Qui baisse les bras? Pas ceux qu’on pense

L’économie néo-brunswickoise tourne au ralenti depuis une bonne décennie. La pause forcée provoquée par l’arrivée de la COVID-19 ne fait rien pour améliorer les choses. Face à cette situation difficile, Blaine Higgs ne trouve rien de mieux à faire que de distribuer les blâmes.

Le premier ministre Higgs n’accorde pas d’entrevue en français en raison de son unilinguisme et refuse de nommer un porte-parole bilingue pour le faire à sa place. En anglais par contre, il n’hésite pas à multiplier les apparitions, en particulier depuis le début de la pandémie, afin de faire passer son message. C’est souvent une façon très instructive de mieux connaître le fond de la pensée.

Il a participé cette semaine à un podcast intitulé Turning Point, pendant lequel il a été appelé à réagir sur le recul économique dont est victime le Nouveau-Brunswick. Ses propos ont ensuite été repris par CBC.

Ceux qui espéraient entendre le premier ministre partager un plan d’action ont été déçus. Il a plutôt accusé les entrepreneurs de la province de manquer d’ambition. À ses yeux, ceux-ci se contentent de leur petit bonheur au lieu de chercher à faire grandir leurs entreprises par le biais des exportations.

Il en avait aussi long à dire à propos des travailleurs, en particulier les saisonniers dans les régions rurales. Il ne comprend toujours pas pourquoi les chômeurs qui ont perdu leur emploi en raison de la COVID-19 n’ont pas répondu à son invitation de remplacer les travailleurs étrangers temporaires dans les fermes, dans les champs et dans les usines de transformation de produits de la mer.

Il a soutenu que nous sommes dans un système où les gens ont adopté la 10-42 comme une façon de vivre.

Par où commencer?

Les propos de Blaine Higgs comprennent des faussetés et sont remplis de préjugés. Ils prouvent une nouvelle fois sa méconnaissance ou son désintérêt de la réalité des régions à l’extérieur de sa bulle de Saint-Jean et de Fredericton.

Personne ne peut nier que des milliers de travailleurs saisonniers cherchent chaque année à travailler suffisamment d’heures pour avoir accès à l’assurance-emploi. Mais la 10-42 (dix semaines de travail, 42 semaines sur l’assurance-emploi) n’existe plus depuis une bonne trentaine d’années.

Sa sortie rappelle en outre celle d’un autre chef conservateur, Stephen Harper.

Alors qu’il était chef de l’opposition, en 2002, il avait accusé l’Atlantique de baigner dans une culture de défaitisme et de dépendance. Des déclarations qui avaient fait couler énormément d’encre, au point où M. Harper avait dû nuancer son propos.

En présentant de son fief à Calgary les provinces de l’Atlantique comme étant une sorte de cloaque de l’économie canadienne, Stephen Harper montrait qu’il ne connaissait rien à nos régions.

Blaine Higgs donne un peu la même impression, à l’échelle néo-brunswickoise.

Sa décision de fermer l’accès à la province aux travailleurs étrangers et d’espérer que les chômeurs les remplacent au pied levé montrait déjà une profonde incompréhension du marché du travail et des défis que vivent nos entreprises saisonnières. Sa remarque concernant la 10-42 démontre en prime que son analyse est teintée par ses préjugés.

Ce n’est pas tout.

Le premier ministre Higgs dénonce le fait que les entreprises néo-brunswickoises ne croissent pas suffisamment à son goût, mais agit comme s’il ne s’agit pas de son problème. Il critique, mais sans offrir de solutions.

Son gouvernement refuse d’investir dans des infrastructures stratégiques. Il est en train de tuer à petit feu le Fonds de développement économique du Nord et celui de la Miramichi. Il soutient que dépenser des fonds publics pour relancer notre économie après la pandémie revient à jeter de l’argent par les fenêtres.

Cette position est légitime. M. Higgs s’est fait élire sous la promesse d’équilibrer les comptes publics. Il s’agit de sa priorité. Il n’a jamais fait de cachette là-dessus.

Il est néanmoins ironique que le premier ministre laisse entendre que nos entrepreneurs se contentent de peu, alors que son gouvernement, lui, a baissé les bras en ce qui a trait au développement économique, en particulier dans le Nord francophone.

Un dernier point. Il existe une règle d’or que tous les politiciens devraient respecter: ne pas se prononcer à propos de ce qu’ils ne connaissent pas.

Le développement des régions rurales n’intéresse pas Blaine Higgs. Il n’y connaît pas grand-chose, comme le rappellent ses propos sur la 10-42 et sa tentative ratée de faire travailler les chômeurs dans les champs.

La prochaine fois, nous l’invitons à mieux s’informer et à proposer des politiques constructives et crédibles ou, sinon, à s’abstenir de prendre la parole.