Blaine Higgs est en voie de gagner son pari

L’Acadie Nouvelle publie ce matin un sondage exclusif de la firme Léger sur les intentions de vote au Nouveau-Brunswick. Un sondage qui démontre que le gouvernement Higgs est en voie de gagner son pari après avoir déclenché des élections provinciales précipitées.

Il s’agit du deuxième sondage en trois jours dont les résultats sont diffusés. Contrairement à celui de Narrative Research, celui de Léger a été réalisé sur une plus courte période (six jours au lieu de 16) et, surtout, après le déclenchement des élections provinciales. Cela nous donne donc un portrait plus précis du niveau de popularité des chefs, de leur parti et du gouvernement.

Les chiffres sont révélateurs.

Le Parti progressiste-conservateur peut compter sur l’appui de 40% des électeurs, contre 32% pour les libéraux. L’écart a beau se resserrer, les chiffres compilés par Léger nous laissent croire que Blaine Higgs va non seulement rester en place en tant que premier ministre, mais qu’il sera à la tête d’une majorité.

Mieux encore pour le premier ministre sortant, il ne paie pas un lourd tribut pour sa décision de déclencher des élections en pleine pandémie. Il est toujours le chef le plus populaire, la population continue de donner une bonne note à son gouvernement et les répondants au sondage sont nombreux à penser qu’il va gagner.

Nous pouvons jeter dans la corbeille l’idée que les électeurs mécontents d’aller aux urnes puniront les progressistes-conservateurs le jour du scrutin.

Encore plus préoccupant pour le Parti libéral est le fait qu’il n’arrive pas à percer à Fredericton et à Saint-Jean, en plus de perdre du terrain à Moncton.

Sur la question des enjeux, on note que la pandémie prend toute la place, ou presque.

Or, le bilan du gouvernement Higgs à propos de celle-ci parle de lui-même. Le Nou­veau-Brunswick a jusqu’à maintenant bien relevé le défi posé par la COVID-19. Il n’y a qu’une dizaine de personnes présentement infectées. Moins de 200 personnes ont été atteintes par le coronavirus. Nous déplorons deux décès, loin du carnage dans d’autres provinces et États américains.

Bref, le Parti progressiste-conservateur est en voiture. Est-ce que cela signifie que les libéraux doivent baisser les bras et commencer à planifier l’après-Vickers? Pas encore.

Il y a bel et bien une bataille électorale. Le sondage démontre qu’un nombre très élevé de personnes sondées n’ont pas encore fait un choix définitif. Par exemple, pas moins de 47% des répondants ayant l’intention de voter progressiste-conservateur affirment qu’il est encore «probable que je change d’avis».

C’est ce qui fait dire à la firme Léger qu’il s’agit d’un «vote mou» ou même «fragile». La campagne électorale compte. Tout n’est pas encore joué.

Les libéraux ne peuvent toutefois pas se permettre de simplement laisser les jours de la campagne s’écouler en attendant que l’initiative se déplace de leur côté. Ça n’arrivera pas. Ils devront peser sur l’accélérateur.

Si les progressistes-conservateurs ne gaffent pas ou qu’aucun événement fortuit ne survient, ils seront difficiles à déloger.

Jean-Marc Léger a l’habitude de dire qu’une campagne électorale représente au quotidien une sorte de bruit de fond pour la majorité des électeurs, mais qu’il y a trois moments où ils s’y intéressent au point où leur opinion peut changer ou se confirmer. Il s’agit du jour du déclenchement des élections, lors des débats des chefs et au cours du dernier weekend, tout juste avant de voter.

Tous les chefs seront réunis sur une même tribune le 8 septembre, lors du grand rendez-vous de Radio-Canada Acadie et de l’Acadie Nouvelle. Kevin Vickers et les libéraux joueront gros ce soir-là.

De leur côté, Blaine Higgs et son équipe peuvent se réjouir. Les électeurs sont réceptifs à sa demande de lui donner les clefs d’un gouvernement majoritaire.

Un bémol toutefois. Comme en 2018, il n’arrive pas à séduire les Acadiens. Chez les électeurs francophones, le Parti libéral mène avec 58% des intentions de vote, contre seulement 28% pour le Parti progressiste-conservateur.

Blaine Higgs a une chance unique de former un gouvernement majoritaire et de pousser la People’s Alliance sur les lignes de côté. Pouquoi ne se donnerait-il pas aussi la peine de faire quelque chose qu’il n’a jamais essayé depuis deux ans: convaincre l’électorat francophone de lui accorder une chance?

Qu’il soit au gouvernement ou dans l’opposition, qu’il soit majoritaire ou minoritaire, Blaine Higgs a la responsabilité de se montrer plus rassembleur. Il a deux semaines devant lui pour montrer que sa formation peut être autre chose qu’un parti qui n’a aucun problème à gouverner sans les Acadiens.