Le pouvoir et les verts

Un gouvernement provincial dirigé par le Parti vert n’aurait pas l’environnement comme unique priorité. Selon le chef David Coon, il serait ancré fermement à gauche sur l’échiquier politique néo-brunswickois.

L’Acadie Nouvelle invite à chaque campagne provinciale quelques chefs à participer à une rencontre éditoriale. Contrairement aux débats télévisés où tous les leaders sont invités, notre équipe éditoriale privilégie des rencontres avec ceux qui aspirent à former le gouvernement.

Traditionnellement, cela signifie seulement le chef du Parti progressiste-conservateur et celui du Parti libéral. Cette année, nous avons toutefois ajouté un carton d’invitation à l’attention du Parti vert. La People’s Alliance, le NPD et le parti KISS NB, lesquels comptent peu ou pas de candidats dans les circonscriptions francophones, n’ont pas eu droit au même privilège.

Par ces rencontres, l’équipe éditoriale de l’Acadie Nouvelle a pour objectif d’aider nos lecteurs à comprendre quelles seront les priorités du prochain gouvernement provincial, peu importe qui remportera les élections, et de quelle façon cela aura un impact sur notre quotidien.

Le Parti vert a peu d’espoir d’accéder au pouvoir. Son chef en est conscient.

Dans un moment de transparence rafraîchissant, David Coon a accepté de nous dire ce qui serait pour son parti une réussite ou un échec. Lucide, il sait que son parti ne remportera pas le plus grand nombre de sièges, le 14 septembre. Il a deux espoirs: faire élire une dizaine de députés verts (contre trois actuellement) et de détenir la balance du pouvoir devant un gouvernement minoritaire.

Ces deux objectifs pourraient bien être incompatibles. Les gains des verts se font surtout au détriment des libéraux. Cette division du vote pourrait favoriser Blaine Higgs et le mener droit vers la majorité qu’il réclame.

Par ailleurs, impossible de savoir ce que ferait le Parti vert de cette hypothétique balance du pouvoir, s’il devait la détenir.

Quelles seraient ses conditions pour appuyer un gouvernement Higgs ou un gouvernement Vickers? Y a-t-il des engagements des autres partis qui sont inacceptables aux yeux de David Coon, au point de tracer une ligne dans le sable? Ou des pans du programme électoral du Parti vert que le chef exigerait à tout prix d’être adopté par un premier ministre en situation de minorité?

M. Coon a été incapable de répondre à ces questions, affirmant plutôt vouloir lire d’abord les programmes électoraux complets de ses adversaires politiques avant de se prononcer (aucun programme n’avait encore été dévoilé au moment de la rencontre éditoriale).

Notons toutefois que son lieutenant francophone, Kevin Arseneau, présent à la rencontre, a insisté sur le fait que sa formation n’accepterait aucun recul linguistique, y compris en ce qui a trait aux exigences linguistiques dans la fonction publique.

Nous avons aussi offert à M. Coon de rêver à voix haute à quoi ressemblerait un gouvernement du Parti vert s’il devait causer la surprise de l’année, le soir du 14 septembre. En bref, qu’est-ce qui serait différent à compter du jour 1 avec un premier ministre véritablement écologique à la tête du N.-B?

À notre grande surprise, le chef n’a pas du tout abordé la question environnementale. Il a plutôt insisté sur le fait qu’il aurait comme priorité le bien-être des Néo-Brunswickois et d’offrir un gouvernement «plus juste» et des services publics plus forts.

Par moment, nous avions l’impression d’entendre un militant du NPD. Cela s’explique sans doute par le fait que le Parti vert cherche à démontrer qu’il n’est pas le parti d’une seule cause et que ses ambitions ne se limitent pas seulement aux changements climatiques.

Il faut aussi dire que cet enjeu, aussi important soit-il, est bien loin dans l’esprit des électeurs ces temps-ci. Le sondage Léger/Acadie Nouvelle a révélé la semaine dernière que seulement 7% des électeurs considèrent la protection de l’environnement comme étant l’enjeu le plus important de la campagne, très loin derrière tout ce qui touche la santé et la COVID-19.

Même pour un parti avec l’adjectif «vert» dans son nom, ce serait suicidaire de faire uniquement campagne sur l’écologie et les changements climatiques.
La volonté de cette formation de laisser l’administration publique provinciale jouer un rôle plus grand nos vies lui permet de se distancer de ses adversaires, en particulier de Blaine Higgs, dont la vision est aux antipodes de celle des verts.

Pour le moment, la stratégie fonctionne. Avec 13% des intentions de vote dans le sondage Léger/Acadie Nouvelle (mais à 19%, selon Mainstreet), le Parti vert n’est pas en train de vivre une «montée fulgurante», comme nous l’a dit Kevin Arseneau dans un excès d’enthousiasme, mais il s’établit comme une force avec laquelle il faut compter, au point de désormais influencer le programme électoral des libéraux.