Décision irresponsable, recul nécessaire

Il y a une seule chose qui est pire qu’un gouvernement qui prend une mauvaise décision. C’est un gouvernement qui persiste et qui maintient sa mauvaise décision, pour sauver la face et ne pas montrer qu’il recule. Heureusement, le premier ministre Blaine Higgs n’a pas choisi cette voie.

Le 28 avril, Blaine Higgs a annoncé que le Nouveau-Brunswick fermait la porte aux travailleurs étrangers temporaires, en affirmant qu’il est trop risqué de les laisser entrer dans notre province en raison des risques de propagation de la COVID-19.

Une décision irresponsable que l’Acadie Nouvelle a immédiatement condamnée en éditorial. Il a fallu près d’un mois avant que le gouvernement révise sa position.

Les travailleurs temporaires étrangers représentent une facette importante de l’industrie des pêches et de l’agriculture. Ils sont des milliers chaque année à quitter leur pays d’origine pour venir travailler quelques semaines ou quelques mois dans nos champs et dans nos usines.

En leur interdisant sans prévenir l’accès au Nouveau-Brunswick, le gouvernement progressiste-conservateur a affaibli les régions rurales. Les réactions ne se sont pas fait attendre.

Certains ont parlé de «désastre» et de «décision dévastatrice». D’autres ont craint que plusieurs fermes ne puissent passer au travers de cette crise provoquée de toute pièce par l’administration Higgs.

Fredericton a agi sans consulter les entreprises pourtant touchées par la mesure.

Pire encore, Blaine Higgs est tombé dans le piège de la pensée magique. Il a demandé aux chômeurs et aux étudiants de remplacer les travailleurs étrangers dans les champs.

Ce type de travail est mal rémunéré, très dur physiquement et peu valorisé. Il n’intéressait déjà à peu près personne. Il faut vivre sur une autre planète pour croire que parce qu’il y a pandémie, les gens vont se ruer vers ce type d’emplois.

Ce n’est pas tout.

Blaine Higgs a d’abord indiqué qu’il proposera des mesures pour encourager les chômeurs néo-brunswickois à remplacer les travailleurs étrangers. Preuve qu’il n’y a jamais vraiment cru, il a rejeté une campagne de publicité de 400 000$ qui visait à pourvoir de 900 à 1200 postes en agriculture et dans les pêches, parce que trop coûteuse.

Il a aussi refusé de suivre l’exemple du Québec, qui verse des primes de 100$ par semaine à ceux qui iront prêter main-forte dans les champs (avec des résultats mitigés).

En fait, le blocus imposé aux travailleurs étrangers était surtout idéologique.

Depuis déjà plusieurs années, les conservateurs du pays s’opposent à la venue des travailleurs venus de l’étranger et rêvent du jour où les postes qu’ils occupent seront occupés par des chômeurs canadiens.

Dans les années 2010, le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait resserré les règles concernant le recours aux travailleurs étrangers temporaires. Plusieurs mesures restrictives avaient été imposées. Par exemple, les employeurs devaient limiter à 10% leur main d’oeuvre embauchée de l’extérieur du Canada. Une mesure arbitraire qui nuisait aux usines de transformation, mais qui a heureusement été renversée une fois les libéraux arrivés au pouvoir à Ottawa.

Bref, la relation trouble entre les conservateurs (provinciaux et fédéraux) et les travailleurs étrangers ne date pas d’hier.

La bonne nouvelle est que le gouvernement Higgs a finalement vu la lumière, même s’il lui aura fallu presque un mois avant qu’il ne sonne la retraite.

Il y aura tout de même des conséquences néfastes. Certains travailleurs étrangers n’ont pas attendu un hypothétique revirement de situation et ont plutôt été travailler dans une autre province. Ceux qui viendront quand même devront d’abord être mis en isolation pendant 14 jours.

Pour certaines entreprises, en particulier dans le secteur des pêches, ce sera trop peu trop tard.

Par ailleurs, cet incident est un rappel du peu de cas que fait le gouvernement Higgs des régions rurales, où il n’a peu ou pas d’antennes.

Ce gouvernement fonctionne au rythme de Saint-Jean. Plusieurs des principaux conseillers de M. Higgs viennent de la cité portuaire ou sont d’anciens collègues de Irving Oil. C’est ce qui explique que des décisions «provinciales» sont prises sans que l’on tienne compte des conséquences négatives à l’extérieur de la bulle du premier ministre et de ses conseillers.

Le gouvernement Higgs doit retenir les leçons de ce fiasco. Il doit apprendre à consulter les communautés au lieu de leur imposer des décisions qui ne tiennent pas compte de leur réalité.