Oui à une enquête sur le racisme et les Autochtones

La mort de Chantel Moore, à Edmundston, et de Rodney Levi, près de Miramichi, qui ont été abattus par la police à une semaine d’intervalle, sert de catalyseur aux communautés autochtones de la province dans leur quête visant à faire respecter leurs droits. Cette fois-ci, le gouvernement provincial ne peut se contenter d’être à l’écoute. Il doit aussi agir.

Le premier ministre Blaine Higgs a discuté avec les chefs mi’kmaqs et wolastoqey à deux reprises: une fois en juin de façon virtuelle, et une autre fois jeudi en personne. Ces deux rencontres n’auraient pas pu se dérouler plus mal.

Il faut savoir qu’à la base, Blaine Higgs n’a aucun intérêt à mettre sur pied une enquête publique sur le racisme systémique contre les Autochtones au sein de la police et du système judiciaire, comme le réclament les chefs des Premières Nations au Nouveau-Brunswick.

L’idée de lancer en pleine pandémie une commission d’enquête coûteuse, qui durerait longtemps et qui recommanderait au gouvernement des actions et des investissements lui pue au nez.

Ça ne signifie pas que Blaine Higgs est raciste ou qu’il est insensible au sort des Premières Nations. Ce n’est pas le cas.

On a vu au cours des dernières semaines le premier ministre tenter (maladroitement) se rapprocher des chefs autochtones lors des dernières semaines et de démontrer qu’il comprend leurs préoccupations. Il a même tenté de les convaincre qu’il est leur allié, en leur disant être prêt à présenter l’idée d’une enquête nationale à ses homologues des provinces et du fédéral.

Il a fait preuve aussi d’ouverture par rapport à certaines demandes des chefs autochtones du Nouveau-Brunswick, notamment la création d’un groupe d’agents de sécurité non armés issus des communautés autochtones qui seraient chargés de désamorcer des situations comme celles qui ont mené à la mort tragique de Chantel Moore et de Rodney Levi.

L’ennui, c’est que les chefs autochtones ne sont pas d’humeur à entendre du baratin. Ils ne veulent rien savoir de vagues promesses. Ils veulent du concret et, plus spécifiquement, une enquête publique. D’où leur impatience à l’égard du premier ministre.

Peut-on leur en vouloir?

Les histoires comme celle de Chantel Moore et de Rodney Levi ne sont pas isolées.

Les Autochtones ont beau représenter seulement 4% de la population canadienne, ils sont surreprésentés dans les prisons et les pénitenciers. Leurs enfants sont plus susceptibles de se retrouver dans des familles d’accueil. Ils sont plus pauvres, sont plus souvent victimes d’agressions, se font plus souvent refuser l’accès au logement, etc.

Il existe deux mots qui, ensemble, résument bien leur situation: racisme systémique.

Dans ces circonstances, vous comprendrez que voir le premier ministre se présenter en conférence de presse vêtu d’un chandail avec le slogan Halte au racisme systémique ne suffit pas, même si celui-ci lui a été offert par les chefs autochtones.

Le chef de la Première Nation de Neqotkuk, Ross Perley, est celui qui a soumis le meilleur argument en faveur d’une enquête publique. Il a expliqué que le taux d’incarcération des Autochtones est élevé parce que beaucoup d’entre eux sont pauvres, ne peuvent pas se payer un avocat ou n’ont même pas les moyens de se rendre au palais de justice.

«Ce sont des problèmes qui ne sont pas racontés. Nous voulons qu’une enquête publique raconte ces histoires», a-t-il indiqué.

Il a raison. Ces histoires doivent être racontées.

Les Autochtones sont pratiquement invisibles sur notre écran radar. Prenez l’actualité «autochtone» des derniers mois dans au N.-B.: mort de Chantel Moore et de Rodney Levi, mort de Brady Francis (heurté par un automobiliste; le suspect a été acquitté) et blocage de voies ferrées en protestation d’un projet d’oléoduc en Colombie-Britannique (les Autochtones ont été déboutés par la Cour suprême du Canada).

Le racisme systémique dont ils sont victimes est pendant ce temps généralement ignoré. Il y a eu par le passé des rapports de l’ombudsman et du défenseur des enfants et de la jeunesse, mais sans que cela change grand-chose sur le terrain.

Il est temps d’accepter d’entendre ces histoires, même si elles nous rendent inconfortables, et d’être confronté à l’ampleur de cette discrimination et de ses conséquences.

La meilleure façon de le faire est avec une enquête publique ou à l’aide d’une autre formule moins lourde, mais équivalente.

Les promesses, les slogans et les chandails ne suffisent pas. Il est temps pour le gouvernement Higgs de montrer aux Autochtones une volonté de vraiment améliorer leur sort.