Le racisme des autres… et le nôtre

Neuf nuits de colère et de désespoir. Les États-Unis s’enflamment sous le regard de leur président pyromane. Pendant ce temps, au Nouveau-Brunswick, il aura fallu l’action d’une adolescente pour nous rappeler que nous avons aussi nos propres démons raciaux.

Les États-Unis ne vont pas bien, et ce n’est pas peu dire.

Il n’aura fallu qu’une étincelle pour tout faire exploser. Cette étincelle a pour nom George Floyd. Il a été tué par un policier qui l’a arrêté, menotté, puis immobilisé sur le sol. Il a ensuite écrasé son cou pendant neuf longues minutes. «Please, I can’t breathe» «They’re going to kill me». Les cris de désespoir de sa victime ont été vains.

Ce drame a été filmé par des passants et les images diffusées à travers le monde. Elles démontrent qu’aux yeux de ce policier et de ses trois collègues restés impassibles, un suspect de race noire est un sous-homme.

Il est déshumanisé. Sa vie n’a aucune importance. Ses droits non plus.

Le racisme dans toute sa laideur.

Au Nouveau-Brunswick, des gens ont tenu à partager leur solidarité à l’endroit de George Floyd et des autres victimes de discrimination. Environ 500 personnes ont manifesté à Moncton. Dans un geste symbolique très fort, ils ont posé le genou à terre. D’autres ont levé le poing en l’air.

Tous ces gens ont répondu à l’appel d’une élève de 12e année de l’école L’Odyssée de Moncton, Nellys Kalgora.

Le racisme existe au Nouveau-Brunswick. Et il est plus présent qu’on ne l’imagine.

Notre province n’a pas été immunisée contre ce fléau. Le Ku Klux Klan a déjà connu ses heures de gloire ici. En 1934, plus de 2000 spectateurs ont assisté à Miramichi à une cérémonie de naturalisation de nouveaux membres de cette organisation raciste.

Environ 450 personnes portaient le fameux uniforme. On retrouvait aussi des loges un peu partout dans la province, y compris dans des villes du Nord.

À Fredericton, l’édifice de la faculté de droit de l’Université du N.-B. portait jusqu’à cette semaine le nom de George Duncan Ludlow, un des derniers juges de l’Empire britannique à avoir défendu la légalité de l’esclavage.

Au quotidien, nous parlons toutefois peu de racisme. Les minorités visibles sont peu nombreuses au Nouveau-Brunswick. Selon le recensement de 2015, il n’y a qu’environ 7000 personnes de race noire dans notre province. Nos communautés acadiennes comportent une population blanche plutôt homogène, avec bien peu d’immigrants.

Ceux-ci sont absents dans l’espace public. Il n’y a aucun député en provenance d’une minorité visible à l’Assemblée législative. Dans toute l’histoire de la province, il n’y a eu qu’un seul député autochtone (T.J. Burke). Nous ne comptons qu’un conseiller municipal de race noire (Kassim Doumbia, à Shippagan) et aucun maire de couleur.

Résultat: les médias parlent surtout de racisme de manière anecdotique, quand survient un événement précis, souvent en lien avec les autochtones.

Ce n’est que la pointe de l’iceberg.

Au Nouveau-Brunswick, les Noirs ne craignent pas pour leur vie chaque fois qu’ils sont interpellés par un policier, du moins pas comme aux États-Unis.

Le racisme est plus insidieux. Les minorités visibles éprouvent plus de difficulté à se trouver un logement ou à convaincre un employeur de les accepter en entrevue pour un poste vacant.

Pour l’égalité des chances, on repassera.

À la suite de la manifestation de Moncton, Nellys Kalgora a confié avoir souvent été victime de racisme, malgré son jeune âge. Elle a témoigné, par exemple, être plus susceptible que ses amis de race blanche d’être soupçonnée par un employé de magasin de faire du vol à l’étalage.

Nous devons un grand merci à cette jeune femme et à tous ceux et celles qui l’ont accompagnée dans la rue, lundi. Cette manifestation était importante en raison de son message d’inclusion et d’ouverture. Blancs et Noirs ont marché en martelant un même message contre le racisme.

Ce n’est pas assez que de dire que le Nouveau-Brunswick n’a rien en commun avec l’Alabama et que nous ne partageons pas le même historique de ségrégation raciale.

Le racisme cessera quand il ne sera plus accepté nulle part, au point où les pires intolérants n’oseront plus agir comme ils le font, peu importe dans quel milieu, par peur d’être immédiatement dénoncés.

C’est un fléau que nous devons tous combattre. C’est une responsabilité collective. Rien ne changera tant que nous ne comprendrons pas qu’il nous appartient à tous d’agir – peu importe la couleur de notre peau.