Avec ou sans les Acadiens?

Nous l’avons écrit mardi en éditorial, cette campagne électorale a été déclenchée par le premier ministre Blaine Higgs dans l’unique but de tenter d’obtenir une majorité. Peut-il y arriver de façon réaliste? Sans aucun doute. Mais la route qu’il a choisi d’emprunter depuis deux ans n’est pas la plus facile.

En mai, un sondage de Narrative Research a démontré que le Parti progressiste-conservateur récoltait l’appui de 48% des électeurs décidés. Presque un électeur sur deux.

Les appuis de Blaine Higgs ne sont toutefois pas éparpillés également à travers la province. Le Parti progressiste-conservateur ne compte présentement aucun député sortant dans les circonscriptions à majorité francophone de la province.

La campagne de 2018 s’était d’ailleurs transformée dans les régions francophones en une sorte de référendum à propos de Blaine Higgs, son unilinguisme, sa volonté de retirer des droits linguistiques aux Acadiens (chez Ambulance NB) et son enthousiasme à l’idée gouverner avec la People’s Alliance.

Résultat, les progressistes-conservateurs n’ont fait élire qu’un seul député en région francophone: Robert Gauvin, dans Ship­pagan-Lamèque-Miscou. Et celui-ci s’est fait élire par la seule force de sa candidature, malgré (et non pas avec l’aide de) Blaine Higgs.

Des vieux de la veille et des candidats vedettes (Jeannot Volpé, Claude Landry, Kevin Haché) ont été défaits. Des circonscriptions où il existait du mécontentement à l’endroit du gouvernement Gallant (Grand-Sault, Restigouche-Ouest) ont quand même élu un député libéral avec de très fortes majorités.

Le grand défi de Blaine Higgs dans cette campagne sera de se montrer fréquentable auprès de la population francophone.

Ce ne sera pas facile. Pendant la majorité de son mandat, Blaine Higgs a peu fait pour montrer aux électeurs acadiens qu’il tient à leur vote.

Au contraire, plusieurs de ses décisions peuvent laisser croire le contraire. Tentative d’éliminer certaines obligations linguistiques chez Ambulance NB, disparition du fonds du Nord, refus d’appuyer le chantier naval de Bas-Caraquet, appui à la fermeture la nuit de salles d’urgence d’hôpitaux en milieu rural… n’en jetez plus, la cour est pleine!

Certains indices démontrent que M. Higgs est conscient qu’il lui sera très difficile d’obtenir sa majorité s’il ne réussit pas à faire élire quelques députés en milieu francophone.

Après moult hésitations, il a fini par élargir la bulle néo-brunswickoise aux régions frontalières québécoises, et ce, malgré l’opposition ouverte de son proche allié, Kris Austin. Il promet aussi de ne plus revenir à la charge avec la fermeture de salles d’urgence.

Il a de plus causé la surprise, au moment de déclencher des élections, en livrant un discours bilingue. Nous parlons pourtant ici d’un premier ministre qui a refusé de nommer un porte-parole francophone pendant la pandémie et qui a fait comprendre aux Acadiens qu’ils doivent se contenter de la traduction simultanée. Le voir réciter chaque ligne d’un discours en anglais, puis en français, n’est pas banal.

Les progressistes-conservateurs se sont aussi activés en coulisses. Des efforts importants sont faits pour s’assurer d’avoir en place des candidats vedettes ou crédibles.

Le maire de Caraquet, Kevin Haché, est l’un de ceux-là. Il avait déclaré après l’annonce de la fermeture la nuit de l’urgence de l’hôpital de sa communauté ne plus se reconnaître au sein du Parti progressiste-conservateur. Il sera pourtant de nouveau candidat.

Les bleus prennent aussi les moyens pour réaliser une percée dans Tracadie, avec la candidature de Diane Carey. Ce n’est pas une coïncidence si le gouvernement Higgs est finalement à l’écoute dans le dossier de l’entretien des routes de cette municipalité régionale, comme ce n’est pas un hasard qu’il accepte d’injecter des millions de dollars dans un projet d’amphithéâtre à Caraquet.

Dans Moncton-Est, Daniel Allain est aussi de la partie. Le fait que cet ancien PDG d’Alcool NB et ancien bras droit de l’ex-premier ministre David Alward accepte de porter les couleurs de l’équipe Higgs est significatif.

Le Parti progressiste-conservateur peut remporter une majorité sans l’Acadie. Le chemin pour y arriver est toutefois très étroit. Une surprise libérale ici et là dans les régions anglophones et ça en sera faite des aspirations du chef progressiste-conservateur.

Blaine Higgs a perdu Shippagan-Lamèque-Miscou (au moment de la démission du vice-premier ministre Robert Gauvin) par sa faute, tout comme il n’a que lui-même à blâmer pour la défaite de son parti en 2018 dans toutes les autres circonscriptions à majorité francophone.

Ce même Blaine Higgs a répété mercredi être ouvert à une proposition de la People’s Alliance visant à réviser (à la baisse, bien sûr) les exigences linguistiques dans la fonction publique. Chassez le naturel…

La campagne électorale nous permettra de constater s’il prendra les moyens pour gagner la confiance des francophones ou s’il préférera encore se passer de leur vote.