Pas de remise en question chez Énergie NB

Énergie NB a un nouveau patron. Et on ne peut pas dire que le conseil d’administration de la société a remué ciel et terre pour le trouver.

Gaëtan Thomas, a pris sa retraite après 10 ans à la tête de la société de la Couronne.

Pour le remplacer, le conseil d’administration a fait appel à une firme spécialisée dans le recrutement de cadres. Une cinquantaine de candidatures ont été analysées. Huit finalistes ont été reçus en entrevue.

À la suite de tout cela, le conseil a jugé que le meilleur candidat au Canada, peut-être même en Amérique… était déjà vice- président d’Énergie NB. Il s’agit de Keith Cronkhite, qui a assumé son nouveau rôle à compter du 1er avril.

Voyez-vous cela! Un PDG qui faisait la satisfaction du conseil d’administration depuis une décennie, et qui était en prime épaulé par le meilleur PDG en attente qu’il soit humainement possible de dénicher.

Il n’y pas à dire, ça va bien dans les bureaux d’Énergie NB.

Quels sont les plans du nouveau président-directeur général? On a pas jugé bon de nous le dire. Nos demandes d’entrevue ont été rejetées. Pour la transparence, on repassera.

Cela dit, derrière cette embauche se cache une bonne nouvelle. La période de transition sera facilitée.

En effet, le nouveau patron est à l’emploi d’Énergie NB depuis déjà 30 ans. Il y a occupé plusieurs postes importants. S’il a travaillé quelques années avec JD Irving à Saint-Jean dans les années 1980, il est néanmoins un produit de notre société de la Couronne.

Contrairement à un candidat vedette qui arriverait de l’extérieur, M. Cronkhite connaît la machine de l’intérieur. Il s’appuie déjà sur des personnes de confiance qui l’entourent. Il a contribué à déterminer les priorités actuelles d’Énergie NB et ne devrait pas tout chambouler.

Paradoxalement, ce qui est sa principale force est aussi une faiblesse.

Keith Cronkhite était vice-président principal du développement commercial et de la planification stratégique, un titre ronflant qui laisse entendre qu’il en menait pas mal large pendant que la société lançait diverses initiatives ces dernières années.

Parmi celles-ci, aucune n’a soulevé autant de questions sur le jugement de nos dirigeants que ce partenariat avec l’entreprise Joi Scientific, en Floride. Énergie NB a englouti plus de 13 millions $ afin de développer un soi-disant procédé révolutionnaire pour produire de l’énergie à partir de l’hydrogène retrouvé dans l’eau de mer.

Il s’agit d’une technologie non éprouvée. Jusqu’à preuve du contraire, tout laisse croire que les dirigeants d’Énergie NB, y compris le nouveau patron, ont été victimes d’un subterfuge.

Il est, disons, surprenant dans ces circonstances que le conseil d’administration n’ait pas privilégié une candidature de l’extérieur en mesure de jeter un regard neuf sur ce fiasco de même que sur les autres grands objectifs d’Énergie NB.

En plus de devoir gérer cette filière, le PDG aura une foule de projets à mener à terme: réduction de l’endettement, remise à neuf du barrage de Mactaquac, ententes avec Hydro-Québec, développement de miniréacteurs nucléaires, etc.

Il devra aussi décider du sort de la centrale de Belledune, dont l’avenir pourrait dépendre de l’approbation par le gouvernement provincial de la construction d’une usine de production de fer par Maritime Iron.

Et c’est sans oublier ce qui est sans doute le plus important projet pour l’avenir d’Énergie NB et sa lutte aux changements climatiques, soit la mise en oeuvre de son réseau de distribution intelligent.

Énergie NB fait face à d’énormes défis. Pour y arriver, le conseil d’administration préfère travailler avec un homme qu’il connaît bien et dont il connaît les forces et les travers.

Keith Cronkhite est-il l’homme de la situation? Espérons-le. Le poids de ses décisions se fera sentir sur nos factures d’électricité.

Un mot en terminant pour rappeler que le successeur de Gaëtan Thomas ne parle pas français. Quand le poste a été ouvert, il a été précisé que le bilinguisme n’est pas obligatoire pour occuper cette fonction, mais qu’il est considéré comme étant «un atout considérable». Dans les faits, cela n’a pas pesé lourd.

Est-ce important? Oui et non. Presque tous les PDG de l’histoire d’Énergie NB étaient unilingues. Keith Cronkhite est la règle. Pas l’exception.

Lors de la crise du verglas de 2017 dans la Péninsule acadienne, nous avons vu à quel point il était utile et important d’avoir un premier ministre (Brian Gallant) et un PDG qui pouvaient s’exprimer en français auprès des sinistrés.

Nous ne reverrons pas cela de sitôt.