La responsabilité du gouvernement Higgs

Les députés ont recommencé à siéger à l’Assemblée législative. Un retour qui était attendu et qui nous permet déjà d’en savoir plus sur les intentions du gouvernement et des espoirs des partis de l’opposition.

Ce n’était pas une rentrée législative comme les autres, mardi. Entre le premier ministre Blaine Higgs qui est entré à l’intérieur de l’édifice qui abrite la législature avec un masque qui lui couvrait une partie du visage et nombre de députés et de ministres qui ont siégé dans la galerie normalement réservée aux spectateurs, nous n’étions clairement pas dans une situation normale.

Les députés, autant ceux de l’opposition que ceux du gouvernement, ont tiré le meilleur de cette situation. Les questions étaient claires et la plupart des réponses l’étaient aussi.

Il y a bien eu quelques commentaires qui étaient plus partisans que véridiques, comme quand M. Higgs a accusé les libéraux de vouloir le convaincre de jeter de l’argent par les fenêtres. Mais en général, la Période des questions a été fort instructive.

Celle-ci a été fortement influencée par les succès de notre province à contenir la propagation de la pandémie. Pendant que le Québec n’en finit plus de compter ses morts dans ses CHSLD et que l’Ontario a découvert avec stupeur, grâce à un rapport des Forces armées canadiennes, à quel point certains de ses foyers sont dans un état lamentable, les députés néo-brunswickois ont surtout parlé de relance économique.

En écoutant discourir nos élus, on croirait par moment que la pandémie est chose du passé, que tout le monde est vacciné et que nous pouvons passer à autre chose, même si les derniers rebondissements dans le Resti­gouche nous démontrent le contraire.

Il faut dire aussi que le gouvernement progressiste-conservateur a pris soin d’éteindre quelques feux avant de revenir à l’Assemblée législative.

Il a conclu une entente avec le fédéral visant à offrir une prime salariale à plusieurs travailleurs essentiels. Il est revenu sur sa décision de bloquer l’accès aux travailleurs étrangers temporaires. Et surtout, il a enclenché une nouvelle phase de déconfinement, laquelle permet à la plupart des entreprises et organisations de rouvrir leurs portes et d’accueillir des clients.

Tout cela a eu pour effet d’enlever des munitions aux autres formations politiques.

Au final, la majeure partie de cette Période des questions a surtout mis en lumière le fait que le gouvernement Higgs priorise le retour à l’équilibre budgétaire sur tout le reste, y compris la relance de l’économie. Il n’a aucune intention d’injecter des fonds supplémentaires pour aider les entreprises à surmonter leurs difficultés financières causées par la COVID-19.

Blaine Higgs s’est même permis de dénoncer les milliards de dollars dépensés par le gouvernement du Canada. Or, ce sont ces programmes fédéraux qui permettent à des entreprises néo-brunswickoises de garder la tête hors de l’eau pendant cette crise.

Le Nouveau-Brunswick est la province la moins généreuse au pays. Si le gouvernement Higgs peut se permettre de prioriser la santé des finances publiques à celle de l’économie, c’est en raison de l’effort herculéen consenti par le gouvernement Trudeau.

Rien de tout cela ne devrait toutefois nous surprendre. Nous avons élu un gouvernement austère à Fredericton et interventionniste à Ottawa. Ils n’avaient rien caché de leurs intentions en campagne électorale et agissent aujourd’hui selon leurs convictions.

Cela dit, nous croyons que le gouvernement Higgs ne pourra complètement laisser tomber les entreprises.

À travers le Nouveau-Brunswick, nombre d’entre elles éprouvent des difficultés en raison des restrictions imposées afin de lutter contre la COVID-19. La fermeture des limites provinciales, par exemple, a pour effet que des milliers de Québécois ne viendront pas visiter les régions acadiennes, ce qui représente des millions de dollars en pertes de retombées économiques.

Ces décisions se justifient du point de vue de la santé publique. Il n’en reste pas moins qu’elles sont imposées par le gouvernement provincial et que celui-ci a donc une responsabilité à l’égard des entreprises touchées et de leurs employés.

Un gouvernement ne peut pas provoquer artificiellement une récession, même pour des raisons de santé publique, pour ensuite se laver les mains des conséquences.

Des travailleurs, des associations, des entreprises et des communautés souffriront longtemps des effets de cet arrêt forcé de l’économie. Le gouvernement Higgs devra passer par dessus son obsession des finances publiques et voler à leur secours. Même si cela signifie une augmentation temporaire du déficit du N.-B.