Attendre avant de vendre

Surprise, Cannabis NB réalise enfin des profits. Est-ce une raison pour annuler tout bonnement le processus de vente mis en branle par le gouvernement Higgs? Non. Doit-il toutefois mettre tout ça sur la glace, le temps de voir ce qui est le mieux pour les contribuables? Tout à fait.

Le premier ministre n’a jamais beaucoup aimé Cannabis NB, ses succursales, la lourdeur de cette société de la Couronne créée par les libéraux et, surtout, les déficits à répétition qui viennent avec.

Il n’est pas le seul. L’Acadie Nouvelle n’a jamais caché en éditorial que le gouvernement de Brian Gallant avait fait fausse route en choisissant le modèle le plus coûteux pour vendre le cannabis. Il aurait dû faire appel au secteur privé (avec une réglementation et un système de redevances appropriés) ou encore miser sur Alcool NB, qui possède déjà des succursales dans toutes les régions du Nouveau-Brunswick.

Le gouvernement Higgs a annoncé en 2019 qu’il lançait un appel d’offres afin de se débarrasser de cette patate chaude et de mettre fin à la saignée qu’elle provoquait dans les finances publiques.

Entretemps, deux éléments importants sont survenus et qui devraient, à notre avis, inciter le gouvernement Higgs à attendre avant d’offrir Cannabis NB au plus offrant.

Le premier, bien sûr, est la pandémie. La COVID-19 modifie les habitudes d’achat des consommateurs. Nous ignorons à quel point ces changements sont permanents.

La découverte d’un vaccin, par exemple, incitera-t-elle un plus grand nombre de personnes à retourner dans les commerces qu’ils évitent présentement? Ceux qui se sont tournés vers l’achat en ligne plutôt que vers un fournisseur illégal continueront-ils de le faire?

Le deuxième changement majeur a trait aux finances de Cannabis NB. Celle-ci a rapporté des profits de 500 000$ pour les trois premiers mois de 2020 et de 1,4 million $ au cours des trois mois suivants.

Ces chiffres doivent être mis en contexte. La société de la Couronne a perdu pas moins de 12,5 millions $ au cours de ses six premiers mois d’existence. Les contribuables sont encore loin d’être rentrés dans leur argent. Néanmoins, le vent a tourné.

Il existe une règle d’or, autant à la bourse, dans le milieu des affaires que dans le monde du sport: il faut acheter au rabais et vendre à fort prix (buy low, sell high).

Dans le cas de Cannabis NB, l’appel d’offres a été lancé alors que sa valeur était à son plus bas, que les déficits s’accumulaient et juste avant une pandémie.

Cannabis NB a pris les moyens pour réduire ses coûts, en faisant des mises à pied, mais aussi en renégociant ses ententes avec ses fournisseurs. De plus, son offre a commencé à se diversifier. Elle vend des produits comestibles (chocolat, menthe, gélatine, etc.). Une offre qui est appelée à grandir et à attirer une plus grande variété de clients.

Cela avait poussé l’Acadie Nouvelle à écrire en éditorial, l’année dernière, que le gouvernement Higgs devait donner une chance à Cannabis NB de réussir avant de fermer boutique ou de tirer un trait sur le réseau.

Il faut aussi tenir compte des conséquences d’une privatisation.

Par exemple, il y a fort à parier que l’entreprise qui aura le monopole sera moins portée à couvrir tout le territoire efficacement. Son objectif principal sera de maximiser ses profits, pas de s’assurer que ses produits sont accessibles dans les régions rurales.

De plus, les partisans de la privatisation laissent entrevoir une plus grande offre et de meilleurs prix. Or, ce n’est pas ce qui s’est produit chez les provinces qui ont confié la vente d’alcool au privé.

La décision de vendre ou pas doit s’appuyer sur deux choses.

D’abord, assurer un accès au produit de façon sécuritaire et responsable. Sur ce point, Cannabis NB a fait ses preuves. Mais il n’est pas dit qu’un réseau privatisé, des pharmacies, des épiceries et bien sûr Alcool NB ne pourraient pas faire de même.

Ensuite, obtenir ce qui est le mieux pour les contribuables.

Il y a une raison pour laquelle Alcool NB a survécu si longtemps sans aucun qu’aucun gouvernement ne la mette en vente: c’est une vache à lait qui rapporte chaque année des millions de dollars dans les coffres du gouvernement.

Cannabis NB n’en est évidemment pas encore là et ne le sera peut-être jamais. Il faut toutefois s’assurer d’avoir tous les éléments en main avant de prendre une décision éclairée et définitive.

Personne n’aurait pu prévoir, il y a un an, que Cannabis NB réussirait à effectuer un tel redressement. De même, nous ignorons à quel point elle réussira à augmenter ses profits dans les prochains mois et années. Encore moins avec la pandémie qui fait dérailler tous les modèles traditionnels de prévisions.

La chose prudente à faire est d’attendre avant de vendre et s’assurer de prendre la bonne décision pour les contribuables.