Blaine Higgs doit reculer

Le premier ministre Blaine Higgs se targue d’être un politicien qui ne craint pas de prendre des décisions difficiles et nécessaires, même quand elles sont impopulaires. En bloquant aux travailleurs de l’étranger l’accès au Nouveau-Brunswick, il fait pourtant exactement le contraire.

Les Acadiens et les autres Néo-Bruns­wickois savent se serrer les coudes quand la situation l’exige. Encore plus en situation de crise, comme c’est le cas pendant cette pandémie.

Mais être solidaires de travailleurs du Mexique, de la Jamaïque ou des Philippines qui viennent travailler dans nos champs pendant quelques semaines chaque année?

C’est beaucoup demander à des citoyens qui ont accepté de sacrifier une partie de leurs droits et de leur liberté afin de lutter contre une maladie particulièrement contagieuse, la COVID-19.

Sans surprise, comme bien des politiques populistes, l’annonce du gouvernement Higgs est bien accueillie au sein de la population. Cela n’enlève rien au fait qu’il s’agit d’une mauvaise décision.

Nous sommes un ilot où la COVID-19 n’a pas fait les mêmes ravages qu’ailleurs en Amérique du Nord. Selon Blaine Higgs, il faut à tout prix conserver notre avantage en empêchant des travailleurs étrangers potentiellement infectés de mettre le pied sur le sol de notre belle province.

Pour les remplacer, rien de plus simple. En raison de l’épidémie, des dizaines de milliers de Néo-Brunswickois sont au chômage. Il suffit de les envoyer travailler au sein des entreprises agricoles et des usines de transformation. Dossier réglé!

Il y a plusieurs problèmes avec cette prémisse.

D’abord, il faut rappeler qu’il y a déjà plusieurs travailleurs étrangers au Nouveau-Brunswick. Ils sont ici grâce à un programme fédéral. Ces gens sont testés dans leur pays avant de prendre l’avion. Une fois au Canada, ils doivent ensuite se soumettre à une quarantaine de 14 jours.

Aux dernières nouvelles, ces gens n’ont pas propagé la COVID-19 à travers la province.

Par ailleurs, la majorité des chômeurs de la province sont en arrêt de travail depuis que l’économie est en pause. Ils ne cherchent pas un nouvel emploi. Ils attendent plutôt que leur employeur rouvre ses portes.

Il y avait aussi des chômeurs avant que ne débute la pandémie. Ceux-ci ne se rendaient pas en grand nombre à la ferme la plus proche pour participer à la récolte ni dans les usines de transformation de fruits de mer. Et pour cause! Ce sont des emplois mal payés qui comprennent de très longues heures de travail dans des conditions difficiles.

Penser qu’il est possible de remplacer les travailleurs étrangers par la main-d’oeuvre locale juste parce que le premier ministre en a exprimé le souhait relève de la science-fiction.

Qu’on le veuille ou non, une partie de notre mode de vie s’appuie sur le travail effectué par ces travailleurs de pays étrangers et que personne d’autre ne veut faire. Une réalité que nous préférons ignorer.

Ce n’est pas tout.

Avec cette décision, nous voyons réapparaître une tare qui afflige le gouvernement Higgs depuis son accession au pouvoir.

Encore une fois, il prend une décision pour tout le Nouveau-Brunswick, laquelle est censée toucher tout le monde de façon égale, mais qui dans les faits affecte les régions rurales de façon disproportionnée.

Interdire les travailleurs étrangers n’aura pas d’impact à Saint-Jean, où le gouvernement Higgs a la plupart de ses antennes, ni dans les autres grands centres. Par contre, l’impact sera catastrophique dans toutes les régions où l’on retrouve des fermes, des vergers, des exploitations agricoles et des usines de transformation de fruits de mer.

Plusieurs de ces régions (mais pas toutes) sont acadiennes.

Si Blaine Higgs avait de réelles appréhensions par rapport aux travailleurs étrangers, il pourrait ordonner que leur quarantaine dure un peu plus longtemps. Il pourrait aussi exiger qu’ils subissent des tests de dépistage. La Santé publique affirme être en mesure d’effectuer 1500 tests par jour, mais n’en fait présentement qu’autour de 500, souvent moins.

Si le gouvernement Higgs était sérieux dans sa volonté de convaincre les chômeurs et les étudiants d’accepter ces emplois désormais vacants, il subventionnerait leurs salaires afin qu’ils deviennent plus alléchants.

Le blocus imposé aux travailleurs de l’étranger n’est pas une mesure de santé publique. C’est une attaque contre les régions rurales. Il a été pensé à Fredericton, par un premier ministre (Blaine Higgs) et un ministre de la Santé (Hugh John Flemming) de Saint-Jean qui n’ont pas la moindre idée de l’impact qu’il aura sur la survie de centaines d’entreprises rurales. Ou qui s’en fichent.

Ils doivent reculer. Ils doivent annuler cette décision.

Sinon, le gouvernement du Canada doit intervenir. Aux dernières nouvelles, c’est encore lui le responsable de nos frontières internationales.