Pas le droit à l’erreur

L’irresponsabilité d’un médecin qui a choisi de ne pas se mettre en isolement à son retour du Québec a des conséquences funestes. Pour la première fois, le Nouveau-Brunswick est confronté au pire scénario qui soit: la COVID-19 a fait son entrée dans un foyer de soins.

Un employé du Manoir de la Vallée, un foyer de soins situé à Atholville, a été infecté à la suite d’un contact avec le médecin. Pendant trois nuits, il a travaillé et a ainsi, sans le savoir, propagé le coronavirus. Quatre résidents sont désormais atteints.

Le coronavirus est particulièrement dangereux pour les personnes âgées. Il s’attaque au système respiratoire, dont les poumons. Plus une personne vieillit, moins elle est susceptible de survivre à une pneumonie. Imaginez maintenant quelque chose d’aussi virulent que la COVID-19.

Quand ce virus se propage dans un foyer de soins, il peut causer un véritable carnage parmi les résidents. Ceux-ci sont déjà vulnérables. Surtout, ils ne sont pas autonomes. Cela signifie qu’ils reçoivent chaque jour de l’aide et des soins des employés. La maladie peut alors se propager d’une personne à l’autre, d’une chambre à l’autre.

À Halifax, une 53e personne est décédée de la COVID-19 au Manoir Northwood, un gigantesque foyer de soins où le virus s’est infiltré au début de la pandémie.

Les autorités néo-écossaises commencent à reprendre le contrôle de la situation là-bas. La situation s’améliore lentement. Une dizaine de résidents et quelques préposés sont encore atteints.

Dans le meilleur scénario, l’éclosion du foyer d’Atholville sera rapidement circonscrite. Elle se limitera à quelques personnes seulement. Dans le pire des cas, le virus s’est déjà propagé et des dizaines de nouveaux cas feront leur apparition dans les prochains jours.

Une nouvelle positive ressort de tout cela. La Santé publique était prête à une telle éventualité. Elle n’a pas été prise au dépourvu.

Il n’a fallu que quelques heures avant que des unités de dépistage soient mises sur pied à Campbellton et à Dalhousie. Des milliers de tests ont été effectués afin de déterminer l’ampleur de la contagion. Quand un premier cas a été révélé au Manoir de la Vallée, des mesures ont immédiatement été prises. Employés et résidents ont été testés.

Quand une dizaine d’employés de ce foyer ont quitté leur emploi à la suite de l’apparition des premiers cas, le Programme extramural, Ambulance NB et le Réseau de santé Vitalité ont été mis à contribution.

La Santé publique avait clairement prévu tous ces scénarios et a su quoi faire quand ils sont devenus réalité.

Les prochains jours nous diront si le Nouveau-Brunswick a aussi retenu les leçons des erreurs survenues dans d’autres provinces, en particulier le Québec et l’Ontario.

Les foyers ontariens et les CHSLD québécois étaient dans une sorte d’angle mort au début de la crise. Alors que tous les yeux étaient tournés vers les hôpitaux, une crise humanitaire était en train de se développer dans l’ombre.

Plusieurs éléments ont contribué à aggraver la situation dans ces deux provinces.

Il y avait un manque d’équipement sanitaire, en particulier de masques. Des employés devaient même se confectionner eux-mêmes de l’équipement de protection. Souvenez-vous de ces images de préposés qui s’étaient fabriqués des blouses… avec des sacs de poubelles.

Par ailleurs, en raison du manque de personnel, des travailleurs passaient régulièrement d’une zone chaude (où se trouvent des patients infectés) à une zone froide (où la maladie ne s’était pas encore frayé un chemin).

Pire, plusieurs de ces travailleurs étaient à l’emploi d’agences. Une journée, ils étaient affectés à un CHSLD. Le lendemain, ils se rendaient à un autre, etc. Ajoutez à cela un faible taux de dépistage et tous les éléments étaient en place pour que l’incendie se propage.

Le Nouveau-Brunswick a l’avantage d’avoir vu ce qui s’est fait ailleurs.

La Santé publique a aujourd’hui un portrait exact de la situation au foyer d’Atholville. Des tests de dépistage auront aussi lieu dans les autres foyers du Restigouche.

Ajoutez à cela de l’équipement en quantité suffisante, des mesures de protection sévères, un dépistage massif dans la région et des employés qui s’auto-isolent afin de ne pas infecter des gens dans leur famille et dans la communauté, et le pire scénario pourrait être évité.

Il n’y a eu aucun nouveau cas de COVID-19 au N.-B. lundi. Mais il y en aura d’autres. Peut-être dans un foyer. Proba­blement dans un hôpital. Certainement ailleurs. Mais il y en aura d’autres.

Entretemps, la pression sur la Santé publique et sur les employés du foyer d’Atholville est énorme. Personne n’a le luxe de relâcher sa garde. Personne n’a droit à l’erreur.