Pour les touristes et le parti

Le gouvernement provincial veut rembourser une partie de vos vacances au Nouveau-Brunswick. Il paiera 20% de la note des dépenses admissibles jusqu’à concurrence de 1000$. Trop peu trop tard? Disons plutôt «pas assez et très tard».

D’abord, une évidence. Il s’agit avant tout d’une mesure électoraliste.

Le gouvernement aurait pu offrir un appui financier directement aux entrepreneurs touristiques, lesquels souffrent de la fermeture des frontières et des autres effets de la pandémie de COVID-19.

Il aurait pu aussi simplifier le programme en travaillant de pair avec l’industrie. Par exemple, vous louez une chambre d’hôtel à 100$. Le propriétaire de l’hôtel vous facture 80$ et se fait rembourser la différence à travers le programme gouvernemental.

Enfin, il aurait pu aussi utiliser l’impôt. Vous auriez ainsi déduit vos dépenses de voyage admissible dans votre déclaration de revenus au moment où vous auriez rempli celle-ci, au printemps 2021.

Aucune de ces suggestions ne permet toutefois au gouvernement d’accomplir son objectif principal: marquer un grand coup en prévision de probables élections provinciales cet automne.

De la manière dont le système a été pensé, le touriste enverra sa demande et ses reçus au gouvernement. Celui-ci lui enverra ensuite un chèque de remboursement dans quelques semaines ou quelques mois, juste à temps pour les élections partielles (dans Baie-de-Shediac-Dieppe, Sainte-Croix et Sussex-Fundy-St. Martins) ou générales.

Par ailleurs, le premier ministre enlève du même coup une arme aux partis de l’opposition.

La saison touristique est catastrophique. Le milieu fera son bilan cet automne et les nouvelles ne seront pas joyeuses.

Or, Blaine Higgs ne veut pas faire campagne en se faisant accuser chaque jour de ne pas avoir levé le petit doigt pour aider une industrie touristique qui risque à ce moment-là d’être à genoux. Il pourra désormais vanter son programme de remboursement.

Cela dit, ne soyons pas de mauvaise foi. Il y a quand même du positif dans ce programme d’une valeur de 3 millions $.

Il y a un impact psychologique non négligeable. Pour la première fois, Blaine Higgs reconnaît que le secteur touristique est touché plus durement que le reste de l’économie et a besoin d’une aide ciblée.

C’est un changement d’attitude de la part d’un premier ministre qui disait tout récemment qu’il n’avait pas l’intention relancer l’économie en jetant de l’argent par les fenêtres et qui invitait les entreprises en difficultés à se tourner vers les programmes gouvernementaux déjà existants.

L’initiative devrait aussi normalement avoir un impact sur le choix ou la durée de vacances de nombreux Néo-Brunswickois. Elle force en effet ceux-ci à passer une nuitée dans un hôtel, dans un terrain de camping, dans un gîte, etc., afin de pouvoir profiter du rabais. Déjà, des premiers témoignages publiés dans l’Acadie Nouvelle démontrent que les clients qui appellent pour faire une réservation vérifient «si le 20% s’applique».

Néanmoins, l’impact sera difficile à quantifier, tant la mesure a été annoncée tardivement.

Nous sommes déjà passé la mi-juillet. Normalement, à ce moment de l’année, les touristes ont déjà planifié leurs vacances. Il y a de bonnes chances que la plupart des réservations qui ont lieu ces jours-ci auraient été faites de toute façon, avec ou sans rabais.

Le programme manque aussi d’ambition. Il aurait dû être offert aux résidents des autres provinces de l’Atlantique afin de les convaincre de passer leurs vacances au N.-B.

Une aide supplémentaire devrait aussi être offerte aux entreprises les plus durement touchées. La création de la bulle de l’Atlantique a très peu d’impact dans les régions du Nord, lesquelles sont plus éloignées de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse, et surtout plus dépendantes du tourisme.

Le programme de remboursement ne tient pas compte de cela.

C’est une bonne idée d’encourager l’engouement des Néo-Brunswickois pour leur propre province. Cela risque toutefois d’être insuffisant pour mitiger l’impact de l’absence des touristes québécois.

On le voit bien ces jours-ci au Madawaska, une région dite «de passage» qui tire normalement son épingle du jeu avec les voyageurs qui s’y arrêtent une journée ou deux avant de poursuivre leur route vers leur destination finale. Cette source est aujourd’hui tarie. Les chèques qui seront distribués cet automne n’y changeront rien.

Insistons sur un point important. Le programme de remboursement n’est pas inutile. Ce n’est pas un gaspillage d’argent et il aura un effet positif sur de nombreux entrepreneurs.

La grande gagnante n’est toutefois pas l’industrie touristique, mais plutôt la stratégie électorale du Parti progressiste-conservateur.