L’échec du système

Deux autochtones – Chantel Moore et Rodney Levi – ont perdu la vie en l’espace de huit jours aux mains des autorités. Il faut que ces événements servent de réveil.

Chaque fois qu’une intervention policière se termine avec la mort d’un homme, cela doit être considéré comme un échec. Encore plus lorsque la victime n’est pas une criminelle ou est une personne qui avait besoin d’aide.

Il n’est pas toujours possible pour les forces de l’ordre d’éviter d’abattre un suspect. Les policiers doivent prendre des décisions de vie ou de mort en une fraction de seconde. Leur vie ou celle de concitoyens est-elle en danger immédiat? Y a-t-il d’autres options existantes que d’abattre la personne devant nous?

La réponse n’est pas chaque fois évidente.

Certains se sont demandé pourquoi les policiers n’utilisent pas plus souvent une arme à impulsions électriques (comme le Taser). C’est oublier que l’usage de celui-ci est aussi controversé et périodiquement remis en question.

Il y a une quinzaine d’années, un dénommé Kevin Geldart est mort à Moncton. Les policiers avaient envoyé de trois à cinq décharges électriques de 50 000 volts chacune sur ce géant de 6 pieds 6 pouces et de plus de 350 livres pour le contrôler, alors qu’il attaquait un policier dans un bar de Moncton. L’histoire avait fait beaucoup réagir à l’époque.

Selon les informations qui ont été rendues publiques, les policiers auraient utilisé en vain une telle arme à plusieurs reprises pour tenter de maîtriser Rodney Levi, avant de se résoudre à faire feu.

Détail important, quand les forces de l’ordre sont arrivées sur les lieux du drame, à Miramichi, elles ont fait face à un homme avec des couteaux. Le policier qui a abattu Chantel Moore à Edmundston a témoigné que la victime avait aussi en main un couteau.

Dans les deux cas, les intervenants ont réagi en sortant leurs armes à leur tour, avant de se résoudre à tirer.

Il faut comprendre que cela fait partie de la formation des policiers. Si un suspect est en possession d’un objet dangereux, l’agent doit immédiatement dégainer son arme et exiger que le suspect dépose la sienne.

L’intervention se déroule alors dans une logique de confrontation, et ce, même si à la base, elle était censée avoir lieu pour s’assurer du mieux-être d’une personne, comme cela devait être le cas avec Chantel Moore.

C’est un problème. Et ce n’est pas nous qui le disons.

En 2016, l’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé, s’est intéressé à l’histoire de 40 personnes atteintes de maladie mentale et qui ont été tuées par la police de l’Ontario.

La mort de plusieurs de ces gens ressemble trop bien à celles de Chantel Moore et de Rodney Levi: une personne qui n’est pas dans son état normal a en main un couteau, une paire de ciseaux ou un autre objet du genre; des policiers qui arrivent sur les lieux, qui dégainent leurs armes, qui ordonnent au suspect de déposer la sienne; et enfin, l’irréparable.

L’ombudsman avait conclu que les policiers devaient être mieux formés à désamorcer les crises, plutôt qu’à utiliser leur arme à feu. Bref, la désescalade plutôt que la confrontation.

Nous ne savons pas si Rodney Levi et Chantel Moore seraient toujours vivants aujourd’hui s’ils n’étaient pas autochtones. Nous ne savons pas non plus si les interventions policières qui ont mené à leur mort ont été bâclées ou si les agents ne pouvaient pas agir autrement.

Néanmoins, nous ne pouvons pas accepter ces morts en haussant les épaules, comme s’il s’agissait de faits isolés sans importance. Il faut découvrir si les racines autochtones des deux victimes ont joué un rôle dans leur décès tragique. Et surtout, il faut comprendre si les techniques d’intervention policières traditionnelles ont contribué à ces drames.

Les chefs autochtones du Nouveau-Brunswick ont raison d’exiger des réponses. Ils ont raison d’exprimer leurs doutes sur un système qui fait bien peu de cas de leur culture et du racisme dont ils sont victimes. Et ils ont raison de vouloir être parties prenantes aux enquêtes sur les drames de Miramichi et d’Edmundston.

Le premier ministre Blaine Higgs et plusieurs de ses ministres ont écouté les chefs autochtones, mercredi. C’est une première étape, mais ce ne devra pas être la dernière.

Chaque politicien et chaque policier du Nouveau-Brunswick doit entamer une profonde réflexion à propos de nos relations avec les Autochtones afin de déterminer concrètement comment les améliorer.