Langues officielles: la nouvelle normalité

En ce qui a trait à l’enjeu des langues officielles, la situation n’a guère évolué comparativement à la campagne électorale de 2018. Le chef progressiste-conservateur est toujours unilingue. Il montre encore de l’oppo­sition à certaines exigences linguis­ti­ques. La People’s Alliance reste dans le portrait. Pourtant, contraire­ment à il y a deux ans, le sujet soulève peu les passions. Qu’est-ce qui a changé?

La Société de l’Acadie du N.-B. a publié dans une publicité dans l’Acadie Nouvelle ses demandes et ses priorités à l’endroit des formations politiques. Au sommet de la liste, un avertissement: aucun recul en matière des droits linguistiques des francophones de la province ne sera accepté ou toléré.

Cette exigence de la SANB n’est pas superflue.

Avant de déclencher des élections, Blaine Higgs a d’abord tenté de convaincre les chefs des trois partis d’opposition de le maintenir au pouvoir jusqu’à l’automne 2022 ou jusqu’à la fin de la pandémie.

Au cours des négociations qui ont suivi, il a été proposé que le gouvernement fasse un examen des tests de compétences linguistiques pour tous les postes gouvernementaux.

Vous vous en doutez bien, cet exercice n’aurait pas visé à renforcer la qualité de ces évaluations ni à rendre la fonction publique plus bilingue.

Il s’agit par ailleurs de la deuxième campagne consécutive où le Parti progressiste-conservateur démontre une ouverture à mettre en place des mesures qui peuvent être considérées comme étant un recul pour les francophones.

Son programme électoral de 2018 prévoyait de «s’assurer que les ambulances ne sont pas retirées des routes» en raison d’exigences linguistiques.

Il y a deux ans, cette promesse honteuse de même que l’unilinguisme de Blaine Higgs avaient contribué à plomber la campagne progressiste-conservatrice durant la première semaine, en particulier dans les régions du Nord francophone. La révélation voulant que Blaine Higgs soit prêt à gouverner en coalition avec la People’s Alliance, malgré l’hostilité de cette formation politique à l’endroit des droits et acquis des francophones, avait eu l’effet d’une bombe.

Ces controverses avaient forcé les progressistes-conservateurs à réagir.

Dix candidats progressistes-conservateurs du Nord s’étaient rangés derrière leur chef, à Shippagan. Ils s’étaient portés à sa défense et avaient dénoncé le fait qu’à leurs yeux, l’unilinguisme du chef prenait trop de place dans cette campagne électorale.

«Blaine Higgs veut être un défenseur des langues officielles. Il est un allié de la francophonie. Nous félicitons M. Higgs pour ses efforts continus d’apprendre le français», avait déclaré le candidat progressiste-conservateur Robert Gauvin, qui a depuis changé d’opinion et grossi les rangs libéraux.

Deux semaines plus tard, Blaine Higgs a livré un important discours, lui aussi à Shippagan, dans lequel il s’est engagé à appuyer et à protéger le bilinguisme officiel.

Rien de tout ça n’arrivera cette fois-ci.

Les plaques tectoniques ont bougé depuis deux ans. Ce qui était nouveau, inconcevable ou inacceptable est devenu la norme.

Plus personne ne croit que le chef progressiste-conservateur fait de grands efforts pour apprendre notre langue.

Radio-Canada Acadie avait dû annuler son débat des chefs en 2018 en raison de l’unilinguisme de M. Higgs. Cette année, il sera remplacé par un forum pendant lequel la traduction simultanée sera utilisée.

L’idée de réviser (comprendre: de réduire) les exigences linguistiques auxquelles sont soumis les fonctionnaires provinciaux ne soulève pas le dixième des passions qui ont accompagné le débat sur la langue de travail dans les ambulances.

Cela s’explique peut-être par le fait que, pour le commun des mortels, la question des ambulances est plus concrète. Tout le monde peut s’imaginer malade, blessé ou en état de choc et incapable de comprendre ce que nous dit le travailleur paramédical unilingue censé nous soigner. Un obscur test auquel doit se soumettre un quelconque fonctionnaire ne suscitera pas les mêmes émotions.

Par ailleurs, le gouvernement Higgs vient de gouverner pendant près de deux ans en étroite collaboration avec la People’s Alliance. Les atomes crochus entre les deux clans ne sont plus un mystère pour personne.

Ça ne signifie pas que ces questions ne sont pas importantes et pertinentes. Tout chef ou parti qui marchande nos droits linguistiques à des fins électorales doit être dénoncé.

Nous rappelons aux candidats de tous les partis que nous n’acceptons pas qu’ils défendent des mesures qui nuiront à la population francophone ni qu’ils gardent le silence.