30 ans plus tard, enfin!

Nous applaudissons la décision du gouvernement du Canada de bannir quelque 1500 armes d’assaut au Canada. Si nous avions souhaité voir Ottawa aller encore plus loin, dans les faits, il s’agit d’une annonce importante qui contribuera à sauver des vies.

Parmi les armes ciblées, nous retrouvons le Ruger Mini-14, utilisé lors du massacre de la Polytechnique de Montréal, le 6 décembre 1989.

Nous retrouvons aussi celles utilisées lors de la fusillade de Moncton, laquelle a coûté la vie à trois agents de la GRC en 2014, ainsi que lors de l’attaque de la Grande mosquée de Québec, en 2017. Surtout, l’arme la plus couramment utilisée lors des tueries de masse aux États-Unis, le AR-15, est aussi désormais interdite.

Enfin!

Ces armes n’ont pas d’affaire dans les mains de simples citoyens. Elles ne servent pas à chasser l’orignal, le chevreuil ou la perdrix. Elles ont été créées dans l’unique but de pouvoir tuer un grand nombre de personnes le plus rapidement possible. Pourquoi diable voudrions-nous voir de telles choses en circulation au Canada?

Sans surprise, des critiques se sont rapidement fait entendre. Le grand favori pour succéder à Andrew Scheer à la tête du Parti conservateur du Canada, Peter MacKay, s’est déjà engagé à infirmer la décision.

Des élus conservateurs néo-brunswickois ont déchiré leur chemise. Parmi eux, John Williamson, député de Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest, a dit être outré à propos de ce qu’il affirme être une mesure “illégitime et antidémocratique”. Il accuse les libéraux de prioriser leur idéologie au détriment du bon sens.

Les premiers ministres Doug Ford (Ontario) et Jason Kenney (Alberta) ont ajouté en cœur que le gouvernement doit plutôt mettre en place des mesures pour empêcher la contrebande d’armes illégales aux frontières et imposer aux contrevenants des peines plus sévères.

Nous leur répondons qu’il est possible de marcher et de mâcher de la gomme en même temps. Nous sommes en faveur de leur proposition de durcir les peines là où c’est justifié.

Sauf que cela peut se faire tout en interdisant la vente et la possession d’armes d’assaut semi-automatiques.

Cela dit, tout n’est pas parfait avec l’annonce du gouvernement Trudeau.

D’abord, la décision a été mise en vigueur par décret. Ce n’est pas une loi qui a été adoptée au Parlement. Cela signifie qu’un autre gouvernement, même minoritaire, pourrait facilement renverser ce décret et rendre légales, d’un petit coup de stylo, des milliers d’armes à tuer.

Le gouvernement Trudeau prévoit aussi mettre en place un programme de rachat. L’ennui est qu’il ne sera pas obligatoire. Bien peu de gens risquent de vendre volontairement leurs joujoux au gouvernement fédéral, surtout s’ils croient qu’une éventuelle administration conservatrice changera à nouveau les règles.

Nous aurions préféré un programme de rachat obligatoire avec pour objectif une interdiction totale, d’ici quelques années, d’avoir ce type d’armes en sa possession.

Les armes à feu font partie de nos vies, spécialement dans les régions rurales. Au Nouveau-Brunswick, des dizaines de milliers de personnes pratiquent la chasse. Personne ne veut causer de problèmes à ces gens-là.

La possession d’une arme semi-automatique ne fait toutefois pas partie des droits ou des valeurs des Canadiens. Ce n’est même pas une valeur conservatrice, rurale ou de droite. C’est une valeur républicaine, dans un pays (les États-Unis) où l’importance d’une milice armée est inscrite dans la constitution.

Un pays, rappelons-le, où des milliers de personnes perdent la vie chaque année dans des tueries de masse qui ont lieu dans des écoles, des clubs, des cinémas, des parcs, etc. Et ce, dans une indifférence toujours grandissante.

Nous ne voulons pas de ça. Pas ici. Pas au Nouveau-Brunswick. Pas au Canada.

L’homme qui a abattu 22 personnes en Nouvelle-Écosse était lourdement armé. Si les armes semi-automatiques avaient déjà été interdites, peut-être aurait-il quand même assassiné tous ces gens. Peut-être que cela n’aurait rien changé.

Mais peut-être aussi que certaines de ses victimes auraient ainsi échappé à la mort.

Le lobby des armes dépensera beaucoup d’argent et d’énergie dans les prochains mois et années pour combattre cette décision. Les aspirants-chefs conservateurs comme Peter MacKay et Erin O’Toole gaspilleront beaucoup de salive pour démontrer qu’ils sont les champions du droit de s’armer.

Ottawa ne doit pas plier ni chercher d’autres compromis. Lors des dernières élections, autour de 70% des électeurs canadiens ont voté pour un parti qui favorise ouvertement l’interdiction des armes semi-automatiques. Ils ne font peut-être pas autant de bruit que les lobbys proarmes extrémistes, mais ils méritent quand même d’être entendus.

Trente ans après la Polytechnique, un gouvernement prend des mesures pour nous débarrasser de ces machines à tuer. Il était plus que temps que ça se fasse.