Faillir au devoir de protection des élèves

Le projet de loi visant à éliminer les exemptions morales, religieuses et philosophiques à la vaccination obligatoire dans les écoles a été défait à l’Assemblée législative. C’est un revers majeur pour le ministre de l’Éducation Dominic Cardy. Il montre aussi que pour une majorité de députés, les critiques et les théories du complot dans les médias sociaux comptent plus que la santé des élèves.

Officiellement, tous les élèves néo-brunswickois sont censés avoir reçu une panoplie de vaccins (coqueluche, rougeole, varicelle, etc.) avant d’entreprendre leur première journée d’école.

N’importe quel parent peut toutefois demander une exemption auprès du district scolaire. Il lui suffit de le faire par écrit. C’est tellement simple que nombre de parents ayant un enfant dont le système immunitaire est affaibli en raison de la maladie (ceux qui subissent des traitements de chimiothérapie, par exemple) demandent une exemption morale plutôt que pour des motifs médicaux, puisque c’est moins compliqué que d’obtenir une lettre d’appui d’un médecin.

Le ministre Cardy veut mettre fin aux exemptions frivoles. Jeudi, son projet de loi a été défait.

C’est une victoire de «docteur Facebook» et du populisme sur la science. Celle des antivaxx sur ceux et celles qui ont à coeur la santé de leurs enfants. Le triomphe de la peur et de la désinformation sur les faits.

Le vote a été relativement serré. Le projet de loi a été défait à 22 voix contre 20.

Des députés de toutes les formations politiques, y compris une majorité d’Acadiens, se sont ainsi opposés à une mesure de sécurité simple qui vise à protéger nos enfants, en particulier les plus vulnérables.

Il s’agit des progressistes-conservateurs Jake Stewart, Gary Crossman, Bruce Northrup, Mike Holland, Jeff Carr et Andrea Anderson-Mason.

Le plus fort contingent d’opposants nous vient du caucus libéral. Roger Melanson, Guy Arseneault, Denis Landry, Gilles Lepage, Chuck Chiasson, Monique LeBlanc, Francine Landry, Benoît Bourque, Brian Kenny, Cathy Rogers, Andrew Harvey et Stephen Horsman ont tous voté «non».

Le député indépendant Robert Gauvin et les trois élus de la People’s Alliance complètent cette triste liste.

Mention spéciale aux députés verts David Coon, Kevin Arseneau et Megan Mitton, qui se sont abstenus de voter. Ils savaient très bien qu’en agissant de cette manière, ils allaient empêcher l’adoption du projet de loi.

Par leur action, ils ont donc bloqué le projet de loi, mais sans avoir le courage et l’honnêteté intellectuelle de le faire ouvertement. Nous nous attendions à mieux de la part de députés qui agissent normalement en respectant leurs principes et leurs idéaux.

Par ailleurs, une part du blâme revient au premier ministre Blaine Higgs. Norma­lement, lorsqu’il y a un vote libre sur un projet de loi gouvernemental, comme c’était le cas cette fois-ci, les membres du conseil des ministres votent quand même en bloc.

M. Higgs a plutôt laissé tomber Dominic Cardy en permettant à des membres de son cabinet de torpiller l’initiative d’un pilier du gouvernement.

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Tous les opposants ont ainsi trouvé de bonnes excuses pour justifier leur vote ou leur abstention.

Certains ont dit avoir écouté leurs électeurs. D’autres ont émis des doutes sur l’utilité de la mesure, ont critiqué le manque de données fournies par le gouvernement, se sont interrogés à savoir s’il existe véritablement un problème de vaccination dans les écoles ou ont exprimé que c’est la Santé publique qui devrait imposer de telles règles restrictives, et non les députés.

Au final, tout ce beau monde a fait un choix: celui de jouer le jeu de ceux qui s’opposent à la vaccination de nos enfants.

Cet échec aura des conséquences perverses.

De nombreux parents ignoraient même qu’ils pouvaient réclamer une exemption morale pour empêcher de faire vacciner leurs enfants. Le vote de jeudi pourrait avoir pour effet de les encourager à le faire.

Un vaccin contre la COVID-19 finira aussi par être créé un jour. Accepterons-nous alors de permettre aux enfants qui n’ont pas été vaccinés de fréquenter quand même les écoles, au risque de propager la maladie?

Un mot en terminant à propos de Dominic Cardy. La défaite de son projet de loi montre les limites de sa diplomatie de bulldozer.

Le ministre n’a pas la langue de sa poche et ne craint pas la confrontation. Ça lui a toutefois nui au moment d’aller chercher les appuis dont il avait besoin pour faire adopter son projet de loi, y compris au sein même de sa formation politique.

Il devra en tirer des leçons.