Le meilleur choix? Permettez-nous d’en douter

C’était à la mi-février. Aussi bien dire il y a un siècle, tant notre monde a changé depuis qu’un nouveau coronavirus s’est invité au Canada. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick cherchait un nouveau dirigeant pour le réseau des bibliothèques publiques. On ne peut pas dire qu’il a réussi un coup de circuit.

Le nouveau patron des 64 bibliothèques publiques du Nouveau-Brunswick est Kevin Cormier. Il n’a aucune expérience ou formation dans le domaine.

Il est surtout connu pour avoir été à la tête du village historique de Kings Landing, où il n’a impressionné personne avec quelques décisions controversées. Il avait par exemple supprimé certains rôles de comédiens en costumes d’époque, avant d’être forcé de revenir sur sa décision. Il semble aussi s’être débarrassé de centaines de livres de la collection de la bibliothèque de ce lieu touristique.

M. Cormier a fait partie du bureau du conseil exécutif provincial pendant un an. Son embauche à la tête des bibliothèques a les airs d’une récompense offerte à un ami du parti, avec à la clef un salaire qui peut atteindre 114 000$.

Est-ce bien le cas? Sommes-nous devant un cas flagrant de favoritisme?

Comme à chaque fois dans ce genre de situation, le gouvernement nie. Le ministre responsable, Trevor Holder, a expliqué que le processus d’embauche s’est déroulé sans intervention politique. Il affirme que ni lui, ni le premier ministre Blaine Higgs ni quiconque au sein du Parti progressiste-conservateur n’a influencé cette embauche. Le dernier mot serait plutôt revenu à une fonctionnaire après analyse.

Pour des raisons évidentes de confidentialité, nous n’avons pas accès à la liste des candidatures. M. Cormier était-il réellement le meilleur d’entre tous?

Impossible de le savoir. Nous n’avons d’autre choix que de croire la parole du gouvernement quand celui-ci affirme que le processus d’embauche a été fondé sur le mérite.

C’est la deuxième fois en deux mois qu’une nomination soulève nos interrogations.

Le mois dernier, Énergie NB a annoncé que Keith Cronkhite est devenu le nouveau PDG de la société de la Couronne.

Nous avons là aussi des doutes à savoir si Énergie NB a réellement remué ciel et terre afin de trouver un meilleur candidat, au lieu de se contenter d’offrir l’emploi sur un plateau d’argent à M. Cronkhite.

Mais au moins, à la décharge d’Énergie NB, les compétences de M. Cronkhite ne sont pas remises en question. Il travaille au sein de la boîte depuis 30 ans. Il était l’un des bras droits du PDG nouvellement retraité, Gaëtan Thomas.

Son jugement peut être remis en question.

Il était après tout dans le cercle des décideurs quand Énergie NB a injecté plus de 13 millions $ dans Joi Scientific afin de développer une technologie qui ne fonctionne pas.

Mais pas ses compétences.

Kevin Cormier, lui, est étranger au monde des bibliothèques publiques. Rien dans ses études, sa carrière et son expérience ne démontre qu’il est l’homme de la situation.

Il a aussi refusé les demandes d’entrevue à la suite de son embauche.

Soyons bons joueurs. Croyons le ministre quand il dit que le processus d’embauche s’est fait selon les règles de l’art et que le meilleur curriculum vitae sur le bureau était celui de M. Cormier.

Si c’est le cas, cette situation aurait dû provoquer une sonnerie d’alarme. Le gouvernement  aurait dû relancer le processus afin d’aller chercher de meilleures candidatures.

Ce n’est pas étranger à la façon de faire du gouvernement Higgs. L’année dernière, le processus de sélection d’une nouvelle commissaire aux langues officielles du N.-B. avait été annulé puis relancé, après qu’un nombre insuffisant de personnes aient montré leur intérêt (selon Blaine Higgs).

Dans le cas des bibliothèques publiques, le gouvernement ne s’est toutefois pas posé de questions. Kevin Cormier n’a pas les compétences requises? Ce n’est pas grave, il faut lui laisser la chance de faire ses preuves, nous dit le ministre Holder.

Le gouvernement Higgs a lancé l’été dernier en catimini des sessions portant sur l’avenir du réseau des bibliothèques publiques. Le genre d’exercice que l’on mène quand on cherche à effectuer des compressions.

Nous ignorons les intentions réelles du gouvernement. Une chose est toutefois certaine. Avant d’agir, il s’est assuré de mettre en poste un fonctionnaire qu’il connaît bien et qui le suivra dans la direction qu’il choisira, au lieu d’un expert dans le domaine.

Bref, pas un amoureux des livres, mais plutôt quelqu’un qui peut faire une job de bras.

Tout cela augure bien mal pour l’avenir de nos bibliothèques.