Rapprocher le PC du centre

Il aura fallu attendre tard dans la nuit avant d’avoir un résultat, mais le Parti conservateur du Canada a un nouveau chef: Erin O’Toole. Sa mission est de rendre sa formation présentable auprès d’un nombre suffisant de Canadiens pour défaire le libéral Justin Trudeau. Il peut y arriver, mais à condition de se tenir loin des extrêmes.

Le congrès à la direction d’un parti politique est l’occasion d’élire un nouveau chef, mais aussi de donner un nouvel élan et un grand coup de visibilité à la formation et à ses idées.

De ce côté, c’est raté.

Un problème technique (la déchiqueteuse d’enveloppe déchirait aussi… les bulletins de vote!) a eu pour effet de retarder de plusieurs heures le dévoilement des résultats.

Pire, le seul discours à être survenu à une heure raisonnable est celui du chef démissionnaire Andrew Scheer. Une allocution franchement bizarre, pendant laquelle il a invité les citoyens à s’informer sur des sites web de propagande et adeptes de théories du complot et où il a exprimé sa méfiance à l’endroit des enseignants et des universitaires.

Un discours que Donald Trump n’aurait pas renié et qui démontre une nouvelle fois la sagesse des Canadiens de ne pas avoir fait de cet homme leur premier ministre. Une personne indécise, qui aurait visionné ce discours à la télévision, serait allée se coucher avec l’impression que ce parti est plus que jamais le prisonnier de ses lubies.

Andrew Scheer étant de l’histoire ancienne (il entend toutefois rester en tant que député), c’est à son successeur d’effacer l’ardoise et de rapprocher son parti du centre, s’il souhaite un jour défaire les libéraux de Justin Trudeau.

Erin O’Toole a défait le favori de la course, Peter MacKay.

Pour les conservateurs néo-brunswickois, il s’agit d’une déception. MacKay, un Néo-Écossais, connaît bien le Nouveau-Brunswick. Au premier tour du scrutin, il a d’ailleurs obtenu plus de la moitié des points disponibles dans notre province. Il aurait sans doute fait un allié précieux aux progressistes-conservateurs de Blaine Higgs.

Lors du débat en français des candidats à la direction du Parti conservateur, en juin, M. MacKay avait aussi fait référence à quelques reprises aux francophones hors Québec.

Il avait même déclaré qu’il était temps de reconnaître l’Acadie en tant que nation!

Au cours de ce débat, Erin O’Toole avait pour sa part rassuré sur sa capacité à s’exprimer en français. Il a aussi paru moins hostile aux questions linguistiques que peut sembler l’être Blaine Higgs, par exemple. Parmi ses promesses, M. O’Toole s’est engagé pendant ce débat à augmenter le rôle du commissaire aux langues officielles du Canada.

Cela dit, si M. O’Toole souhaite devenir le prochain premier ministre du Canada, il devra prouver qu’il a appris des erreurs d’Andrew Scheer.

En effet, ce congrès à la direction a rappelé que les conservateurs sociaux, ces militants qui sont contre l’avortement, contre le mariage entre personnes de même sexe et en faveur d’une plus grande influence de la religion sur les gouvernements, ont encore énormément d’influence au sein de cette formation politique.

Lors du premier tour, les deux candidats issus de cette mouvance, Leslyn Lewis et Derek Sloan, ont obtenu ensemble plus de points que chacun des deux autres candidats. Erin O’Toole avait bien prévu le coup et s’est assuré de séduire leurs militants afin qu’ils se tournent vers lui en grand nombre, à compter des deuxièmes et troisièmes tours du scrutin.

Andrew Scheer avait aussi été élu chef du parti grâce à cette frange ultra conservatrice, en 2017. Sauf qu’en étant un fier représentant de celle-ci, il a fini par pousser les électeurs dans les bras d’un Justin Trudeau qui aurait dû perdre en 2019 en raison des multiples scandales qui l’affligeaient.

Erin O’Toole peut remporter les prochaines élections. Mais il n’y arrivera pas s’il donne l’impression, comme son prédécesseur, de défendre ou de cacher des idéaux rétrogrades.

Bonne nouvelle, il semble l’avoir compris. Dans son discours, il a tendu la main aux minorités raciales et sexuelles, aux immigrants ainsi qu’aux gens de différentes religions ou qui sont agnostiques.

Tout ça ne fait pas d’Erin O’Toole un progressiste. Il a promis de faciliter l’accès aux armes à feu. Il veut éliminer la taxe sur le carbone sans proposer un plan environnemental le moindrement crédible. En prime, il reprend à son compte le vieux combat des conservateurs visant à diminuer le financement de la télévision publique CBC et même de la privatiser.

Les libéraux ne manqueront pas d’angles pour l’attaquer et effrayer l’électorat.

Néanmoins, Erin O’Toole semble mieux équipé que son prédécesseur et que ses adversaires de la course à la direction pour y faire face.