Convictions et allégeance

Après avoir échoué dans sa tentative de devenir président de la Société de l’Acadie du N.-B., voilà que Mathieu Gérald Caissie souhaite désormais devenir candidat du Parti progressiste-conservateur. Cela n’en fait pas un traître à la nation, mais soulève des questions à propos de ce qu’il avait l’intention d’accomplir s’il avait réussi à diriger la SANB.

Mathieu Caissie n’est pas encore candidat. Il a expliqué à l’Acadie Nouvelle avoir entrepris des discussions avec le Parti progressiste-conservateur pour une éventuelle candidature dans Baie-de-Shediac-Dieppe.

La circonscription est sans député depuis la démission de Brian Gallant. Une élection partielle doit avoir lieu au plus tard 30 jours avant la session parlementaire de l’automne.

Il lui faut une certaine audace pour se joindre au Parti progressiste-conservateur. L’image de cette formation n’est à son meilleur ces jours-ci en Acadie. C’est un secret de Polichinelle que le parti peine à convaincre des candidats de qualité de se présenter dans plusieurs circonscriptions acadiennes.

Mathieu Caissie est encore loin de posséder son bureau de ministre à Fredericton, d’autant plus qu’il pourrait se retrouver face au chef libéral Kevin Vickers.

Cela ne l’empêche toutefois pas d’avoir rapidement assimilé la ligne de parti. Depuis son annonce, il répète comme les autres progressistes-conservateurs les mêmes déclarations partisanes.

Il affirme que le français de Blaine Higgs s’est amélioré, même s’il n’est pas parfait.

En fait, M. Higgs a trahi sa promesse d’apprendre notre langue. Il peut lire à haute voix quelques phrases, mais c’est tout. Et encore, sa livraison est très laborieuse.

M. Caissie soutient aussi que les progressistes-conservateurs collaborent avec la People’s Alliance par la force des choses, parce qu’ils n’ont pas d’autres choix.

Encore une fois, c’est faux. Les verts ont démontré une volonté de travailler avec les autres formations. Le Parti libéral a perdu son chef Brian Gallant. Son successeur Kevin Vickers a répété qu’il ne veut pas déclencher d’élections précipitées et est prêt à négocier des terrains d’entente avec le gouvernement.

C’est sans compter que Blaine Higgs ne s’est pas contenté de travailler avec la People’s Alliance sur des enjeux précis. Les progressistes-conservateurs et l’Alliance ont pratiquement formé une coalition. Kris Austin a été invité à prendre la parole pendant une conférence de presse portant sur Ambulance NB. Il était invité à des breffages du gouvernement alors que les autres chefs se voyaient refuser le même privilège.

M. Caissie mentionne aussi que Blaine Higgs n’a rien contre l’Acadie et le Nord. C’est matière à débat. Plusieurs décisions provinciales, censées touchées également tous les Néo-Brunswickois, ont un impact démesuré et disproportionné sur les régions rurales, en particulier le Nord francophone.

Il explique que le gouvernement Higgs n’est pas antifrancophone et rappelle que certaines des plus grandes avancées linguistiques ont eu lieu à l’initiative de premiers ministres progressistes-conservateurs, en particulier Richard Hatfield.

Sauf que Blaine Higgs n’a rien en commun avec lui ou avec Bernard Lord. Pensons simplement à son refus de nommer un porte-parole bilingue lors de ses conférences de presse portant sur la COVID-19.

Répéter docilement des demi-vérités partisanes n’est évidemment pas l’apanage des progressistes-conservateurs. C’est aussi fréquent chez les libéraux (et à un degré différent chez les verts et les alliancistes).

Le fait que Mathieu Caissie a voulu devenir président de la SANB tout en ayant des liens avec un parti politique n’a rien non plus d’inacceptable.

Kevin Arseneau a démissionné de la présidence dans l’espoir de devenir député libéral. Sa candidature rejetée, il a joint les verts. Les liens entre un autre ancien président, Jean-Marie Nadeau, et le NPD étaient aussi amplement connus et documentés.

L’Acadie est petite. On ne peut pas s’attendre à ce que toutes les personnalités publiques soient apolitiques.

Le cas de M. Caissie est néanmoins particulier. Il a fait campagne pour la présidence d’un organisme de défense des droits des francophones en s’engageant à mettre l’accent sur la diplomatie et le dialogue. Bref, en promettant de travailler avec le gouvernement Higgs sans trop le critiquer.

Cela, sans mentionner les liens privilégiés qu’il avait déjà ou qu’il espérait tisser avec le Parti progressiste-conservateur. Les membres de la SANB auraient sans doute aimé être mis au courant avant le vote, plutôt qu’après.

Mathieu Caissie a choisi une voie qui lui permettra d’être élu député ou, plus probablement, d’être embauché au gouvernement advenant que les progressistes-conservateurs soient reportés au pouvoir.

Les membres votants de la SANB ont choisi une autre voie, en misant sur un président (Alexandre Cédric Doucet) militant et avec des convictions linguistiques fortes.

Ils ont fait le bon choix.