Un plan qui peut réussir

On a tendance à l’oublier, mais pendant que les négociations faisaient rage pour déterminer l’avenir du gouvernement Higgs, la roue continuait de tourner dans la capitale provinciale, Fredericton. Avec seulement un peu plus de trois semaines avant le retour des élèves en classe, le ministère de l’Éducation n’a pas le luxe d’attendre pour planifier une rentrée scolaire sécuritaire en pleine pandémie.

Le ministre Dominic Cardy a présenté jeudi à l’intention des parents et de la population un guide du retour à l’école. On y retrouve beaucoup d’informations intéressantes et pertinentes, certaines qui sont connues depuis des semaines, d’autres qui sont révélées pour la première fois.

La surprise est probablement le fait que chaque élève devra apporter un masque avec lui en classe, y compris les plus jeunes.

Plus tôt ce mois-ci, le ministre Cardy avait expliqué qu’il n’avait pas l’intention d’ordonner le port du masque à l’école, mais que les directions auraient la possibilité de l’imposer si la situation de l’établissement l’exige.

Il avait précisé s’attendre à ce que les élèves du secondaire portent le masque puisqu’ils doivent se promener entre les salles de classe, mais s’alignait avec la Santé publique sur le fait que les masques ne sont pas vraiment efficaces chez les plus jeunes, qui ont tendance à l’enlever, le remettre, toucher leur visage, etc.

Selon le nouveau plan, le port du masque sera aussi recommandé pour les élèves de la maternelle à la 5e année en dehors des salles de classe, par exemple lorsqu’ils se rendent aux toilettes, lorsqu’ils se dirigent à la cafétéria, etc. De beaux casse-têtes en vue pour les enseignants.

Une autre directive était attendue par de nombreux parents, soit à quoi s’attendre si un élève est atteint de la COVID-19.

Bonne nouvelle, la découverte d’un cas positif n’entraînera pas automatiquement la fermeture d’une école. La Santé publique décidera de la marche à suivre et disposera de la latitude nécessaire pour faire preuve de jugement. Une seule personne, quelques amis ou une classe pourraient être mis en isolement, sans que l’école ou le système scolaire au complet soient paralysés pendant deux semaines.

C’était évident depuis le début que les écoles ne fermeront pas aussitôt que la COVID-19 se montrera le bout du nez, croyez-vous? Détrompez-vous.

Le gouvernement provincial a fermé toutes les écoles de la province au printemps, par simple mesure de précaution, même si aucun élève n’était atteint du virus. La plupart des régions à l’extérieur de Saint-Jean, de Moncton et de Fredericton n’ont compté que peu ou aucun cas dans la population générale, mais se sont tout de même vus imposer le confinement général.

Par ailleurs, une région entière, le Restigouche, a été rétrogradée pendant des semaines en phase orange après qu’un médecin de Campbellton ait été infecté par la COVID-19 et qu’une éclosion soit ensuite survenue dans un foyer de soins d’Atholville.

Les succès néo-brunswickois dans la lutte contre la propagation du coronavirus semblent avoir toutefois rassuré tant la Santé publique que le ministère de l’Éducation.

Le faible nombre de personnes infectées dans la province et la stratégie de transformer les classes en bulles, avec des interactions très limitées avec les autres bulles de l’école, ont convaincu les autorités que les éclosions seront rares et pourront être contenues.

Nous partageons cette vision.

Tout doit être fait pour maintenir les écoles ouvertes, tout en protégeant la santé de nos enfants. Il ne faut pas leur faire courir des risques inutiles, mais il ne faut pas non plus peser sur un bouton rouge et ordonner la fermeture des écoles aussitôt que quelques cas de COVID-19 surgiront.

L’expérience de ce printemps a démontré les limites de l’apprentissage en ligne, en particulier chez les tout-petits. Tout doit être fait pour maintenir l’enseignement en personne, en classe, tant bien sûr que l’évolution de la pandémie le permettra.

À ce sujet, nous noterons que le ministère prend la peine de préciser que son guide est un «document vivant», c’est-à-dire qu’il sera amélioré et surtout adapté à mesure que nous en connaîtrons plus à propos de ce coronavirus et que la situation continuera de changer. D’autres annonces et conférences de presse suivront dans les prochaines semaines.

Encore une fois, c’est une bonne idée. Bien des parents, peut-être même une majorité, ne liront pas le guide ou ne retiendront pas tout. Il est important que le ministre Cardy insiste publiquement sur les points les plus importants et donne l’heure juste aux parents.

Il doit éviter les ratés de communications comme ceux survenus à nos limites frontalières plus tôt cet été, alors qu’il était souvent impossible d’avoir des directives claires permettant de savoir qui pouvait venir au N.-B. et qui se verrait interdire l’accès à la province.

Pour qu’il ait une chance de réussir, le plan Cardy doit convaincre tant les enseignants et les directions d’école que les parents d’embarquer. Pour cela, une bonne communication est essentielle.