Quand on veut, on peut

Une rencontre cruciale aura lieu la semaine prochaine à Fredericton, avec des représentants de Tracadie ainsi que du bureau du premier ministre. L’objectif? Trouver un terrain d’entente alors que le gouvernement vient de céder à la municipalité régionale le contrôle de quelque 270 km de route. Le passé nous révèle qu’ils n’auront aucune difficulté à trouver une solution… mais seulement à condition que la volonté politique soit au rendez-vous.

Le dossier traîne depuis déjà six ans, soit depuis le regroupement de la Ville de Tracadie-Sheila avec 18 districts de services locaux. Les routes de ces DSL étaient entretenues jusqu’à tout récemment par le gouvernement du Nouveau-Brunswick, qui souhaite toutefois se délaisser de cette responsabilité et surtout des coûts qui viennent avec.

La Municipalité régionale de Tracadie n’a pas les moyens de dépenser des dizaines de millions de dollars pour s’occuper de l’ensemble du réseau routier sur ce territoire.

Le gouvernement Higgs en est conscient. Sinon, il n’aurait pas proposé une indemnité de 4,6 millions $ dans la dernière année. Ce montant est toutefois largement insuffisant.

Aucune entente n’ayant été conclue, le gouvernement a tout bonnement annoncé dans la Gazette royale de la province qu’il cédait unilatéralement le contrôle et l’entretien des routes à Tracadie. La Ville n’a même pas été avisée.

Cet incident a toutefois eu du bon, c’est-à-dire qu’il ramené le dossier à l’avant-plan. Pour la première fois, il y a de l’espoir qu’un compromis pourrait être négocié.

La vitesse a laquelle les représentants du premier ministre Blaine Higgs ont réagi, après la sortie publique du maire de Tracadie Denis Losier, laisse croire qu’il n’y a pas qu’à Tracadie où on a été surpris par l’annonce du gouvernement dans la Gazette royale.

L’article a-t-il été écrit à l’avance puis publié automatiquement après qu’une quelconque date limite arbitraire ait été dépassée? S’agit-il de l’initiative isolée d’un fonctionnaire qui a diffusé la nouvelle sans savoir que les négociations pouvaient être relancées?

Chose certaine, cette histoire démontre à nouveau à quel point ce gouvernement est déconnecté quand il s’agit du Nord francophone du Nouveau-Brunswick.

Cela ne serait jamais survenu sous le progressiste-conservateur Bernard Lord, qui disposait de ministres francophones forts au nord de Miramichi et de Perth-Andover.

Ce ne serait pas arrivé non plus sous David Alward, qui pouvait s’appuyer sur le vice-premier ministre Paul Robichaud.

Ça n’arrivera pas non plus sous Blaine Higgs dans les régions qui sont prioritaires à ses yeux. La Ville de Saint-Jean a des problèmes budgétaires majeurs et bien connus. Elle a l’appui constant du gouvernement, d’abord sous Brian Gallant, et maintenant sous Blaine Higgs. Les canaux de communication sont toujours ouverts. Il n’y a aucune chance que le maire de Saint-Jean apprenne une nouvelle importante concernant sa municipalité dans la Gazette royale, comme ce que vient de vivre Denis Losier à Tracadie.

L’incident fait mal paraître le gouvernement Higgs. Celui-ci doit maintenant prendre la situation au sérieux.

Il n’y a que deux solutions possibles, toutes basées sur des précédents.

Le gouvernement peut d’abord s’occuper indéfiniment de l’entretien de ces 270 km de route. Il y a déjà une multitude d’artères de responsabilité provinciale à travers le Nouveau-Brunswick. Ce ne sont pas seulement des autoroutes. Cer­taines d’entre elles sont situées en plein coeur de municipalités.

Il peut aussi accorder des millions de dollars à Tracadie afin de lui donner les moyens de s’occuper de cette responsabilité.

Par le passé, les gouvernements qui ont été confrontés à ce genre de situation n’ont pas hésité à intervenir.

L’exemple le plus récent et le plus spectaculaire remonte à 2018. Le gouvernement Gallant a conclu une entente spéciale de 22,8 millions $ sur trois ans qui doit permettre à la Ville de Saint-Jean de mettre de l’ordre dans ses finances et d’éliminer son déficit. L’entente prévoit que les contribuables de toute la province épongent les déficits annuels de la cité portuaire jusqu’en 2020.

Malgré un rapport dévastateur de la vérificatrice générale, le gouvernement Higgs a choisi de continuer de verser l’argent promis à Saint-Jean.

Quand on veut, on peut.

Est-ce que le gouvernement Higgs «veut» aider Tracadie ou va-t-il l’abandonner à son sort? Nous en aurons bientôt le coeur net. C’est une question de volonté politique. Rien de plus, rien de moins.

À la base, les municipalités sont des créatures du gouvernement du N.-B. Celui-ci a une responsabilité à leur égard. C’est encore plus vrai dans le cas de la Municipalité régionale de Tracadie, qui sort d’un pénible exercice de fusion et qui verrait sa situation financière être fragilisée par un transfert de responsabilités imposé par Fredericton.

Il serait inacceptable que le gouvernement Higgs s’en lave les mains.