Après le confinement

Nos dirigeants, tant à Ottawa qu’à Fredericton, continuent jour après jour de marteler le même message: «Restez chez vous!» À Fredericton, les députés se sont même entendus pour accorder aux policiers le droit d’imposer des amendes plus salées aux récalcitrants. À l’interne, toutefois, les gouvernements s’interrogent déjà à savoir quel est le meilleur moment pour permettre aux citoyens de retrouver un semblant de normalité. Et la réponse n’est pas évidente.

Il était étrange d’entendre la semaine dernière le premier ministre du Québec, François Legault, évoquer la possibilité d’une réouverture partielle des écoles à compter du 4 mai.

Le Québec est de loin la province canadienne la plus durement touchée par la pandémie. Elle compte presque 15 000 cas déclarés. Dans la journée de mercredi à jeudi, 75 personnes ont perdu la vie en raison du coronavirus, pour un total de 487 morts depuis le début de la pandémie.

Le choix du Royaume-Uni et de la Suède de ne pas imposer de mesures de confinement afin de produire une immunité de masse a été largement condamné. Mais voilà que certains évoquent cette même excuse pour justifier un retour en classe accéléré!

Aux États-Unis, Donald Trump donne l’image d’un président sans coeur, plus intéressé à sauver l’économie de son pays qu’à sauver des vies. Mais au Canada aussi, on sait très bien que la situation actuelle ne pourra pas perdurer.

Au début de la crise, alors que les Néo-Brunswickois se voyaient enfoncer dans la gorge des expressions comme «distanciation sociale», la médecin-hygiéniste en chef, Dre Jennifer Russell, a laissé tomber en conférence de presse que des mesures restrictives seront mises en place le temps qu’un vaccin soit découvert, d’ici 18 à 24 mois.

Dès le lendemain, elle est revenue sur ses propos. Elle a expliqué qu’on ne pouvait pas fermer l’économie de la province pendant une si longue période et qu’un retour progressif à la normale aura lieu bien avant cela.

Mais quand? À quel point déciderons-nous de rouvrir nos établissements scolaires et nos entreprises, même en sachant que le coronavirus est toujours présent?

Seulement quand il y aura un vaccin? Quand suffisamment de tests seront disponibles pour que tout le monde puisse être testé, chaque jour, à l’école, à la bibliothèque ou au restaurant?

Existe-t-il un nombre acceptable de personnes que nous sommes prêts à laisser être infectées, peut-être même mourir, de la même manière que nous ne fermons pas nos autoroutes même si des milliers de personnes y perdent la vie chaque année?

Loin des micros des journalistes, les gouvernements ont déjà ces discussions.

Le Nouveau-Brunswick est dans une situation exceptionnelle comparativement aux autres provinces et États. En date de mardi, on y dénombrait officiellement 117 cas.

Mais cette statistique ne dit pas tout. Du nombre, 77 personnes étaient rétablies. Cela signifie qu’il n’y a actuellement que 40 cas actifs dans toute la province.

Il se peut que ces chiffres soient artificiellement peu élevés, en raison du nombre insuffisant de tests de dépistage. Le fait demeure toutefois que seulement cinq personnes sont présentement hospitalisées, dont trois aux soins intensifs.

Nos mesures de confinement fonctionnent. La courbe n’a pas seulement été aplatie, elle a été écrasée!

La suite des choses s’annonce toutefois délicate. Tous nos efforts pourraient être réduits à néant si nous relevons la garde trop vite. Cela ne donne rien de hisser une bannière «Mission accomplie!» devant l’Assemblée législative, si c’est pour ensuite voir des milliers de personnes être infectées pendant les tintamarres du 15 août. Nous devons être rationnels et non pas pécher par empressement.

Le N.-B. n’a dénombré aucun nouveau cas mardi. Mais au même moment, la Nouvelle-Écosse voisine en comptait 43, sa pire journée depuis le début de la pandémie.

Quel sera le meilleur moment pour passer à l’après-confinement? Personne ne le sait.

Les gouvernements ont toutefois un avantage: ils ont mérité l’appui de la population.

Un sondage Léger dont les résultats ont été publiés cette semaine révèle que les Canadiens veulent des certitudes avant que soient levées les restrictions sur les activités, le travail et les loisirs.

Les mesures imposées sont dures et sévères, mais la majorité de la population les accepte. Les gens ne veulent pas d’un scénario où ils risqueront leur santé et même leur vie parce que le gouvernement est trop pressé.

C’est ce qui permet à la Dre Russell de dire que les deux prochaines semaines sont cruciales afin de déterminer s’il est approprié d’alléger les règles de confinement.

Nous – gouvernement, citoyens, entreprises – avons bien travaillé. Le Nouveau-Brunswick est en bonne position. Et c’est ce qui nous donne aujourd’hui le luxe de déterminer la suite des choses au lieu d’éteindre des feux dans les foyers et les hôpitaux.