Les partis doivent faire mieux

La dernière semaine de campagne a pris une bien drôle de tournure, alors que le Parti progressiste-conservateur et le Parti libéral ont tour à tour dû gérer des controverses à la suite de déclarations passées ou d’écrits de leurs candidats.

Un parti politique forme en quelque sorte un club privé. Il faut acheter sa carte de membre pour en faire partie. Il est dirigé par un président, mais aussi par un chef à qui sont dévolus d’importants pouvoirs. Parmi ceux-ci, le droit d’accepter ou de refuser un candidat.

Une personne qui souhaite être candidate pour un parti politique doit normalement remporter une assemblée de nomination, même s’il arrive aussi que certains ou plusieurs d’entre eux soient nommés directement par le chef.

Tous les partis politiques sérieux ont aussi un processus de vérification en place afin de s’assurer que la personne qui portera leur couleur n’a pas de squelettes dans son placard ou que ses valeurs soient compatibles avec sa famille politique.

C’est une responsabilité importante. Les partis et les chefs ne se gênent pas pour utiliser leur pouvoir de vie ou de mort sur les candidatures, autant pour de bonnes que pour de mauvaises raisons.

Par exemple, en novembre 2011, le comité d’approbation du Parti libéral a rejeté la candidature de Kevin Arseneau (aujourd’hui député du Parti vert) dans Kent-Nord. On reprochait surtout à M. Arseneau d’avoir osé critiquer le gouvernement Gallant par le passé. Il avait aussi déclaré qu’il ne serait pas un mouton.

C’en était trop. Comme bien d’autres formations politiques, le Parti libéral n’a que faire des libres-penseurs. La fidélité au chef et au parti doit être totale.

Cela peut paraître injuste, mais le système est fait ainsi. Le chef a le dernier mot. Les partis ont beau jouer un rôle crucial en démocratie, il n’en reste pas moins qu’ils fonctionnent souvent comme une dictature.

Cette semaine, tant le progressiste-conservateur Blaine Higgs, le libéral Kevin Vickers que l’allianciste Kris Austin ont dû réagir dans des dossiers sensibles et controversés.

M. Higgs a d’abord dû couper les ponts avec son candidat dans Victoria-La Vallée, Roland Michaud. M. Vickers a ensuite dû faire de même avec John Gardner, dans Sainte-Croix. Les deux hommes avaient écrit ou partagé, dans les médias sociaux, du contenu transphobe, homophobe ou sexiste.

Mercredi matin, la People’s Alliance a largué sa candidate Heather Collins, dans Tantramar. Elle avait rédigé des tweets islamophobes, pour ne pas dire racistes.

Dans ce dossier, les chefs ont agi de façon rapide et décisive. Ils ont montré du leadership et fait la démonstration que leurs valeurs sont plus fortes que la possibilité de remporter un siège à tout prix.

Cela dit, si Blaine Higgs, Kevin Vickers et Kris Austin ont fait ce que nous attendions d’eux, nous ne pouvons pas en dire autant à propos des comités et des personnes qui ont, à la base, approuvé les candidatures de M. Michaud, de M. Gardner et de Mme Collins.

Le nom de ces trois personnes n’aurait jamais dû se retrouver sur un bulletin de vote à côté d’un parti politique digne de ce nom.

Nous reconnaissons que la campagne électorale a été déclenchée de façon précipitée. Plusieurs ont été pris au dépourvu dans les associations de circonscription. Les vérifications habituelles ont été faites plus rapidement qu’à l’habitude. Clairement, certaines enquêtes ont été bâclées.

Cela n’excuse pas tout. Les partis politiques doivent faire un meilleur travail pour vérifier le passé de leurs candidats, y compris dans les médias sociaux.

Ce n’est pas si compliqué. Le tweet dans lequel Mme Collins dénonce l’immigration des personnes musulmanes ne date pas d’il y a 30 ans. Il a été publié l’année dernière! N’importe qui se donnant un peu de peine aurait pu découvrir les propos de la candidate et allumer un voyant rouge.

Pour un parti politique, il est à la fois plus facile et plus difficile de découvrir la vraie nature des aspirants candidats. Plus facile parce que tout est souvent là, dans les médias sociaux. Nous sommes des livres ouverts. Mais aussi plus difficile parce que l’époque où il suffisait de faire appel à une banque de données des médias pour vérifier les déclarations passées d’une personne est révolue. Il faut plutôt fouiller dans des centaines, sinon des milliers de tweets, de messages Facebook et de photos Instagram.

Pour les formations politiques, il n’y a toutefois pas manière d’y échapper. Elles doivent faire mieux.

Elles doivent intercepter les intolérants et les gens au jugement déficient avant la campagne électorale. Pas une semaine avant le jour du scrutin et tout de suite après le vote par anticipation.