Un C.A. pour quoi au juste?

Encore une fois, le rôle du conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité est remis en question. Tant le gouvernement provincial que la direction de la régie semblent vouloir un C.A. qui se contente d’approuver des décisions déjà prises.

Le conseil d’administration de Vitalité est une drôle de bibitte.

Lors d’une réunion normale, on retrouve autour de la table une quinzaine de personnes. Cela comprend des membres qui ont été élus par la population et d’autres qui ont été nommés par le ministre de la Santé. À ceux-ci s’ajoutent des membres d’office.

Plus important encore, le conseil d’administration de Vitalité n’élit pas son propre président et n’a aucune influence sur l’embauche du directeur général. Cela signifie que la présidente du conseil (Michelyne Paulin) et le DG (Gilles Lanteigne, qui partira bientôt à la retraite) sont redevables au ministre, et non pas au conseil d’administration. Celui-ci se retrouve surtout avec un rôle de conseiller et non pas avec une autorité sur les véritables décideurs.

Cette formule s’explique par le désir du gouvernement de conserver le contrôle sur le Réseau de santé Vitalité.

Cette volonté est compréhensible à certains égards. Le gouvernement provincial injecte chaque année plus de 1 milliard $ en fonds publics dans le système de santé. Il est normal qu’il refuse que cet argent soit géré par une organisation complètement indépendante du pouvoir politique.

C’est vrai autant sous les libéraux que sous les conservateurs. Ainsi donc, peu après son arrivée au pouvoir en 2014, le premier ministre Brian Gallant a congédié Rino Volpé, qui était alors PDG du réseau Vitalité.

Il s’agissait d’une décision politique. Un tribunal a décrété que M. Volpé avait été congédié sans raison valable. Cela a coûté plus de 500 000$ aux contribuables.

Tout cela pour dire que le conseil d’administration de Vitalité repose sur une illusion, soit que la population, à travers ses représentants élus aux quatre ans (en même temps que les élections municipales), a un mot à dire sur la gestion de ses hôpitaux.

En vérité, le ministre, la présidente et le directeur général souhaitent avoir sous la main un conseil d’administration docile qui ne fera pas de vagues.
Pire, ils ne lui disent pas tout. Du moins, pas aux membres élus.

Divers témoignages nous laissent croire que certains membres du C.A. ignoraient tout de la volonté du Réseau de santé Vitalité de fermer la nuit les urgences de six hôpitaux régionaux, y compris à Caraquet, à Sainte-Anne-de-Kent et à Grand-Sault.

Ceux-ci avaient plutôt été appelés à approuver un plan d’action général qui ne précisait pas spécifiquement ce qui adviendrait à ces salles d’urgence. Après l’annonce de la réforme, deux membres du conseil, Norma McGraw et Jean-Marie Nadeau, ont préféré démissionner plutôt qu’être complices de cette mascarade.

En raison de la COVID-19, les élections n’auront lieu qu’en 2021. Avec plusieurs sièges vacants au sein du C.A., le gouvernement Higgs a choisi de nommer trois membres jusqu’à la fin du mandat. Cela signifie que des postes normalement occupés par des élus le sont désormais par des personnes qui sont redevables au ministre.

Parmi ceux-ci, on retrouve Monica Barley, une avocate de Moncton qui a été candidate à la direction du Parti progressiste-conservateur en 2016, donnant ainsi à sa nomination une allure partisane.

On notera que pendant ce congrès au leadership, Mme Barley s’était alliée avec un autre candidat, Jake Stewart, dans l’espoir de remporter la mise. Ce dernier avait mené une campagne contre les droits linguistiques des francophones. En s’alliant à lui, Mme Barley a démontré qu’elle n’hésitera pas à aller contre les valeurs d’une bonne partie de la population si elle y voit un avantage stratégique ou personnel.

Cette nomination controversée respecte toutefois la ligne directrice que défend la présidente du réseau, laquelle affirme qu’un membre d’un conseil n’est pas là pour défendre sa région mais bien pour représenter «les intérêts supérieurs du réseau».

Nous sommes en désaccord.

Il y a suffisamment de personnes, de la présidente au DG en passant par tous les membres nommés par le ministre, qui sont là pour représenter les «intérêts supérieurs» de Vitalité et du gouvernement. Nous nous attendons que les citoyens des régions élisent des représentants qui parlent en leur nom et qui ont leurs intérêts à coeur.

En nommant des personnes pour occuper des postes réservés aux élus, le gouvernement nous enlève ce droit de parole.

Quand un conseiller municipal démissionne, le gouvernement ne nomme pas un membre du parti pour le remplacer. Il laisse le siège vide jusqu’au prochain scrutin ou ordonne une élection partielle.

Il n’y a aucune raison pour que ce soit différent avec le Réseau de santé Vitalité.