Amateurisme aux frontières

Depuis le début de la pandémie, le gouvernement du Nouveau-Brunswick mérite une note presque parfaite. Les résultats parlent d’eux-mêmes. Nous ne comptons présentement aucun cas actif de COVID-19 sur notre territoire. Personne n’est mort de la maladie. Nos hôpitaux ne sont pas surchargés et le virus n’a pas fait son entrée dans nos foyers de soins.

Tout cela a été rendu possible grâce à plusieurs éléments: un gouvernement qui a agi rapidement et qui a pris les bonnes décisions, des citoyens qui ont respecté les directives d’éloignement physique, un département de Santé publique compétent et qui a les mains libres, une faible densité de population éparpillée sur un territoire rural et une bonne dose de chance (par exemple, aucun employé de foyer de soins n’a ramené avec lui la COVID-19 de vacances à l’extérieur du pays).

Il y a toutefois un endroit où le Nouveau-Brunswick fait un moins bon travail: la gestion de la fermeture de ses frontières.

C’est le seul dossier où le gouvernement Higgs fait preuve d’un amateurisme flagrant. L’absence d’une stratégie de communications digne de ce nom a pour effet que nous ignorons d’une journée à l’autre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas.

Le 8 mai, un Ontarien âgé de 19 ans a atterri à l’Aéroport international Roméo-LeBlanc du Grand Moncton. Il a affirmé qu’il venait visiter son père, à Moncton. Intercepté par des agents, il a été mis en état d’arrestation après avoir refusé de prendre un nouveau vol vers Toronto. Il a passé la nuit en prison, a été condamné à payer une amende de près de 300$ puis a été expulsé de la province.

Pourtant, à peine quelques jours plus tard, le premier ministre Higgs a expliqué dans une conférence de presse que même si les frontières sont fermées, plusieurs personnes peuvent quand même se rendre ici. Il a ensuite spécifiquement donné en exemple une personne qui souhaite venir visiter ses parents au Nouveau-Brunswick!

Les Néo-Brunswickois qui reviennent de l’extérieur sont censés avoir le droit de revenir à la maison, à condition de respecter une quarantaine de 14 jours. Pourtant, l’artiste Isabelle Cyr, qui travaille au Québec mais qui possède une résidence principale dans le Sud-Est, a témoigné dans nos pages être interdite de séjour dans sa province au même titre qu’un simple propriétaire d’un chalet.

Surtout, que penser du cas de Julie Goudreau, de Pointe-à-la-Croix, qui s’est vue interdire de traverser la frontière néo-brunswickoise pour venir mettre en terre son époux, à Campbellton? Elle avait pourtant pu passer la semaine précédente pour acheter le lot où devait être enterrer son défunt mari.

En fin de semaine, l’Acadie Nouvelle a appris que le gouvernement provincial s’est finalement ravisé, pour des «considérations humanitaires».

Le noeud du problème est l’absence de règles claires et une difficulté encore plus grande d’obtenir des réponses du gouvernement provincial.

Chaque jour, des citoyens québécois se rendent sur notre territoire, sur la base d’un règlement provincial qui prévoit qu’ils peuvent venir pour avoir accès à des «nécessités de la vie». Cela laisse place à beaucoup d’interprétation.

Concrètement, cela signifie que si vous êtes accueilli par un agent doté de jugement, vous pourrez vous rendre au Nouveau-Brunswick effectuer vos emplettes sans problème.

Par contre, si vous tombez sur un policier qui n’a jamais eu autant de pouvoir de sa vie et qui se voit comme étant la dernière ligne de défense entre l’Acadie et la COVID-19, vous risquez de vous faire interdire d’assister à l’enterrement d’un proche. Ou de passer une nuit en prison.

Il est temps de mettre fin au règne de l’arbitraire. Le Nouveau-Brunswick doit dire clairement ce qui est permis et ce qui ne l’est pas.
La manière la plus simple serait de rendre publique une liste exhaustive qui résumerait ce que le gouvernement considère être les «nécessités de la vie»: soins de santé, épicerie, funérailles, services bancaires, etc.

Cette liste doit être facilement accessible. Elle doit aussi être modifiée et améliorée à mesure que surviennent certaines situations qui n’avaient pas été originalement prévues.

Le Nouveau-Brunswick est une province dans un ensemble canadien. Pas une république de bananes! Quand certains agents de la GRC n’ont aucune espèce d’idée ou le jugement nécessaire pour appliquer un arrêt provincial de façon uniforme et comme il se doit, c’est qu’il y a un problème.

La fermeture partielle des frontières est un geste très grave. La moindre des choses est que le gouvernement Higgs fasse preuve d’un minimum d’uniformité et de professionnalisme dans sa façon de faire respecter ses décisions.