L’abandon d’Air Canada

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe, même si elle n’aurait pas dû nous surprendre. Air Canada a annoncé la suspension d’une trentaine de lignes régionales à travers le pays, y compris six au Nouveau-Brunswick. Rien ne garantit que le transporteur aérien reviendra un jour dans les plus petits aéroports.

Les transporteurs sont parmi les principales victimes de la pandémie. Pensez-y. Seriez-vous prêt à voyager pendant plusieurs heures dans un espace confiné en ce temps de pandémie?

C’est sans compter les restrictions imposées par les gouvernements. Le Nouveau-Brunswick interdit, sauf exception, à la plupart des résidents des autres provinces de venir sur son territoire. Des voyageurs ont été accueillis par des agents de la paix dans nos aéroports et retournés à leurs frais sur le premier vol de retour disponible.

Les vols internationaux – notamment ceux vers les destinations soleil, qui sont parmi les plus rentables – ne sont plus en demande. Plus personne ne peut ou ne veut voyager par avion. Et ça ne changera pas de sitôt.

Air Canada est frappée de plein fouet par cette crise. L’entreprise affirme perdre 20 millions $ par jour. Il est normal qu’elle cherche à mettre fin à la saignée.

Cela dit, il n’y a pas de doute que les régions rurales et éloignées sont les plus durement touchées.

Au Nouveau-Brunswick, l’escale de Bathurst est fermée. Sa liaison en direction de Montréal est suspendue indéfiniment, au même titre que les lignes Moncton-Halifax, Moncton-Ottawa, Fredericton-Halifax et Fredericton-Ottawa.

L’avionneur estime qu’il faudra au moins trois ans à l’industrie avant de se remettre des contrecoups de la pandémie. Nous pouvons présumer que certaines des routes aujourd’hui suspendues seront alors réactivées.

Ne soyons toutefois pas naïfs.

La COVID-19 a le dos large. Air Canada profite de la crise pour effectuer une restructuration de ses activités qu’elle n’aurait pas pu faire en temps normal, alors qu’elle accumulait des millions de dollars en profits. Plusieurs de ses dessertes aériennes seront bel et bien abandonnées définitivement.

Le nord du Nouveau-Brunswick a déjà joué dans ce film.

En 2002, Air Canada a quitté l’aéroport de Saint-Léonard. L’année précédente, Canadien Airlines (après sa prise de contrôle par Air Canada) larguait Miramichi et Charlo.

Bref, le désintérêt des transporteurs aériens pour les régions en général et le nord du

N.-B. en particulier ne date pas d’hier.

À cela, nous pouvons ajouter Via Rail, qui avait décidé en 2012 de mettre fin à sa ligne Moncton-Bathurst.

Il avait fallu que Fredericton et Ottawa s’engagent à injecter des dizaines de millions de dollars pour empêcher que le CN ne démantèle la voie. Ce trajet (qui fait partie de la ligne Halifax-Montréal) est présentement suspendu jusqu’au 1er novembre, en raison de la COVID-19.

C’est donc dire que le nord-est du Nouveau-Brunswick est plus isolé que jamais. En prime, le gouvernement provincial s’obstine à refuser d’ouvrir une bulle avec les régions québécoises voisines du Madawaska et du Restigouche.

L’impact se fera sentir pendant des années.

Ce n’est pas comme si l’Aéroport régional de Bathurst était un éléphant blanc. Bon an mal an, plus de 35 000 passagers le fréquentent. Parmi ceux-ci, on retrouve des travailleurs qui se rendent dans l’Ouest canadien ou dans le nord du Québec y gagner leur vie. Il est aussi utilisé par les médecins de l’extérieur – les locums – qui permettent à nos urgences de continuer de fonctionner sans interruption.

Par ses décisions, Air Canada est en train d’isoler des régions entières et de nuire à leur développement.

Historiquement, le gouvernement du Nouveau-Brunswick, autant sous les libéraux que sous les progressistes-conservateurs, ne s’est pas gêné pour intervenir.

Il a fait pression auprès des transporteurs (aériens et ferroviaires), s’est battu pour nos aéroports, a fait campagne auprès du gouvernement fédéral et a investi des fonds publics.

On ne peut pas s’attendre à la même chose du gouvernement Higgs.

La bataille se jouera donc à Ottawa. C’est au fédéral de prendre des mesures pour s’assurer que toutes les régions du Canada aient accès au transport aérien.

La bonne nouvelle pour Bathurst est qu’elle n’est pas seule dans cette situation. Des pressions viendront d’un peu partout au pays et particulièrement du Québec, où huit liaisons subissent le même sort que celle de Bathurst-Montréal. Le gouvernement fédéral devra réagir.

Cela dit, l’aéroport de Bathurst devra se résoudre à se tourner vers d’autres transporteurs. Nous finirons un jour par parler de la COVID-19 au passé. Mais lorsque ce sera enfin le cas, le retour d’Air Canada à Bathurst restera au mieux incertain.