Quand apprendra-t-il?

Justin Trudeau est dans l’eau chaude. Encore. Il est sous le coup d’une enquête du commissaire à l’éthique. Encore! Si le premier ministre a démontré par le passé une capacité étonnante à se relever des scandales de toute sorte, il est à se demander quand il apprendra enfin de ses erreurs.

Le premier ministre Trudeau est dans l’embarras en raison de ses liens et ceux de sa famille avec UNIS, un organisme de charité à qui son gouvernement a accordé à fort prix le contrat de gestion d’un programme de bourse visant à encourager des étudiants à faire du bénévolat.

Précisons, pour ceux qui ne l’avaient pas compris, qu’UNIS, n’a rien à voir UNI Coopération financière (les caisses populaires acadiennes). Les deux organisations ont beau avoir une raison sociale semblable, elles n’ont rien à voir l’une avec l’autre.

L’annonce a eu lieu le 25 juin. L’entente a été annulée près d’une semaine plus tard. Et pour cause! Déjà, le fait que le contrat avait été accordé sans appel d’offres avait fait réagir. Mais la nouvelle voulant que la femme, la mère et le frère de Justin Trudeau aient tous reçu des honoraires pour prononcer des discours lors d’événements organisés par UNIS a provoqué une tempête.

Comme c’est souvent leur habitude, les conservateurs fédéraux sont ensuite tombés dans l’hyperinflation, allant même jusqu’à réclamer une enquête policière. Il ne manquerait plus que certains d’entre eux fassent leur meilleure imitation de trumpistes et chantent «Lock him up!»

Cela dit, ce serait une erreur de balayer cette histoire du revers de la main.

Ce contrat n’aurait jamais dû être accordé sans appel d’offre. Surtout, Justin Trudeau, le ministre des Finances Bill Morneau (ses deux filles sont impliquées avec UNIS) et tous les ministres qui sont liés de près ou de loin avec cette organisation auraient dû se récuser des réunions du Cabinet où le sujet a été discuté.

Que s’est-il passé exactement?

UNIS est un aimant à célébrités. Elle organise de grands événements qui attirent des milliers de jeunes. Des vedettes sportives, artistiques et politiques y livrent des conférences et participent à des activités. Le genre d’endroit où Justin Trudeau, qui cultive une image dynamique et moderne, se sent comme à la maison.

Les libéraux ne sont toutefois pas les seuls à y être attirés comme des mouches.

Le candidat à la direction du parti, Peter MacKay, a effacé en catastrophe ces derniers jours un tweet datant de 2018 dans lequel il félicite son épouse Nazanin pour avoir pris la parole lors d’un événement d’UNIS à Ottawa en compagnie de l’ancienne vedette de basketball Kareem Abdul-Jabbar.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a passé une semaine au Kenya durant le temps des Fêtes, à l’invitation d’UNIS. Il a expliqué que ce voyage était l’idée de son épouse.

Ce n’est pas une coïncidence. Cette organisation a établi comme priorité de séduire politiciens et gouvernements en créant des liens avec les membres de leur famille.

Ça ne signifie pas que Justin Trudeau a accordé un contrat de 19 millions $ à UNIS en échange de paiements versés à sa mère.

Toutefois, alors que nous sommes en pleine pandémie et que le gouvernement voulait livrer des bourses aux étudiants rapidement, sans passer par les canaux habituels, il s’est tourné tout naturellement vers l’organisme de charité avec lequel il a développé le plus d’affinités.

Le plus frustrant est que cette controverse montre que M. Trudeau n’a rien appris du scandale de ses vacances sur l’île privée de l’Aga Khan, qui a contribué à faire dérailler sa campagne électorale. Les similitudes entre les deux histoires sont d’ailleurs frappantes. Un organisme de charité, une bonne cause, et surtout un premier ministre qui n’a pas assez de jugement pour garder ses distances.

Malgré les scandales éthiques et ses anciennes de photos de blackface, Justin Trudeau a été réélu. Au Nouveau-Bruns­wick, six circonscriptions sur 10 ont élu un député libéral. Les électeurs ont accordé leur confiance au premier ministre sortant malgré ses défauts.

Sauf que Justin Trudeau n’apprend pas. Il est devenu un boulet pour son parti et son gouvernement.

Les excuses senties qu’il a offertes sont bienvenues, mais ne suffisent pas. Il doit accepter de comparaître devant un comité parlementaire afin de s’expliquer, comme le réclament les conservateurs.

Il faut savoir d’où est venue l’idée de confier le contrat à UNIS et à quel point la relation étroite entre le premier ministre, sa famille et cet organisme de charité a pesé au moment de la décision.