De l’oxygène pour le Restigouche

Le Restigouche étouffe. Le maintien de la région en phase orange et, surtout, la fermeture de ses frontières avec le Québec, sont en train de tuer son économie. Il est grand temps que le gouvernement s’intéresse à la situation particulière de cette région et annonce un plan.

Dans son effort visant à limiter la propagation de la maladie, le gouvernement Higgs a fermé partiellement ses frontières.

Plusieurs endroits sont touchés, notamment le Madawaska, le comté de Victoria, la région de Sackville et celle de St. Stephen.

Aucune n’est toutefois aussi dépendante économiquement de ses voisins outre-frontières que le Restigouche.

Des centaines de commerçants ne peuvent survivre sans leurs clients québécois. La Matapédia ne compte pas de grands centres urbains, si bien que Campbellton s’est établi comme un lieu incontournable pour y faire des emplettes.

Par ailleurs, la situation s’est aggravée depuis une nouvelle éclosion de COVID-19.

Le Nouveau-Brunswick compte désormais 29 cas actifs, la plupart dans un foyer de soins d’Atholville. Alors que le déconfinement se poursuit ailleurs dans la province, le Restigouche reste en phase orange.

Les citoyens de cette région sont depuis traités comme des pestiférés.

Le gouvernement encourage les Néo-Brunswickois à éviter de s’y rendre et demande aux Restigouchois de rester chez eux. Des commerçants et des propriétaires de lieux touristiques (des terrains de camping, par exemple) refusent de les accueillir. Si vous allez à l’hôpital pour une prise de sang, on vous demandera si vous avez été en contact avec quelqu’un du Restigouche dans les dernières semaines.

Le Restigouche est traité différemment et plus durement que ne l’ont été d’autres régions de la province.

Au début de la pandémie, la plupart des cas diagnostiqués étaient en provenance des trois grands centres du sud. La capitale Fredericton a été particulièrement touchée. Il n’a pourtant jamais été question d’isoler ces villes. Le premier ministre n’a jamais appelé la population à éviter de s’y rendre.

Le Restigouche finira par joindre plus tôt que tard le reste de la province dans la phase jaune. L’épidémie se limite pour l’instant surtout au Manoir de la Vallée d’Atholville. Il semble y avoir peu, sinon pas de contamination communautaire.

À moins d’une nouvelle éclosion surprise, il sera difficile de justifier plus longtemps ces restrictions.

Cela ne règlera toutefois qu’une partie du problème. Même en phase jaune, la frontière avec le Québec restera sous haute surveillance. Et l’économie du Restigouche continuera d’en souffrir.

L’Acadie Nouvelle a présenté mardi des témoignages d’entrepreneurs qui craignent la faillite si le blocage aux limites provinciales persiste trop longtemps. Pour certains d’entre eux, de 70% à 80% de leurs clients proviennent des régions limitrophes en Gaspésie. «J’ai besoin de cette clientèle rapidement. Pas dans six mois», a partagé dans nos pages une femme d’affaires.

Le problème est que le gouvernement Higgs considère le Québec comme étant un gros bloc monolithique.

Avec ses 53 000 personnes infectées depuis le début de la pandémie et ses quelque 5000 décès, le Québec fait peur aux provinces qui ont été relativement épargnées. Mais les deux tiers des cas se retrouvent à Montréal et dans ses banlieues.

En date de mercredi, le Bas-Saint-Laurent (une région qui comprend notamment Rimouski, Rivière-du-Loup et la Matapédia) ne comptait aucun cas actif. La situation y est mieux sous contrôle qu’au N.-B.!

Nous croyons que le Nouveau-Brunswick doit s’ouvrir à la possibilité de créer une bulle avec la Matapédia dans un avenir rapproché. Les liens de cette région avec le Restigouche sont trop forts et trop importants pour continuer d’être coupés plus longtemps.

Ce ne serait pas compliqué à mettre en oeuvre. Il suffirait de s’assurer à l’aide du permis de conduire du lieu de résidence des automobilistes qui veulent franchir la frontière. Vous arrivez de Montréal? Vous ne pouvez pas passer. Vous êtes un résident d’Avignon-Ouest? Bienvenue chez nous! Sachez toutefois que vous n’avez pas le droit de sortir des limites du Restigouche.

Cela ne risque pas de survenir de sitôt. La triste vérité est que le sort du Restigouche n’émeut personne à Fredericton.

Le gouvernement Higgs ne compte aucun député dans le Nord et semble mal connaître la réalité des gens d’affaires du Restigouche. L’opposition se désintéresse aussi du sujet.

Le Restigouche vit une situation unique. Les restrictions liées à la COVID-19 lui font plus mal que partout ailleurs. Le gouvernement doit le reconnaître et agir.