Ils sont essentiels? Payez-les!

Quelle étrange histoire que celle du premier ministre Blaine Higgs qui se disait prêt à lever le nez sur des fonds fédéraux qui permettraient d’augmenter temporairement le salaire des employés des foyers de soins, avant d’effectuer une spectaculaire volte-face.

Le premier ministre Justin Trudeau a révélé au début de la semaine que son gouvernement envisageait d’aider financièrement les provinces qui souhaitent offrir pendant la pandémie des primes salariales au personnel des foyers.

Les problèmes de recrutement dans ce secteur datent de bien avant la crise. Les salaires sont peu attirants, le travail est difficile et n’est pas très valorisé par les gouvernements.

Investir dans la santé ou l’éducation, bien sûr. Mais dans «les vieux»? Les politiciens sont dans ces cas là beaucoup plus frileux à desserrer les cordons de la bourse.

Ce n’est toutefois pas ce qui se passe au Nouveau-Brunswick qui retient l’attention du gouvernement fédéral. C’est plutôt au Québec, où une crise sans précédent frappe les CHSLD (des foyers où sont hébergées les personnes âgées en perte considérable d’autonomie et qui ont besoin de soins aigus).

Le coronavirus s’est propagé à une vitesse fulgurante là-bas. Les morts se comptent par centaines. Le Québec manque de bras pour faire face à la crise et a offert une prime de 8% à tous les professionnels de la santé «en première ligne», y compris ceux qui travaillent dans ces centres d’hébergement et de soins de longue durée.

Au Nouveau-Brunswick, rien de tel n’est prévu.

Le premier ministre Higgs a expliqué que les deux situations ne sont pas comparables.

Alors que le feu est pris dans les CHSLD au Québec, tout est sous contrôle au Nouveau-Brunswick. Il a donc rejeté l’offre du fédéral: «Je n’ai pas demandé de fonds pour des suppléments (de salaire) dans aucun secteur et c’est parce que notre situation ne l’exige pas», a-t-il d’abord tranché.

En rejetant aussi cavalièrement des fonds fédéraux qui permettraient d’améliorer le sort d’employés qui jouent pourtant un rôle crucial dans la lutte contre la propagation de l’épidémie, Blaine Higgs n’a pas bien paru. Les critiques ont été très virulentes.

Dès le lendemain, le chef virait capot, et pas de n’importe quelle façon.

Il a affirmé en conférence de presse qu’il n’a jamais fermé la porte à une hausse de salaire pour les travailleurs des foyers, et a blâmé les journalistes qui, à ses yeux, ont tout compris de travers.

Dommage pour M. Higgs, ses conférences de presse sont diffusées sur le web. Il est facile de réécouter ses propos et de constater qu’il avait bel et bien balayé du revers de la main l’offre d’Ottawa .

Cela importe peu désormais. M. Higgs est revenu à ses sens et se dit à l’écoute de son interlocuteur fédéral. Un politicien peut se tromper. L’important est qu’il ne persiste pas dans l’erreur seulement pour sauver la face.

Dans le cas qui nous occupe, il n’y a pas d’hésitation qui tienne. Ottawa est prêt à accorder de l’argent aux travailleurs des foyers de soins. Fredericton doit accepter cette offre.

Il est vrai que nos foyers ne sont pas en crise présentement comme c’est le cas au Québec. Mais pourquoi diable faudrait-il attendre de voir nos préposés tomber malades et les résidents de ces foyers succomber comme des mouches avant de s’intéresser à leur sort?

Les travailleurs des foyers de soins sont essentiels. Ce n’est pas nous qui le disons, mais bien le gouvernement Higgs. Il leur refuse en effet le droit de grève! La ministre du Développement social, Dorothy Shephard, a ainsi expliqué la position du gouvernement, à la fin novembre: «Il ne fait aucun doute pour nous que les travailleurs des foyers de soins offrent un service essentiel».

Notons aussi que la tâche du personnel s’est considérablement alourdie depuis le début de la pandémie.

Les travailleurs doivent porter de l’équipement, des masques, désinfecter et surtout être constamment en alerte.

La moindre erreur et le moindre relâchement peuvent mener à une éclosion du coronavirus dans une résidence pour personnes âgées.

Si on se fie à l’expérience québécoise, ce sera alors un véritable carnage parmi les résidents.

Peu de gens présentement ont une plus grande responsabilité et vivent une plus grande pression dans la lutte contre l’épidémie que les travailleurs de nos foyers. La moindre des choses est de reconnaître ce fait.

Ce n’est pas le temps d’être chiche. Surtout quand c’est Ottawa qui signe les chèques.