Ne laissons pas Pâques tout gâcher

La semaine dernière, un individu de la région de Fredericton s’est rendu en Ontario. À son retour, il était atteint de la COVID-19. Deux autres membres de sa famille, y compris un enfant, ont été infectés à leur tour.

L’histoire a été racontée par le premier ministre Blaine Higgs, jeudi, lors de sa conférence de presse quotidienne.

Les autorités publiques n’ont pas l’habitude de donner autant de détails, pour des raisons de protection de la vie privée. Elles se contentent généralement de donner l’âge des personnes atteintes et la zone dans laquelle elles ont été diagnostiquées.

Blaine Higgs a dérogé à sa réserve habituelle afin de démontrer à quel point le moindre relâchement peut être dangereux.

La semaine dernière, les voyages interprovinciaux étaient déjà déconseillés.

Des policiers ont mis en place des barrages routiers à compter du 25 mars afin de limiter le flot de voyageurs en provenance des autres provinces ainsi que pour connaître l’identité et les coordonnées des Néo-Brunswickois qui reviennent de l’extérieur.

Ces mesures semblent à première vue exagérées. Mais le voyageur (ou la voyageuse) imprudent de la région de la capitale nous démontre une nouvelle fois à quel point il est important de respecter les règles de confinement. Même si cela signifie de ne pas pouvoir visiter un proche dans la province voisine, de se faire interdire d’acheter de la bière au Québec ou, dans le cas de l’individu de la région de Fredericton, d’aller en Ontario.

Le Nouveau-Brunswick fait bien dans la lutte contre la propagation du coronavirus.

C’est du moins ce que laissent sous-entendre les statistiques officielles. En date de vendredi, 112 personnes avaient attrapé le virus. Plus de la moitié sont rétablis. Seulement cinq personnes sont hospitalisées, dont trois aux soins intensifs.

Il n’y a pas encore eu d’hécatombes dans les foyers de soins, comme ce dont nous sommes témoins au Québec. Notre système de santé n’est pas surtaxé.

Nous réussissons là où tant d’autres juridictions ont échoué parce que les gouvernements du Nouveau-Brunswick et du Canada ont mis rapidement en place des mesures de restrictions très sévères et que celles-ci sont généralement bien respectées.

Pour chaque individu qui a jugé que son voyage en Ontario ne pouvait sous aucun prétexte être repoussé ou annulé, des dizaines de milliers d’autres restent sagement à la maison et évitent le plus possible les contacts avec les autres.

Cela nous amène à parler la longue fin de semaine de Pâques, si tant est que l’expression «longue fin de semaine» ait encore une signification ces jours-ci, dans un monde où entreprises et écoles sont fermées.

Pâques est la fête la plus importante du calendrier chrétien, ce qui signifie que les églises sont normalement bondées ces jours-ci.

Ce problème ne se pose heureusement plus. Les autorités catholiques ont agi de façon responsable, en collaboration avec le gouvernement, en fermant leurs églises depuis déjà longtemps.

Mais Pâques est aussi une fête familiale. C’est l’occasion de se rassembler en famille autour d’un jambon et de distribuer aux enfants les «cocos» en chocolat.

La tentation est grande de mettre de côté les mesures de distanciation sociale, de faire une exception «cette fois-ci seulement» et de réunir tout le monde lors d’un festin familial.

Cela nous force à faire des choix déchirants. Le premier ministre Higgs a confié qu’il n’ira pas dimanche visiter sa mère âgée de 99 ans, afin de ne pas prendre le risque de la contaminer. Il ne participera pas non plus à la chasse aux oeufs de Pâques avec ses petits-enfants.

Il ne sera pas le seul à faire ces sacrifices. Nous serons nombreux à faire de même.

La COVID-19 peut être mortelle, en particulier (mais pas uniquement) auprès de ces personnes âgées que nous ne voulons justement pas laisser seules au cours de ce week-end.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a dévoilé ses projections cette semaine. Il estime que la pandémie pourrait faire de 550 à 1750 victimes dans la province au cours des deux prochaines années, malgré les mesures de distanciation sociale en cours.

Si ces mesures n’avaient pas été mises en place, les autorités estiment qu’approximativement 5600 personnes auraient pu perdre la vie en raison de ce satané virus. L’équivalent de la population de Grand-Sault!

Il n’y a pas d’exceptions qui tiennent parce que le coronavirus ne fait pas d’exceptions. Il sera aussi contagieux la journée de Pâques qu’il ne l’était en pleine tempête de neige, Vendredi saint.

Ne l’oublions pas et restons chacun chez soi.