Annulation de l’année scolaire: la bonne décision

L’année scolaire est officiellement terminée. Les enfants ne retourneront pas en classe avant septembre. Une décision difficile, mais qui s’imposait.

L’annonce est tombée jeudi matin, lors d’une conférence de presse du ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, suscitant consternation et déception à travers le N.-B.

Certains accuseront le ministre d’avoir agi de façon prématurée. Ils diront que le ministre aurait dû être patient et repousser encore sa décision de quelques semaines.

D’autres ajouteront que s’il est impossible d’aller en classe aujourd’hui, il faudrait alors s’organiser pour que les écoles ouvrent cet été, en juillet et en août, afin de rattraper une partie du temps perdu.

L’Acadie Nouvelle a d’ailleurs souvent défendu en éditorial la thèse que nos écoles ferment trop souvent l’hiver, au moindre soubresaut de la météo, et que cela a un impact sur l’apprentissage de nos enfants.

Imaginez maintenant l’impact de presque quatre mois de fermeture!

Ce n’est toutefois pas le temps d’avoir des oeillères. La vérité est que nous serons pris avec ce coronavirus pour encore un bon bout de temps. À moins de l’arrivée miracle d’un vaccin dans les prochaines semaines, les probabilités sont très fortes que la COVID-19 fera partie de nos vies dans les prochains mois et même cet été.

À ce point-ci, la chose responsable à faire pour le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance est d’accepter ce fait et d’organiser le système scolaire en conséquence.

Qu’est-ce que cela implique?

D’abord, de reconnaître qu’il est impossible de remplacer complètement un système où les élèves passent des heures en classe avec leur enseignante par un système où ils apprennent la matière à la maison, avec leurs parents.

Le ministre Cardy ne tente pas de nous faire croire le contraire. Il a expliqué que les familles n’ont pas la responsabilité de recréer une salle de classe dans leur domicile ou d’assumer pleinement le rôle des enseignants.

Cela signifie aussi que le sacro-saint principe de l’égalité des chances prendra temporairement le bord. Ce ne sont pas tous les parents qui auront la capacité de bien accompagner leurs enfants. Certains n’auront pas le temps. D’autres n’ont simplement pas la capacité, la formation ou des outils comme internet ou même des livres pour jouer adéquatement le rôle qui est attendu d’eux.

Et on ne parle même pas, ici, des enfants à défis spéciaux ou avec des difficultés d’apprentissage, qui sont normalement accompagnés d’une aide enseignante et qui ont perdu l’accès à cette précieuse expertise.

Cela dit, quelles étaient les autres options pour le ministre Cardy? Se croiser les doigts et espérer pour le mieux?

Il a plutôt choisi d’offrir une solution de rechange aux parents et aux élèves qui peuvent ainsi poursuivre une partie de leur apprentissage à la maison. L’objectif est de limiter les dégâts et de préparer un maximum d’enfants au retour en classe, en septembre.

Les enseignants sont mis à contribution. Ils ont commencé à appeler les parents afin de les aider dans cet univers sans école.

On peut présumer aussi qu’ils analyseront la situation de chaque enfant afin de voir lesquels vivent une situation plus problématique afin de mieux les encadrer lors de l’éventuel retour en classe.

Le début de la prochaine session scolaire, en septembre (ou plus tard…), sera en effet particulièrement crucial. Les enseignants devront non seulement présenter la matière habituelle, mais aussi celle que les élèves auraient dû normalement apprendre de mars à juin.

Certains enfants réussiront la transition sans trop de problèmes. D’autres éprouveront de la difficulté à s’ajuster. Les districts scolaires devront prévoir plus de ressources afin de passer à travers cette période d’adaptation sans précédent.

Le ministre Cardy et son équipe du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance ont probablement déjà commencé à réfléchir à ces enjeux qui ne manqueront pas de se présenter.

En attendant, ils tentent de tirer le maximum d’une situation impossible.

L’appel téléphonique d’une enseignante et l’accès à une plateforme éducative en ligne ne valent pas la présence d’un enfant en classe, dans un gymnase ou dans une bibliothèque scolaire pendant plus d’une vingtaine d’heures par semaine.

Ce n’est pas du tout comparable.

Nous vivons toutefois une situation exceptionnelle. Nous ne pouvons rien faire d’autre que d’agir pour le mieux dans des circonstances difficiles. C’est la voie privilégiée par le ministre Cardy. Et c’est la bonne.