Remettre la démocratie en marche

Afin de combattre efficacement la pandémie, nous avons accepté, collectivement, de suspendre certains de nos droits. C’est la bonne décision. S’il est trop tôt aujourd’hui pour revenir à la normale, il est néanmoins temps de s’interroger sur la façon dont nous pouvons redémarrer par étape le processus démocratique.

À la mi-février, le feu était pris à Fredericton.

Le gouvernement provincial venait de donner le feu vert à une réforme des hôpitaux. Celle-ci incluait la fermeture de six salles d’urgence au sein d’hôpitaux ruraux, y compris ceux de Caraquet, de Grand-Sault et de Sainte-Anne-de-Kent.

Cela a provoqué une crise politique qui a passé bien près d’emporter le gouvernement Higgs. Deux mois plus tard, plus personne ne parle d’élections. Le Canada est en pause. Tout le monde doit rester à la maison, sauf les travailleurs jugés essentiels.

À Fredericton, le ton a changé du tout au tout. Le budget provincial a été adopté sans débat. Un comité multipartite a été créé. Chaque jour, le gouvernement Higgs consulte les chefs libéral, vert et allianciste.

En échange, ceux-ci acceptent de rester dans l’ombre, limitent leurs critiques à l’égard du gouvernement et le laissent travailler.

L’Assemblée législative a pratiquement cessé de siéger. Vendredi, une quinzaine de députés se sont réunis pendant à peine 30 minutes, le temps de faire une prière et d’adopter deux projets de loi concernant la lutte au coronavirus.

Ces mesures sont nécessaires pour deux raisons.

D’abord, pour des raisons de santé publique. La COVID-19 est extrêmement contagieuse. Les citoyens sont invités à éviter à tout prix les regroupements et à se tenir à au moins deux mètres les uns les autres. Dans ces circonstances, ce serait ridicule d’entasser 49 députés dans la législature, sans oublier leurs conseillers politiques, leurs staffers, les greffiers, les pages, etc.

Ensuite, pour permettre d’offrir à la population un message crédible et uni. Les partis de l’opposition ont compris qu’ils ne pouvaient pas miner le discours du gouvernement.

Si le premier ministre minoritaire de la province demande aux gens de rester à la maison, mais que les partis d’opposition soutiennent chaque jour qu’il exagère et qu’il faut mettre fin au confinement, la bataille contre le coronavirus sera perdue d’avance. Il suffit de voir ce qui se passe aux États-Unis pour s’en convaincre.

Cela dit, nous croyons qu’il est temps de redonner un peu plus d’oxygène à nos institutions démocratiques, à commencer par l’Assemblée législative.

Le premier ministre Higgs a déclaré la semaine dernière qu’il commence à planifier le redémarrage de certains secteurs de l’économie en raison du faible nombre de cas de COVID-19 dans la province. Nous croyons qu’il doit aussi envisager un redémarrage partiel de la démocratie.

La population a compris l’importance de bien suivre les directives. Permettre aux partis d’opposition de poser des questions au gouvernement n’aura pas pour conséquence de ruiner tous nos efforts.

Nous croyons aussi que les députés sauront agir de façon responsable. La situation actuelle n’est pas normale. Ce n’est pas le temps de tomber dans la partisanerie crasse, et tout le monde l’a compris à Fredericton. Il est possible de demander des comptes au gouvernement de façon constructive.

Comment redémarrer la machine? Il suffit de s’inspirer de ce qui se fait dans la capitale nationale.

Au fédéral, le gouvernement, avec l’aide du NPD et du Parti vert, a adopté une façon de faire qui pourrait être imitée au N.-B.

Le compromis prévoit une séance hebdomadaire en personne, mais en groupe réduit, et deux séances élargies (tous les députés), mais virtuelles. Cela permettra aux députés de poser des questions et de livrer des discours. Le premier ministre Trudeau et ses principaux ministres participeront aux séances.

Les conservateurs fédéraux ont tenté en vain de bloquer la proposition. Ils réclament un plus grand nombre de séances en personne, une suggestion qui est à nos yeux irresponsables, en pleine pandémie, et qui démontre à quel point le chef démissionnaire Andrew Scheer est déconnecté.

Au Nouveau-Brunswick, les députés membres du conseil d’administration de l’Assemblée législative se réuniront d’ici deux semaines pour discuter de la possibilité de reprendre le travail législatif tout en respectant les directives de la Santé publique.

Nous félicitons le premier ministre Higgs de travailler en collaboration avec le comité spécial dont font partie les chefs des partis d’opposition.

Il est cependant temps de redonner une place aux députés. Les périodes de questions et les débats doivent reprendre graduellement. Cela peut se faire de façon sécuritaire, prudente et responsable.