entre nous doivent continuer de travailler. Il faut bien acheter de la nourriture, des médicaments, de l’essence, etc.

Néanmoins, il faut garder en tête que la durée de l’épidémie ne dépend que d’un facteur: nous.

Si nous agissons comme si nous sommes tous atteints du coronavirus, la crise pourrait n’être qu’un mauvais souvenir dans quelques mois.

Sinon, il y a de bonnes chances que les mesures de confinement se poursuivront tout l’été et même jusqu’à la fin de l’année.