Le clou sur lequel cogner

La première semaine de la campagne électorale tire à sa fin. Elle a mis en lumière la difficulté des chefs à imposer leur vision et leurs idées aux électeurs, au moment où ceux-ci ont la tête ailleurs.

Officiellement, la campagne électorale a débuté lundi, quand Blaine Higgs s’est rendu à la résidence de la lieutenante-gouverneure afin de lui demander de dissoudre la législature et de déclencher des élections.

Dans les faits, le point de départ est plutôt le vendredi précédent, quand le chef libéral, accompagné de l’ensemble de son caucus, a annoncé qu’il ne négocierait plus avec «un fusil sur la tempe» et qu’il refusait de laisser M. Higgs gouverner jusqu’à l’automne 2022 sans aucune possibilité de le faire tomber.

C’est tout ce qu’il aura fallu – un ultimatum de Blaine Higgs et un rejet de Kevin Vickers – pour que s’envole la collaboration historique entre tous les partis politiques qui a permis au Nouveau-Brunswick de si bien relever le défi posé par la COVID-19.

Nous voilà donc en campagne électorale. Elle est courte – seulement 28 jours – et a été déclenchée sans qu’aucun enjeu majeur ne le justifie.

Cette campagne n’a que pour unique but de permettre aux progressistes-conservateurs de faire élire un gouvernement majoritaire.

Ce n’est pas seulement nous qui l’affirmons. Blaine Higgs lui-même soutient qu’il n’est pas certain de rester en poste si les électeurs choisissent de le reconduire à la tête d’un gouvernement minoritaire.

Nous pourrions donc nous retrouver au lendemain des élections dans une situation unique où le premier ministre a été réélu, mais annoncerait quand même sa démission, non pas parce qu’il n’a pas la confiance de la législature, mais bien parce qu’il est insatisfait des résultats.

Mais pourquoi au juste M. Higgs tient-il tant à cette majorité, au point d’avoir précipité les Néo-Brunswickois dans une campagne électorale qui a lieu en pleine pandémie et pendant la rentrée scolaire?

Le chef progressiste-conservateur ne nous présente à peu près rien de nouveau.

Il a répété qu’il est important d’assurer la stabilité du gouvernement, en particulier en prévision d’une hypothétique deuxième vague de pandémie. Il soutient en même temps que ce scrutin n’est pas à propos de ce qui se passera dans les prochains mois, mais bien pour déterminer l’avenir du Nouveau-Brunswick dans les dix prochaines années!

Venant d’un politicien qui n’a jamais fait de cachette sur son désir de ne pas s’éterniser en politique, voilà qui a de quoi surprendre.

Surtout, cela ne nous aide pas à répondre à la question la plus importante: que fera Blaine Higgs si les électeurs lui donnent les clefs d’une majorité? Bien malin qui peut le dire, le chef se contentant de recycler ses promesses et de promettre de poursuivre sur sa lancée.

En théorie, cela laisse un vide que peuvent occuper les trois autres partis d’opposition.

Jusqu’à maintenant, le chef libéral Kevin Vickers ne fait pas une vilaine campagne. Aucun des engagements qu’il a pris jusqu’à maintenant ne peut toutefois être considéré comme étant la question de l’urne qui influencera le vote des électeurs, le jour du scrutin.

Par exemple, sa promesse de vendredi, à Bathurst, de restituer au complet le budget du ministère du Tourisme, lequel a été réduit de 40% par le gouvernement Higgs, fera des heureux. Les régions du Nord, en particulier, sont plus dépendantes de l’industrie touristique et subissent donc plus les effets négatifs des compressions progressistes-conservatrices dans ce domaine.

Cet engagement ne mènera toutefois pas à lui seul les libéraux jusqu’à la terre promise. Ils ont besoin de trouver un enjeu qui fera bouger l’aiguille.

Ce n’est pas toujours celui qu’on pense. En 2018, Blaine Higgs avait décrété que cette campagne serait l’équivalent d’un référendum contre la taxe fédérale sur le carbone. Néanmoins, c’est plutôt en blâmant (à tort) les exigences linguistiques pour les problèmes au sein d’Ambulance NB que Blaine Higgs et la People’s Alliance ont fini par couler le gouvernement Gallant. Un jeu qu’on voit M. Higgs encore jouer avec la question des exigences en matière de bilinguisme dans la fonction publique.

Il y a une vieille maxime en politique voulant qu’aucun parti d’opposition ne gagne des élections. C’est plutôt le parti au pouvoir qui les perd.

Dans ce cas-ci, les libéraux et les verts n’ont pas le luxe d’attendre que Blaine Higgs et son équipe s’effondrent d’eux-mêmes. Ils doivent trouver au plus vite l’enjeu qui résonnera le plus fort auprès des électeurs, puis cogner sur ce clou à répétition.

Une campagne de 28 jours, ça passe très vite. Dès la semaine prochaine, Kevin Vickers et David Coon devront nous montrer de quel bois ils se chauffent.