Pour un plan de retour à l’école

Les écoles sont fermées et le reste de l’année scolaire a été annulé. La lutte contre la pandémie demande de grands sacrifices et, parmi ceux-ci, de garder les enfants à la maison, loin de leurs enseignantes et de leurs amis. Il est toutefois temps de penser à l’avenir. Il ne faut pas que cette situation perdure à compter de septembre.

Le Nouveau-Brunswick se distingue jusqu’à maintenant par la façon dont il a limité la propagation de la maladie. Nous ne comptons officiellement que deux personnes atteintes de la COVID-19. Seize jours ont passé sans qu’un seul test de dépistage ne soit positif.

Ces succès poussent le gouvernement Higgs à larguer un peu de lest. De timides mesures de déconfinement ont été mises de l’avant. D’autres suivront afin de redonner tranquillement un peu d’oxygène à la population et à notre économie.

En ce qui a trait aux écoles, le plan est moins clair. L’objectif est de les rouvrir en septembre, dépendamment de la situation.

L’ennui, c’est qu’il pourrait se dérouler de 12 à 18 mois avant qu’un vaccin puisse être créé, produit et distribué à grande échelle. Il faudrait un miracle pour que la pandémie soit derrière nous d’ici la fin de l’été.

À moins que le Nouveau-Brunswick perde d’ici là le contrôle de la situation et que des milliers de personnes attrapent la COVID-19, la propagent et font des victimes, il est hors de question d’accepter que les écoles restent fermées en septembre.

Il doit y avoir une rentrée scolaire.

Soyons honnêtes. Les écoles auraient dû rouvrir en mai.

La situation actuelle ne s’améliorera pas sensiblement dans les prochains mois. Le retour en classe en septembre se fera dans des conditions semblables à celles d’aujourd’hui, c’est-à-dire dans un Nouveau-Brunswick qui compte peu de cas de COVID-19, mais qui ne relâche pas la garde. Les risques ne sont pas plus ou moins grands aujourd’hui qu’ils ne le seront dans quatre mois.

Cela dit, le gouvernement Higgs a décidé de se donner un peu de temps et c’est tout à fait compréhensible. Cela lui donne plus de temps pour préparer la suite des choses, y compris dans l’éventualité où une éclosion majeure devait survenir.

C’est dans ce contexte que le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, a annoncé mercredi son plan pour un meilleur accès à l’apprentissage à domicile. Le but est que si les écoles devaient fermer aussi cet automne, il sera quand même possible d’enseigner aux enfants à distance, y compris ceux qui n’ont pas accès à un ordinateur ou une tablette.

Cela dit, l’école virtuelle est un mythe. Elle ne saurait remplacer les cours en classe.

Le site web Je m’éduque.ca n’est qu’une sorte de ramassis de liens internet, d’applications, de jeux parfois éducatifs, parfois non, et qui a peu à voir avec le curriculum scolaire approuvé par le ministère de l’Éducation et censé être présenté en classe.

L’école virtuelle est aussi source d’inégalité. Des parents arrivent à enseigner à leurs enfants. D’autres non.

Chaque jour qui passe est un recul pour l’apprentissage de nos enfants.

Par ailleurs, l’école est beaucoup plus qu’une succession de cours de français, de mathématiques et de sciences. C’est aussi un endroit où les enfants apprennent à socialiser, à se faire des amis, à gagner de l’autonomie, etc.

À un certain moment, la vie devra reprendre son cours, même avec le coronavirus qui rôde. Et il faudra accepter de le faire avec une certaine tolérance au risque, en sachant que nos enfants ne respecteront pas la fameuse règle des deux mètres de distanciation.

Il faudra peut-être reconfigurer les classes et les cafétérias. Une autre option pourrait être de diviser la population scolaire en deux.

À la fin des années 1980, un tremblement de terre a endommagé l’école Cormier d’Edmundston, rendant inutilisable une partie de l’édifice. Pendant les derniers mois de l’année scolaire, la moitié des élèves ont été en classe le lundi, le mercredi et le vendredi, alors que les autres y allaient le mardi et le jeudi. La semaine suivante, c’était le contraire.

Un scénario comme celui-là pourrait-il être envisagé jusqu’à la découverte d’un vaccin?

Une chose est certaine, il faut trouver une façon de retourner nos enfants en classe.

La COVID-19 cause des ravages à travers le monde. Mais priver nos enfants d’une éducation digne de ce nom aura des conséquences à long terme encore plus lourdes.