Une vie (presque) normale

Après un mois de petits pas et de grande prudence, le gouvernement Higgs et son département de la Santé publique font un grand saut vers l’inconnu. Le Nouveau-Brunswick passe en phase jaune, c’est-à-dire que les restrictions les plus importantes sont levées ou sont sur le point de l’être. Il y a des risques. Mais le gouvernement n’avait pas le choix de foncer.

La nouvelle cette semaine voulant qu’un enfant d’une garderie du Restigouche soit atteint de la COVID-19 est un rappel que la bataille n’est pas terminée. Le coronavirus est là. Le risque zéro n’existe pas, du moins pas tant qu’un vaccin aura été découvert et distribué à grande échelle.

Malgré cela, nous croyons que le gouvernement Higgs, la Santé publique et le comité multipartite (qui comprends des ministres et les chefs de l’opposition) prennent la bonne décision en donnant le feu vert au déconfinement.

Le concept de la bulle des deux ménages est mis de côté. Désormais, les Néo-Bruns­wickois peuvent recommencer à fréquenter les membres de leur famille, leurs amis et leurs connaissances comme ils le faisaient avant la pandémie.

Il existe encore quelques restrictions. Pas question d’organiser un party de quartier ou d’inviter tous les membres de votre ligue de garage à la maison. Mais vous avez désormais le droit d’aller visiter votre voisin ou de laisser vos enfants jouer chez leurs amis sans craindre qu’un dénonciateur appelle la police.

À compter de vendredi prochain, les rassemblements de 50 personnes et moins seront autorisés, mais avec distanciation sociale. Cette mesure vise clairement les festivals et autres événements communautaires du genre, qui pullulent normalement pendant la saison estivale.

Par ailleurs, la plupart des entreprises et organisations fermées de force depuis l’arrivée de la COVID-19 au Nouveau-Brunswick pourront rouvrir leurs portes, y compris les coiffeurs, les piscines, les gymnases et même les ligues sportives.

Tout cela aurait dû être permis depuis au moins un mois, soit quand il est devenu clair que l’épidémie était circonscrite dans la province et que seuls quelques cas isolés venaient troubler notre quiétude.

Fredericton a toutefois préféré prendre son temps, en imposant d’abord une phase transitoire, puis une phase orange et enfin, la phase jaune. Cet excès de prudence est compréhensible. Nous savons à quel point la COVID-19 est contagieuse et combien elle peut faire des ravages chez les personnes vulnérables.

Il y a aussi un risque politique. Si le virus se propage à travers les campings ou les restaurants, le gouvernement sera blâmé. C’est sans compter qu’une fois que l’étau du confinement est desserré, il deviendra très difficile pour la Santé publique de convaincre la population de revenir en arrière, de tout fermer à nouveau et de forcer les gens à rester à la maison en cas de nouvelle éclosion.

Le gouvernement Higgs ne pouvait toutefois pas repousser la fin du confinement plus longtemps.

Les directives les plus sévères sont déjà moins bien suivies depuis quelques semaines. Ce n’est pas étranger au fait que la plupart des régions de la province ne comptent aucun cas de COVID-19 depuis déjà deux mois.

Il suffit de regarder un peu autour de soi pour constater que la bulle des deux ménages est de moins en moins bien respectée.

Cela devient chaque jour plus difficile pour la Santé publique de justifier que des enfants n’ont pas le droit de jouer avec leurs amis, que des voisins ne peuvent partager ensemble un repas barbecue et que tant de commerces doivent rester fermés.

Le gouvernement provincial a la responsabilité de protéger la santé des Néo-Bruns­wickois contre ce coronavirus. Mais il doit aussi être en phase avec les citoyens et ce qu’ils sont prêts à accepter.

Les assouplissements sont rendus possibles du fait que nous n’avons présentement qu’un seul cas officiellement actif dans toute la province. La Santé publique a la capacité de tester tous ceux qui présentent des symptômes, de les isoler et de retracer les personnes avec qui elles sont entrées en contact.

Aucune personne n’est hospitalisée en raison de la COVID-19 et personne n’a été atteint dans les foyers de soins, ce qui a pour conséquence que notre système de santé n’est pas débordé. Il est en mesure de faire face à une augmentation du nombre de cas, si cela devait se produire.

Il peut gérer le risque.

Nous nous dirigeons néanmoins vers l’inconnu. Il n’y a aucune garantie que la courbe de la maladie ne va pas s’accélérer dans les prochaines semaines, en l’absence d’un vaccin.

Le moment est toutefois venu de redonner un coup de pouce à l’économie et d’accepter le fait qu’en attendant une hypothétique deuxième vague du coronavirus, nous pouvons faire confiance aux Néo-Bruns­wickois et leur laisser retrouver un semblant de vie normale.