Un nouveau recteur qui en a plein les bras

Le nouveau recteur de l’Université de Moncton, Dr Denis Prud’homme, est-il l’homme de la situation? Il le faudra bien. Les prochaines années seront périlleuses pour l’institution qu’il dirige.

Le Dr Denis Prud’homme est officiellement entré en fonction en tant que recteur le 1er juillet. L’occasion était belle pour l’Acadie Nouvelle de faire une entrevue de fond avec cet homme.

Sa nomination a été confirmée en décembre 2019. Aussi bien dire une éternité, tant le monde a changé depuis.

C’était avant la pandémie. Le Dr Prud’homme rêvait alors de faire briller l’Université de Moncton. Il voulait la voir parmi les dix meilleures universités généralistes au Canada. Sa priorité était d’augmenter le nombre d’étudiants. Pour y arriver, il souhaitait miser sur l’expérience étudiante. «Ce que recherchent les étudiants, c’est s’amuser, faire partie d’une communauté», avait-il confié dans nos pages.

Il souhaitait aussi convaincre le gouvernement provincial du caractère unique de l’Université de Moncton et d’augmenter son financement en conséquence.

L’homme que notre journaliste Pascal Raiche-Nogue a rencontré lundi est lucide. Il réalise l’ampleur des défis auxquels fait face l’Université de Moncton. Il sait que la COVID-19 pousse l’institution vers le précipice et que des décisions importantes devront être prises rapidement.

En ce sens, il représente une bouffée d’air frais comparativement à son prédécesseur, Raymond Théberge, un gestionnaire de carrière adepte du statu quo qui n’avait pas la capacité ni l’ambition de mener à bien les réformes dont a tant besoin l’U de M.

Le recteur Prud’homme découvre à la dure que les problèmes sont profonds et nombreux. Entre le déclin démographique de l’Acadie, la chute des inscriptions qui l’a accompagné, les subventions stagnantes et des gouvernements qui sont plus ou moins indifférents à son sort, la situation n’est pas loin d’être désespérée.

Tout ça était vrai avant l’arrivée de la COVID-19. La crise contribue à empirer les problèmes. Rappelons que l’U de M prévoyait l’année dernière enregistrer un déficit de 1 million $. «C’est comme un chirurgien face à une hémorragie. Il faut arrêter le saignement», nous a-t-il confié.

Mais comment s’y prendre? C’est là que ça se gâte.

Le Dr Prud’homme promet de ne pas supprimer de cours cet automne. Il dit croire aussi aux campus du Nord.

Pour le reste, sa marge de manoeuvre est limitée. Face à «l’hémorragie» qui menace l’université, le recteur n’a que des diachylons sous la main.

ll prévoit par contre réviser les programmes de l’U de M, en se concentrant notamment sur leur coût. «J’ai été estomaqué de voir qu’il y a cent-soixante-quelque programmes avec 5000 étudiants», nous a-t-il partagés. Il le sera encore plus quand il verra à quel point il est difficile d’agir sur ce front. La résistance sera très forte. D’autres s’y sont cassé les dents avant lui.

L’Université de Moncton a perdu beaucoup de temps au cours des dernières années. Elle paie aujourd’hui le prix de son immobilisme.

Si la pandémie a pour effet d’empirer les problèmes déjà existants de l’U de M, elle pourrait toutefois s’avérer à long terme comme étant un mal pour un bien. Le Dr Prud’homme souhaite avoir «une discussion mature au niveau des programmes».

La COVID-19 ainsi que ses conséquences sur les finances et le pouvoir d’attraction de l’université pourraient lui offrir cette opportunité. C’est là clairement son souhait et son intention.

Trouvera-t-il des interlocuteurs ouverts à ses idées? Obtiendra-t-il l’appui du conseil des gouverneurs et du sénat académique? Convaincra-t-il les gouvernements de lui offrir une bouée de sauvetage?

Disons, pour être poli, que ce n’est pas gagné d’avance.

Il y a toutefois un mot qu’aime bien répéter le Dr Denis Prud’homme. Il l’a dit en novembre, alors qu’il terminait sa tournée des trois campus dans l’espoir d’obtenir le poste de recteur. Il l’a utilisé aussi à la mi-décembre, après avoir été élu recteur, et l’a répété dans l’Acadie Nouvelle de mardi: confiance.

Il veut établir un climat de confiance à l’intérieur de l’institution, gagner la confiance de ses collègues, bref, convaincre les gens autour de lui de le suivre pour atteindre ses objectifs.

L’Université de Moncton ne pourra, cette fois encore, faire l’économie de décisions difficiles. La nomination d’un recteur qui en est conscient et qui est déterminé à agir est un premier pas dans la bonne direction.