Bienvenue (juste un peu) aux Québécois!

On en parlait depuis longtemps. Elle est devenue réalité le samedi 1er août. Les Québécois qui vivent dans les deux régions frontalières au Nouveau-Brunswick ont enfin le droit de se rendre dans notre province. Si nous voulons saluer cette ouverture tardive du gouvernement Higgs, force est de constater que sa méfiance à l’endroit de nos voisins transpire à travers la sévérité des règles qui sont imposées.

La frontière entre le Nouveau-Brunswick et le Québec est partiellement fermée depuis mars. Les déplacements pour le travail ou à des fins médicales étaient toutefois permis.

À la suite des demandes répétées en provenance du Madawaska et du Restigouche, le gouvernement Higgs permet finalement aux résidents de la Municipalité régionale du Témiscouata, celle d’Avignon et de la Première Nation de Listuguj de se rendre ici.

Cette décision a d’abord été prise en raison de la possibilité d’élections provinciales plus tard cet été. Blaine Higgs ne veut pas voir un enjeu comme celui-là faire dérailler sa campagne.

Si le premier ministre n’avait pas à tenir compte des préoccupations sociales et économiques de ses concitoyens, les frontières du Nouveau-Brunswick resteraient fermées.

Pas juste celles avec le Québec. Toutes les frontières.

Il était méfiant à laisser entrer les Néo-Écossais, en raison du grand nombre de cas de COVID-19 dans un foyer de Halifax. Il ne voulait initialement rien savoir de permettre la venue de travailleurs étrangers temporaires. Il a interdit aux Canadiens de l’extérieur de la province de se rendre aux Îles-de-la-Madeleine, avant de plier, mais en imposant des restrictions draconiennes. Enfin, il a attendu le plus longtemps possible avant d’accueillir les gens du Témiscouata et d’Avignon.

Une partie de sa méfiance et de la prudence des autorités publiques est justifiée.

Il y avait des risques à créer la bulle de l’Atlantique, comme il y a des risques à laisser entrer les travailleurs temporaires étrangers, les propriétaires de chalet et maintenant certains résidants du Québec. Ces risques peuvent cependant être limités.

Cela dit, force est de constater qu’il y a plus de méfiance que de prudence dans «l’ouverture» du gouvernement Higgs à l’égard des MRC de Témiscouata et d’Avignon.

Le Bas-Saint-Laurent (qui comprend beaucoup plus que les deux MRC de Témiscouata et d’Avignon) est la région administrative québécoise qui a le meilleur bilan de la COVID-19, au point d’être qualifiée de «village gaulois de la pandémie».

Il n’y a aucune raison statistique ou sanitaire qui justifie qu’il a fallu aussi longtemps avant d’ouvrir nos portes à une petite partie des citoyens de l’endroit ni que ceux-ci doivent se soumettre à des règles plus sévères que les résidants de l’Atlantique.

Tout est mis en place pour les décourager à venir ici et surtout à ne pas s’attarder.

Contrairement aux citoyens de l’Atlantique, ils n’ont pas le droit de rester dans la province pendant plus de 24 heures. Il leur est interdit de dormir dans un établissement hospitalier, de faire du camping, de dormir chez un membre de leur famille, etc.

Bref, c’est bienvenue aux Québécois. Mais juste un peu. Et à contrecoeur.

Cela dit, un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Le simple fait que le gouvernement Higgs a accepté cet assouplissement à la frontière avec le Québec, malgré la résistance à Fredericton et à Saint-Jean ainsi que l’opposition de son proche collaborateur Kris Austin, de la People’s Alliance, reste une bonne nouvelle.

N’en déplaise à M. Higgs, le dossier québécois n’a toutefois pas fini de rebondir à son bureau.

D’autres pressions auront lieu afin de permettre aux citoyens du Témiscouata et d’Avignon qui le désirent de passer la nuit en sol néo-brunswickois.

Surtout, il deviendra rapidement évident que le Nouveau-Brunswick et l’Atlantique devront éventuellement s’ouvrir au reste du Québec et du Canada. Peut-être même d’ici les Fêtes, quand de nombreux Néo-Bruns­wickois voudront passer Noël et le jour de l’An avec leur famille au Québec, en Ontario, en Alberta ou ailleurs (et vice-versa).

Il est hors de question d’attendre l’arrivée d’un vaccin contre la COVID-19, puis qu’une majorité de Canadiens soient vaccinés au mieux dans quelques années, avant de rétablir un semblant d’ouverture des frontières.

L’Atlantique n’est pas le seul endroit au pays où les efforts de la population portent leurs fruits. À mesure que la situation continuera de s’améliorer ailleurs, nous devrons poursuivre notre ouverture au reste du pays.