Un plan imparfait

Le gouver­nement provincial passe à la prochaine étape, celle du déconfinement. Les autorités sont toutefois en train de découvrir que ce qui fonctionne bien sur papier ne s’adapte pas facilement à la réalité.

Jusqu’au 24 avril, les directives étaient relativement simples à suivre. Le Néo-Bruns­wickois moyen était invité à rester chez lui. S’il devait sortir, par exemple pour aller au supermarché, il devait autant que possible se tenir loin de ses concitoyens.

Le gouvernement provincial s’était donné deux semaines, à compter de Pâques, pour évaluer le succès de sa stratégie contre la pandémie. Les résultats sont au-delà de toutes les attentes. Il n’y a présentement que six personnes infectées par le coronavirus au Nouveau-Brunswick.

«Ça va bien aller», nous dit le slogan que l’on retrouve un peu partout accompagné d’un arc-en-ciel. En fait, ça va tellement bien que le gouvernement Higgs peut difficilement justifier à ce point-ci de garder la province sur pause. Il doit lâcher du lest.

C’est ce qu’il vient de faire.

La population peut recommencer à fréquenter les plages, les parcs qui étaient fermés et reprendre des activités comme la chasse et la pêche. À condition, insiste la Santé publique, de maintenir l’éloignement physique.

Si tout va bien, une nouvelle phase de déconfinement suivra d’ici un mois. Elle inclura l’ouverture de commerces détail, des bureaux, des restaurants et des terrains de camping.

Le gouvernement provincial préfère pécher par excès de prudence. Nous n’allons certainement pas le lui reprocher.

Nous en connaissons encore très peu sur ce coronavirus et il n’existe aucun vaccin. La situation néo-brunswickoise pourrait passer d’enviable à catastrophique en l’espace d’un claquement de doigts.

Le gouvernement provincial a donc mis en place un plan de déconfinement. Et c’est là que le bât blesse. S’il est parfait sur papier, il risque d’être moins bien suivi dans la réalité.

Une série de règles ont été révélées vendredi. Déjà, il est évident que plusieurs d’entre elles seront difficiles à mettre en vigueur et surtout à faire respecter.

Par exemple, les familles ne sont plus obligées de rester confinées à la maison. Elles ont le droit de se jumeler à un autre ménage – une «famille bulle» comme le dit le gouvernement -, avec lequel ils n’ont auront plus à pratiquer l’éloignement physique. Ces deux unités familiales doivent toutefois maintenir l’éloignement physique avec tous les autres ménages, comme c’était le cas avant.

Ce n’est pas tout le monde qui a compris la règle. C’est sans oublier qu’on voit mal les forces policières débarquer dans une maison pour vérifier si on retrouve bel et bien à l’intérieur deux «familles bulles» et si celles-ci sont fidèles l’une à l’autre.

Toujours dans la catégorie microgestion, le covoiturage est désormais permis. Si c’est un membre de votre famille, il peut s’assoir en avant. Sinon, en arrière et en diagonale avec le conducteur.

Et que penser de cette permission accordée aux églises d’organiser des services religieux en plein air, à condition que les paroissiens restent dans leur véhicule, éloignés les uns les autres? Cela donne l’impression que les décideurs sont déconnectés de la réalité, ce qui nuit à la crédibilité du plan de déconfinement dans son ensemble.

Le document officiel de la Santé publique, disponible sur internet, comporte pas moins de 13 pages de directives et d’exceptions de ce genre. Il n’y a aucune chance qu’il soit respecté à la règle.

Ledit plan semble par ailleurs évoluer constamment. Le tableau à quatre couleurs diffusé vendredi est déjà périmé. Il comporte désormais cinq couleurs – cinq catégories. Des modifications ont déjà été apportées dans les derniers jours.

La stratégie néo-brunswickoise fonctionnait bien parce qu’elle était simple, mais surtout parce que la population était prête à la suivre. Le nouveau plan est déjà moins bien adapté à la vie de tous les jours.

Prenez par exemple le port du masque. Avant le 24 avril, il était fortement recommandé. À un moment où les mesures de santé publique sont censées devenir moins sévères, le port du masque est devenu à compter de vendredi «exigé à moins d’incapacité».

Si vous avez été faire un tour dans un commerce au cours de la dernière fin de semaine, vous avez sûrement remarqué qu’à peu près personne ne respectait cette règle.

Lundi, nouveau changement de cap. Le masque n’est plus obligatoire. Mais il pourrait le devenir d’ici deux à quatre semaines.

Dans sa volonté de tout prévoir et de limiter au maximum la propagation du virus, le gouvernement risque de manquer son coup. Un plan trop complexe et mal adapté risque d’être ignoré ou mal compris par la population. Et d’avoir des conséquences funestes.

La Santé publique a des yeux et des oreilles sur le terrain. Elle découvrira rapidement quelles parties de son plan fonctionnent et lesquelles résonnent moins au sein de la population. Elle devra rapidement ajuster le tir.