Un effort herculéen

Nous ignorons dans quel monde nous nous réveillerons dans quelques mois, quand la crise de la COVID-19 ne sera alors plus qu’un mauvais souvenir. Une chose est toutefois certaine: si l’économie s’est effondrée, ce ne sera pas faute d’avoir tout tenté pour la maintenir à flot. Jamais un gouvernement canadien n’a injecté autant d’argent pour soutenir l’économie en temps de crise.

Après avoir subi sa part de critiques au début de la pandémie, le gouvernement Trudeau s’est attardé à offrir une réponse économique au problème.

C’est une chose d’exiger des citoyens qu’ils restent confinés et que les entreprises jugées non essentielles cessent leurs activités. Mais comment faire pour appuyer des millions de personnes qui se retrouvent du jour au lendemain sans revenu? Et quelle garantie y aura-t-il que les entreprises fermées aujourd’hui rouvriront leurs portes demain? La réponse n’était pas si claire.

Il aura fallu quelques jours pour y arriver, mais le fédéral a offert un bouquet de mesures. Et force est de constater qu’il livre la marchandise en cette période de crise.

Des modifications ont été apportées à l’assurance-emploi pour faciliter l’accès au programme. L’Allocation canadienne pour enfants a été bonifiée. Surtout, une prestation d’urgence a été créée. Elle permet aux citoyens sans revenus en raison de la crise de recevoir 2000$ par mois pendant un maximum de quatre mois.

Le programme n’est pas parfait. Certains recevront plus d’argent avec cette prestation qu’au travail. Mais Ottawa avait le choix entre prendre son temps pour ajuster les paiements à la situation de chaque personne ou agir le plus rapidement possible.

Il a fait le bon choix.

Le gros morceau est tombé la semaine dernière. Le fédéral a débloqué presque 100 milliards $ dans l’espoir d’aider les PME à éviter les mises à pied ou la faillite. Il subventionnera pendant un maximum de trois mois 75% de la masse salariale de ces entreprises.

Un coup de pouce gigantesque qui va à la fois réduire la pression sur le programme d’assurance-emploi et améliorer les chances que les employeurs survivent à la crise. En effet, il n’y a aucune garantie qu’une entreprise qui ferme temporairement ses portes rouvre plus tard.

Ajoutez à cela d’autres mesures trop nombreuses pour être toutes nommées dans cet éditorial et nous en arrivons à la conclusion que l’administration Trudeau fait tout ce qui est humainement possible pour tenir les Canadiens et l’économie à bout de bras.

La facture sera gigantesque. Certains parlent d’un déficit qui pourrait dépasser les 200 milliards $. Mais l’autre option devant nous – laisser les citoyens et les entreprises poursuivre leurs activités normales en faisant fi de la COVID-19 – est inacceptable.

Nous sommes chanceux de vivre dans un pays riche. C’est encore plus vrai au Nouveau-Brunswick, une province pauvre qui dépend de l’intervention fédérale.

Dans les premières semaines de la crise, des provinces comme le Québec et l’Ontario ont rivalisé de mesures et de programmes pour appuyer leurs citoyens.

Au N.-B., le premier ministre Blaine Higgs a plutôt déclaré qu’il allait attendre d’analyser les programmes qui seront mis sur pied par le fédéral et qu’il déterminerait ensuite si une réponse provinciale est nécessaire.

Fredericton a dévoilé quelques mesures qui ne coûteront pas grand chose au trésor public provincial.

Parmi celles-ci: report (et non annulation) pendant trois mois et sans intérêt des cotisations à Travail sécuritaire NB, report de la hausse moyenne de 2% des tarifs d’électricité prévue à compter du 1er avril, suspension temporaire des expulsions pour non-paiement du loyer, plan de garde pour les enfants des employés des services essentiels, etc.

Ce n’est pas à dire que la province est chiche. Quelque 5000 chèques de 900$ seront versés en aide d’urgence aux employés et aux travailleurs autonomes qui ont perdu leur gagne-pain. Une aide de 50 millions $ a aussi été annoncée pour les entreprises.

On sent néanmoins une volonté de la part du gouvernement Higgs de ne pas perdre le contrôle des finances publiques. L’aide est là, mais toutes proportions gardées, elle n’est pas aussi ambitieuse que celle d’Ottawa.

Blaine Higgs a peut-être retenu les leçons du libéral Shawn Graham, qui a délié les cordons de la bourse à la suite de la crise financière mondiale de 2007-2008. Il aura fallu presque une décennie avant que le Nouveau-Brunswick mette fin à la spirale des déficits.

Fredericton peut se permettre cette prudence fiscale en raison de l’effort herculéen consenti par Ottawa.

Au final, l’important est que personne ne soit abandonné. La lutte contre la propagation de la COVID-19 a priorité sur tout le reste. Grâce à l’aide financière du fédéral et, dans une moindre mesure, celle du provincial, les Néo-Brunswickois peuvent continuer à faire ce qui est attendu de nous tous: rester à la maison!