Avantage Blaine Higgs

L’Assemblée législative est en pause pour l’été. Les derniers mois auront été pleins de rebondissements et une personne en aura tiré avantage plus que toutes les autres: le premier ministre Blaine Higgs.

Au moment où le coronavirus a frappé de plein fouet l’Amérique du Nord, le gouvernement Higgs était sur le point de s’effondrer. Son appui sans condition à la réforme des hôpitaux, qui prévoyait la fermeture la nuit de six salles d’urgence en milieu rural, donnait l’image d’un gouvernement arrogant qui ne réalisait pas l’ampleur de la contestation qu’il était en train de provoquer, tant au sein de la population qu’à la législature.

La suite est connue. Blaine Higgs a reculé, jetant au passage le blâme sur les réseaux de santé Vitalité et Horizon. Puis, la COVID-19 a fait son apparition dans nos vies.

Le 10 mars, l’Acadie Nouvelle titrait «Pas d’élections en raison du coronavirus?» à la Une. Le lendemain, la médecin-hygiéniste en chef Jennifer Russell annonçait qu’une première personne avait été diagnostiquée avec la COVID-19 au Nouveau-Brunswick.

Le surlendemain, les rassemblements publics étaient déconseillés. Les interdictions allaient bientôt suivre. Le monde était en train de changer.

Nous le disons sans ironie ni sarcasme, une crise peut faire ou défaire un gouvernement. Que ce soit pendant une guerre, après une catastrophe naturelle ou pendant une pandémie, un chef d’État peut voir son image être transformée, dépendant s’il a réussi à s’élever au-dessus de la mêlée ou si sa gestion de la crise a été catastrophique.

Blaine Higgs est un cas difficile à évaluer.

Il est resté le même premier ministre partisan (il ne peut résister à l’envie d’envoyer des jabs au libéral Justin Trudeau) avec peu d’empathie (il assimile les programmes d’aide à «jeter de l’argent par les fenêtres»), qui fait de l’équilibre budgétaire une obsession et qui est ouvertement hostile à tout ce qui touche les langues officielles.

Il a toutefois deux bons coups à son actif. Et c’est ce qui fait qu’il est aujourd’hui en position de remporter des élections et peut-être même d’obtenir une majorité.

Blaine Higgs a réussi à convaincre les chefs de l’opposition de le joindre, avec plusieurs de ses ministres, au sein d’un comité multipartite.

Cela va à l’encontre de la façon dont M. Higgs fait normalement de la politique. Depuis son arrivée au pouvoir, il a toujours refusé de collaborer avec les partis d’opposition, à l’exception de la People’s Alliance. La pandémie a changé cela.

La deuxième réussite de Blaine Higgs consiste à avoir laissé la médecin-hygiéniste en chef travailler à sa guise. Il a généralement laissé la science et les impératifs liés à la santé publique primer sur ses intérêts politiques et idéologiques.

D’ailleurs, ses faux pas sont survenus quand la politique a pris le dessus. Qu’on pense à son blocus éphémère des travailleurs étrangers temporaires, sa résistance initiale à augmenter le salaire des travailleurs essentiels, en particulier dans les foyers de soins, ainsi que son refus obstiné d’ouvrir une bulle avec les régions frontalières québécoises.

Cela dit, les statistiques parlent d’elles-mêmes.

En date du 22 juin, il n’y avait que 27 cas actifs au Nouveau-Brunswick, y compris une seule personne aux soins intensifs. Deux personnes ont perdu la vie. Nos hôpitaux ne sont pas débordés.

Est-ce à dire que le gouvernement Higgs est fin prêt à faire face à une deuxième vague?

Nous ne sommes pas prêts à franchir ce pas. Certains indices nous laissent croire qu’il pourrait être déstabilisé si la situation devenait plus dramatique.

Depuis le début de la pandémie, Frede­ricton a peiné par moment à bien communiquer avec la population.

On le constate aux frontières, où les autorités n’arrivent pas à clarifier qui a la permission de passer et qui doit être interdit d’entrée. Chaque jour, des gens appellent à la Santé publique ou au gouvernement, se font dire qu’ils peuvent venir au Nouveau-Brunswick, pour ensuite se buter aux agents postés aux limites interprovinciales.

La situation au Restigouche démontre aussi que le système de protection contre le virus dans les hôpitaux n’est pas encore à point. L’éclosion est survenue dans la section réservée aux cas de COVID-19, là même où les mesures de prévention sont censées être les plus importantes et les plus efficaces.

Si des éclosions devaient survenir dans d’autres hôpitaux, des problèmes majeurs pourraient survenir.

Nous n’en sommes toutefois pas là.

Depuis le début de la pandémie, le Nouveau-Brunswick tire bien son épingle du jeu. Le déconfinement est survenu juste à temps pour la saison estivale. Résultat, le gouvernement Higgs est aujourd’hui bien en selle, même avec la démission à venir d’un autre député. Il peut regarder l’horizon électoral avec confiance.