Un nouveau monde

La vitesse à laquelle notre monde se transforme depuis le début de la pandémie de COVID-19 est complètement folle. Des choses qui auraient été inimaginables il y a un mois sont aujourd’hui la nouvelle normalité.

Les gouvernements ordonnent la fermeture de commerces. Les rassemblements publics sont interdits. Une ligne encourageant la délation a été mise sur pied. Le président Donald Trump a brièvement jonglé avec l’idée de déployer des soldats à la frontière canado-américaine.

Dans la région de Saint-Jean, deux hommes ont été arrêtés et feront face à la justice. Leur crime? Ils auraient toussé au visage d’un autre individu qui leur reprochait de ne pas s’être placés en isolement après leur retour d’un voyage à l’étranger.

Non, ce n’est pas la loi martiale. Bienvenue plutôt dans un nouveau monde. Celui où un virus invisible se propage à une vitesse folle, fait des victimes et menace de submerger le système de santé.

Cette semaine, une autre barrière psychologique a été franchie. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a choisi de fermer partiellement ses limites frontalières.

Cela nous donne droit à des images que nous n’aurions jamais cru voir de notre vivant. Des policiers avec des masques sanitaires, postés aux limites provinciales que nous partageons avec le Québec, la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard, empêchent les automobilistes de se rendre au Nouveau-Brunswick à leur guise. Ils interrogent les arrivants et déterminent qui pourra passer et qui devra rebrousser de chemin.

Certains reçoivent un laissez-passer pour faciliter leurs prochaines visites. D’autres se font expliquer qu’ils doivent retourner chez eux, dans leur province d’origine.

Et pourtant, tout ceci est aujourd’hui acceptable, et même nécessaire. Vous ne verrez pas de manifestants près du pont J.C. Van Horne de Campbellton ou aux abords du parc de la République en train de qualifier notre gouvernement de «fasciste» et de réclamer une libre circulation, «comme avant».

La plupart des gens comprennent qu’ils doivent accepter ces restrictions pour le bien commun.

Cette fermeture des frontières est la suite logique des efforts des gouvernements visant à contenir l’épidémie.

Les autorités veulent empêcher les gens de se déplacer. Surtout, elles veulent empêcher le virus de se déplacer. Et de contaminer encore plus de personnes.

Cela dit, on ne peut pas non plus simplement mettre des barrières sur les routes et les ponts et ainsi empêcher toute circulation.

Il y a des employés d’hôpitaux qui vivent au Québec et travaillent au Nouveau-Brunswick. On retrouve aussi des ambulanciers qui doivent se déplacer de même que des employés d’épicerie ou d’autres postes jugés essentiels qui vivent dans une province et travaillent dans l’autre. Des exemptions sont aussi prévues pour la police, les pompiers et les membres des forces armées. Les camionneurs qui transportent des marchandises peuvent aussi passer.

Les policiers font aussi appel à leur jugement. Tous les automobilistes ne sont pas systématiquement refoulés.

Cela prend cependant beaucoup d’efforts et de coordination pour que tout ça fonctionne.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick et les forces policières s’ajustent. Pour les autorités aussi, tout ceci est nouveau. Nous en avons été témoins jeudi soir, quand il est devenu évident que les principales routes d’accès du Québec au Nouveau-Brunswick étaient surveillées de près, alors que d’autres chemins secondaires étaient laissés sans surveillance.

Ces mesures auraient par le passé été jugées inacceptables. Mais nous sommes aujourd’hui dans un monde nouveau, où tout doit être fait pour réduire au maximum la propagation de ce fichu coronavirus.

Les voyageurs sont particulièrement susceptibles d’être porteurs de cette cochonnerie. Mercredi et jeudi, pas moins de 15 nouveaux cas ont été confirmés par la médecin-hygiéniste du Nouveau-Brunswick, la Dre Jennifer Russell. Tous des gens qui étaient de retour de voyage ou d’une croisière ou qui ont été en étroit contact avec l’une de ces personnes.

Pour l’instant, le virus semble à peine commencer à se propager dans les communautés. Si on se fie à ce qui s’est produit ailleurs, ça pourrait empirer très vite.

Nous devons tout faire pour retarder ce jour fatidique. Aujourd’hui, cela signifie de fermer en partie nos frontières. Demain? Allez savoir.

Il faudra du temps avant que tout revienne à la normale, si cela est même possible. Nous ne pouvons qu’avancer à tâtons dans l’inconnu et prendre des décisions au meilleur de nos connaissances.

Cela implique de désormais surveiller nos limites interprovinciales. Une décision qui aurait été normalement décriée et condamnée, mais qui est aujourd’hui la bonne.