Le risque des garderies

Dans toute la stratégie de déconfinement du Nouveau-Brunswick, rien n’est plus sensible et risqué que la réouverture des garderies. C’est le seul endroit où le gouvernement provincial accepte un début de retour à la normale sans avoir la certitude que cela peut se faire sans provoquer une éclosion de COVID-19.

À la base, le principal objectif du gouvernement Higgs était d’aplatir la courbe de propagation du coronavirus. De ce côté là, c’est mission accomplie, et au-delà de toutes les espérances.

Le plan a toutefois changé en cours de route, si bien que dans la capitale, on vise désormais un objectif zéro, c’est-à-dire de passer le plus de journées consécutives sans déclarer de nouveaux cas de COVID-19. Pour y arriver, des décisions draconiennes ont été prises, notamment la fermeture partielle des frontières.

Depuis peu, le Nouveau-Brunswick a entrepris son déconfinement. Des bureaux, des commerces et des institutions reçoivent ou sont sur le point de recevoir le feu vert pour ouvrir leurs portes.

Tout cela se fait à petits pas et avec une extrême prudence. Le gouvernement Higgs ne laisse rien au hasard. Les restaurants, par exemple, peuvent à nouveau accueillir des clients à l’intérieur. Ils doivent cependant suivre des règles très précises pour assurer un éloignement physique.

Cela n’est pas possible dans les garderies. Le ministre de l’Éducation et du Dévelop­pement de la petite enfance, Dominic Cardy, en est conscient et ne s’en cache pas. Il a tout de même décidé d’aller de l’avant malgré tout.

C’est la bonne décision, même si celle-ci n’est pas sans risque.

On ne sait pas exactement comment réagissent les enfants au coronavirus. Des études préliminaires laissent croire qu’ils sont moins susceptibles d’être atteints ou de le propager.

Les services de garde font aussi respecter des règles d’hygiène à l’intérieur de leurs murs, et cela, depuis bien avant l’arrivée du coronavirus. Dans une journée normale, votre petit bout de choux se lave bien plus souvent les mains à la garderie qu’à la maison.

Néanmoins, les parents savent très bien à quel point les enfants attrapent et propagent entre eux les microbes. Les plus jeunes apprennent le partage des virus bien avant celui des jouets.

Les petits nez qui coulent, les rhumes et les grippes ne prennent pas de temps à passer de la garderie à la maison, et vice-versa.

Le Québec, qui compte des dizaines de milliers de personnes atteintes de la COVID-19, a fait le choix d’ouvrir certains centres de la petite enfance. Près d’une quarantaine d’entre eux sont aux prises avec une éclosion. Certains ont dû fermer temporairement après que plusieurs enfants et employés aient été atteints.

Ce scénario peut survenir au Nouveau-Brunswick. Le coronavirus est peu présent dans la province. Mais il ne suffit que d’un Néo-Brunswickois qui revient d’une autre province et qui le transmet à sa progéniture pour que la propagation commence.

Cela, le ministre Cardy le sait aussi. Il a d’ailleurs été accusé d’ouvrir les services de garde pour des raisons purement économiques et qui n’ont rien à voir avec la santé publique. À cela, il a répondu qu’entre la santé et l’économie, «nous devons choisir les deux».

Il a raison.

Il pourrait passer une année complète, sinon plus, avant qu’un vaccin contre la COVID-19 ne soit découvert. Nous ne pouvons pas tout fermer d’ici là. Ce n’est tout simplement pas réaliste.

Nous avons espoir que si les Néo-Brunswickois continuent de suivre les règles de distanciation, le nombre de personnes porteuses du coronavirus continuera d’être très faible, ce qui signifie qu’il ne devrait pas se rendre jusque dans les garderies.

Si cela devait quand même survenir, il sera important de ne pas réagir de façon exagérée.

Il ne faudra pas fermer tous les services de garde de la province parce qu’il y a une éclosion à Sussex ou à Haut-Madawaska. Le ministre Cardy ne deviendra pas soudainement un monstre parce que des enfants auront été déclarés positifs à la suite de sa décision.

Avec un peu de chance, cette réouverture sera un succès. Elle apprendra autant au gouvernement qu’aux parents une certaine tolérance au risque. Un risque qui n’est pas zéro, mais qui est réduit au minimum.

Surtout, cette expérience pourra nous guider cet été, alors que le gouvernement devra décider s’il rouvre les écoles en septembre.

Si nous pouvons nous occuper de nos plus jeunes dans des garderies sans que ceux-ci suivent en tout temps la règle des deux mètres de distance, il sera certainement possible d’y arriver aussi dans nos établissements scolaires, et ce, sans que la COVID-19 n’y cause de catastrophe.