Avez-vous confiance en Blaine Higgs?

C’est officiel, nous sommes désormais en campagne électorale. Celle-ci a été déclenchée lundi après-midi pour une seule et unique raison: parce que le premier ministre Blaine Higgs croit être en mesure d’obtenir une majorité le soir du scrutin. Voudrons-nous la lui donner?

Après des semaines de suspense et un grand détour sous la forme de négociations avec les partis de l’opposition afin lui permettre de gouverner jusqu’en 2022, le premier ministre Blaine Higgs s’est finalement décidé à franchir le Rubicon, lundi après-midi.

Ces élections générales provinciales, en pleine pandémie, auront lieu parce que Blaine Higgs le veut.

C’est l’été. Les trois partis d’opposition représentés à l’Assemblée législative ne veulent pas d’élections et s’étaient engagés à ne pas faire tomber le gouvernement dans les prochains mois. Les élus ne siègent pas et il n’y a aucun vote sur un budget, sur un discours du Trône ou de censure prévu à court terme.

Ce scrutin précipité n’était pas inévitable. Il aura lieu parce que les progressistes-conservateurs croient qu’il s’agit du meilleur moment pour arracher une majorité. La campagne sera courte afin de laisser le moins de temps possible aux autres partis, et en particulier les libéraux, de remonter la pente dans les intentions de vote.

Cette campagne électorale et son résultat seront jugés sous cet angle. Si les progressistes-conservateurs se retrouvent à l’issue de celle-ci encore une fois à la tête d’un gouvernement minoritaire ou dans l’opposition, cela démontrera que leur chef aura fait une colossale erreur de jugement.

Si au contraire, ils obtiennent la majorité tant désirée, Blaine Higgs aura remporté son pari et aura les coudées franches pour mettre en vigueur son programme législatif pendant les quatre prochaines années.

Pour les électeurs néo-brunswickois, et en particulier les Acadiens et les francophones, l’enjeu de ces élections se résume donc à une question cruciale: avons-nous suffisamment confiance en Blaine Higgs pour lui confier les clefs d’un gouvernement majoritaire pendant quatre ans?

Le gouvernement Higgs est en place depuis près de deux ans, ce qui nous a donné un aperçu de comment il aurait dirigé la province s’il avait eu les mains libres.

Si les progressistes-conservateurs avaient été majoritaires, ils auraient retiré des droits linguistiques aux usagers francophones d’Ambulance NB au lieu de reculer face à la grogne comme ils ont fini par le faire.

Si ce n’était de la menace d’être renversés lors d’un vote de censure de l’opposition, ils auraient ordonné la fermeture de nuit des salles d’urgence de six hôpitaux en milieu rural, sans ensuite changer d’idée.

Ils auraient aussi imposé une réforme municipale.

Or, ce gouvernement a déjà remplacé les fonds de relance du Nord et de la Miramichi par un fonds rural accessible à toutes les communautés de moins de 25 000 habitants. Il a aussi accordé une aide spéciale de 10 millions $ à la région de Saint-Jean. Il est donc permis de croire que cette réforme municipale tant souhaitée par Blaine Higgs se serait faite au profit de Saint-Jean et au détriment des communautés rurales, en particulier celles du Nord.

Cela ne signifie pas qu’un gouvernement progressiste-conservateur majoritaire ira de l’avant avec ces réformes.

Par exemple, Blaine Higgs a promis de ne pas fermer de salles d’urgence la nuit. Rien ne permet de croire qu’il ment ou que sa promesse vaut seulement tant que son gouvernement est minoritaire.

Néanmoins, le chef progressiste-conservateur se retrouve avec un grand défi devant lui.

Il devra convaincre les Néo-Brunswickois qu’il n’a pas de plans cachés. Il devra expliquer aux électeurs, en particulier les francophones, que leurs craintes ne sont pas fondées et que libéré de ses chaînes, un gouvernement Higgs majoritaire n’adopterait pas des mesures qui iront contre leurs intérêts et ceux de leurs communautés, comme il a pourtant tenté de le faire dans les deux dernières années.

Lors de la campagne électorale de 2018, le Parti progressiste-conservateur a fait publier dans l’Acadie Nouvelle une grande publicité, dans laquelle Blaine Higgs disait aux francophones: «Je ne vous laisserai pas tomber».

Ces mots n’avaient pas convaincu les Acadiens de voter en grand nombre pour son parti. Ils ne seront pas suffisants cette fois-ci non plus.

Blaine Higgs devra rassurer les francophones en leur offrant des engagements et des garanties à propos de ses intentions. S’il réussit à gagner notre confiance, la voie vers la majorité lui sera toute grande ouverte.

Sinon, il devra encore une fois se résoudre à essayer d’atteindre ses objectifs sans les Acadiens.

C’est possible. Mais l’expérience de 2018 nous démontre que c’est plus facile à dire qu’à faire.