Miser sur le bilan sans parler de l’avenir

Le sondage exclusif Léger/Acadie Nouvelle publié dans nos pages samedi révèle que le Parti progressiste-conservateur est le plus populaire dans les sondages et pourrait former un gouvernement majoritaire. Surtout, il révèle pourquoi c’est le cas.

Le Parti progressiste-conservateur peut compter sur 40% des intentions de vote, contre 32% pour les libéraux. Un autre sondage, cette fois de Mainstreet Research, place plutôt les deux formations à 38% et 32% respectivement.

L’écart n’est pas gigantesque et peut être effacé, même s’il ne reste que deux semaines à la campagne.

Il faut toutefois rappeler que les intentions de vote en faveur des libéraux sont dopées par les appuis dont ils disposent chez les francophones. Selon Léger, chez les non-francophones, les libéraux ne sont qu’à 20% dans les intentions de vote, ce qui les place dans la même catégorie que les verts (16% dans ce groupe linguistique).

Les libéraux sont aussi très faibles à Saint-Jean (21% d’appuis) et tombent en troisième place dans la région de Fredericton (15% des intentions de vote, loin derrière les 29% du Parti vert et des 50% des progressistes-conservateurs).

Si les libéraux se retrouvent dans l’opposition pendant les quatre prochaines années, ils n’auront pas à chercher plus loin les raisons de leur débâcle. Aucun parti au Nouveau-Brunswick ne peut aspirer au pouvoir s’il ne dispose pas d’appuis importants dans les trois cités qui forment le Triangle d’or du N.-B. (Moncton, Saint-Jean et Fredericton).

Autre problème pour les libéraux: le gouvernement progressiste-conservateur sortant profite d’un fort taux de satisfaction. Presque 60% des répondants sont plutôt ou très insatisfaits de lui.

Le premier ministre jouit d’un autre avantage majeur sur la compétition: le succès du Nouveau-Brunswick dans sa gestion de la pandémie. Il n’y a présentement que quatre cas actifs dans toute la province.

Il est vrai que Blaine Higgs n’a pas accompli ça tout seul. Son principal mérite a été de laisser l’équipe de la Santé publique, avec à sa tête la Dre Jennifer Russell, prendre les décisions qui s’imposaient sans lui mettre des bâtons dans les roues sous la forme d’obstacles politiques et partisans.

Les chefs des partis d’opposition ont aussi joué un rôle crucial, en acceptant de s’effacer pendant la pandémie et en faisant partie d’un comité multipartite qui a contribué à enlever la partisanerie du processus.

Cela dit, notre système politique étant ce qu’il est, tout finit par revenir au premier ministre.

Si la situation sanitaire du Nouveau-Brunswick était désastreuse, que les éclosions de COVID-19 se multipliaient et qu’on n’en finissait plus de compter nos morts, nous serions nombreux à montrer le premier ministre du doigt.

À l’inverse, il est normal que les électeurs lui accordent une grande partie du mérite et que cela se reflète autant dans leur satisfaction à l’endroit du gouvernement que dans la popularité personnelle du chef et de son parti.

C’est cela qui permet à Blaine Higgs de mener sa campagne électorale comme il le fait actuellement, c’est-à-dire en ne promettant à peu près rien de nouveau. Chaque jour, le chef promet more of the same, c’est-à-dire de poursuivre le travail entrepris et de mettre de l’avant des engagements déjà promis dans les derniers mois ou présentés dans le budget provincial.

Il y a toutefois un problème avec la campagne menée par les progressistes-conservateurs. Ceux-ci sont ni plus ni moins en train de convaincre les électeurs de leur signer un chèque en blanc.

Leur campagne est axée sur leur bilan des deux dernières années. Ils réclament la stabilité qui vient avec un gouvernement majoritaire, mais sans vraiment nous dire ce qu’ils feront de cette majorité, outre ce qui a déjà été décidé et promis dans la dernière année.

Cette stratégie n’est pas inédite. Par exemple, vous ne trouverez nulle part dans le programme électoral PC de 2018 une promesse de fermer la nuit les salles d’urgence de six hôpitaux en milieu rural.

Tous les partis politiques qui ont fini par accéder au pouvoir, au Nouveau-Brunswick comme ailleurs au Canada, sont coupables d’avoir «oublié» de préciser certaines de leurs intentions dans leur programme électoral.

Blaine Higgs va toutefois beaucoup plus loin. Le niveau de satisfaction des électeurs à l’égard du gouvernement qu’il a dirigé est tel qu’il peut se permettre de faire campagne sur le passé et non sur l’avenir.

Si ce gouvernement finit par remporter une majorité, il n’y a pas de doute qu’il va réserver plusieurs surprises aux Néo-Bruns­wickois.