Des promesses pour tous

Que serait une campagne électorale sans les promesses des partis? Le gouvernement Higgs n’est au pouvoir que depuis deux ans, et en plus, il était minoritaire. Pourtant, si on se fie à ce que les partis d’opposition proposent, le Nouveau-Brunswick changera énormément advenant la défaite du premier ministre sortant, le 14 septembre.

Devant un adversaire progressiste-con­servateur qui prône les vertus de la retenue, les libéraux, les verts et les néo-démocrates s’engagent tous à ce que le gouvernement joue un plus grand rôle pour réduire les inégalités.

Évidemment, le poids de chaque promesse est proportionnel à l’importance, au sein de l’échiquier politique, de la formation.

Le NPD a lancé sa campagne en promettant d’augmenter le salaire minimum à 15$ l’heure (il est présentement de 11,70$ l’heure au N.-B.). Or, ce parti n’a pas le moindre espoir de former le prochain gouvernement, de détenir la balance du pouvoir ou même de faire élire un député. Il pourrait proposer un salaire minimum à 50$ l’heure que cela serait accueilli avec le même haussement d’épaules.

On ne peut pas dire la même chose pour le Parti vert, qui a non seulement fait élire trois députés en 2018, mais qui dispose aussi de quelque chose qui manque cruellement aux néo-démocrates: de l’influence sur les autres partis, en particulier les libéraux.

On le voit depuis le début de cette campagne, les libéraux ne se gênent pas pour piger dans le bassin potentiel d’électeurs du Parti vert.

Cela a mené à des comparaisons intéressantes entre le chef des verts, David Coon, et le chef libéral qui se dit «plus vert que les verts», Kevin Vickers. Celui-ci s’est engagé à interdire l’utilisation d’herbicides à base de glyphosate sur les terres publiques de la province.

Le même jour, le Parti vert promettait une réglementation plus sévère. Toutes les catégories d’herbicides utilisés en forêt seraient désormais interdites, et plus rapidement que ce qui est prévu dans le plan libéral. Il interdirait aussi les coupes à blanc et limitera la monoculture.

Si la question environnementale est le pain et le beurre du Parti vert, son programme électoral ne se limite pas à cela. Il a proposé au début de la campagne de remplacer l’aide sociale par un revenu de subsistance garanti au moins deux fois plus généreux.

Ni le Parti progressiste-conservateur ni le Parti libéral n’ont proposé de nouveau programme aussi important.

Les libéraux misent plutôt sur le clientélisme. Plusieurs de leurs engagements ciblent des groupes très précis d’électeurs, dont certains qui pourraient être tentés de voter vert.

Ils visent notamment les étudiants, qui ont contribué à l’élection de deux des trois députés verts (David Coon et Megan Mitton) en 2018. Kevin Vickers s’est engagé cette semaine à éliminer la part provinciale des intérêts sur les prêts étudiants pour les Néo-Brunswickois vivant dans la province. Il a aussi promis de réduire les droits de scolarité des étudiantes en sciences infirmières qui s’engagent à travailler au Nouveau-Brunswick.

Dans tout ce brouhaha de promesses électorales, Blaine Higgs fait figure d’extraterrestre. Il accuse ses adversaires libéraux de rédiger de nouvelles promesses électorales sur le coin d’une table, dans l’autobus de campagne, à mesure que la campagne évolue.

Ça ne signifie pas que les progressistes-conservateurs ne font aucune promesse. M. Higgs s’est engagé à maintenir la croissance annuelle des dépenses en santé à environ 3%. Dans une rare «nouvelle» promesse, il a révélé son intention de prolonger jusqu’en mars son programme de remboursement de 20% des dépenses de vacances admissibles.

Son principal engagement est toutefois de maintenir les services d’urgences en milieu rural, après avoir tenté de fermer ceux de six hôpitaux en milieu rural la nuit.

S’il n’avait pas fait cette promesse ou même simplement maintenu le flou sur cette question, Blaine Higgs serait peut-être sur le point de perdre ses élections. Son recul a transformé cette campagne.

Bref, il y a un peu de tout pour tous. Si le chef ne vous inspire pas ou que vous ne vous sentez pas une loyauté à l’endroit d’un parti politique spécifique, ça ne signifie pas que vous devriez rester à la maison, le jour du vote.

Informez-vous plutôt sur les positions des formations politiques sur les sujets qui vous tiennent à coeur.

La question de l’accès à l’avortement vous tient à coeur? Vous croyez que le nucléaire est une mine d’or en devenir pour notre province? La situation dans les foyers de soins vous inquiète? Si le buffet proposé par nos politiciens n’a rien d’exceptionnel, il est quand même possible de trouver quelque part dans cette campagne un programme électoral à votre goût.