Le gagnant: Blaine Higgs

La dernière semaine a été marquée par des débats, rendez-vous et forums des chefs. À la fin de tout ça, un constat s’impose. Blaine Higgs est le grand gagnant de cette série d’affrontements entre les leaders.

Soyons clairs. Cela ne signifie pas que Blaine Higgs a le meilleur, qu’il s’est imposé au-dessus de la mêlée ou qu’il a distribué les K.O. à répétition. Ni même qu’il remportera les élections, quoiqu’il est en bonne position pour réussir.

Il a en fait été égal à lui-même et fidèle à sa stratégie de campagne électorale, c’est-à-dire de vanter son bilan, en dire le moins possible sur ses intentions, nier l’existence de plans secrets de compressions budgétaires et ne rien dire qui pourrait attiser les passions des électeurs.

Et ça marche! Blaine Higgs et le Parti progressiste-conservateur sont aujourd’hui en aussi bonne posture, à deux jours du vote, qu’ils ne l’étaient au déclenchement de la campagne.

Les débats n’ont probablement pas fait bouger l’aiguille. Ceux qui pensent voter progressiste-conservateur n’ont rien vu ou entendu qui les feront changer d’idée. Même chose pour ceux qui préfèrent voter pour l’un des quatre partis d’opposition.

L’équilibre des forces étant ce qu’il est, et sans vouloir présumer de la façon dont les électeurs voteront, ce statu quo favorise le gouvernement sortant.

Au Nouveau-Brunswick, les électeurs n’élisent pas un nouveau gouvernement. Ils défont celui qui est déjà en place quand ils en ont assez de lui.

Ce n’est pas à dire que les débats en général, et le Grand rendez-vous des chefs de Radio-Canada Acadie et de l’Acadie Nouvelle en particulier, ont été inutiles. Même si les leaders ne se sont pas gênés pour offrir des réponses préfabriquées ou sortir la cassette, nous avons quand même appris des bribes d’informations pertinentes à propos des intentions des cinq hommes qui veulent diriger le Nouveau-Brunswick ou influencer l’action du gouvernement.

Par exemple, il est clair que le chef progressiste-conservateur Blaine Higgs nous prépare une réforme municipale, même s’il refuse de le dire ouvertement et que son programme électoral n’en fait mention nulle part.

Pendant le Grand rendez-vous des chefs, il a toutefois souvent fait référence à l’importance de donner plus de pouvoirs aux régions. Fredericton n’a pas toutes les réponses, a-t-il expliqué. Il a aussi insisté sur le fait que les municipalités doivent avoir un meilleur appui de la part des communautés qui les entourent.

M. Higgs n’imposera pas de fusions forcées. Mais ses propos, pendant le Grand rendez-vous des chefs, laissent croire qu’il a quelques idées derrière la tête pour renforcer la collaboration entre les villes-centres, les villages et les districts de services locaux (DSL) et sur le financement de celles-ci.

Des idées qu’il refuse toutefois de nous partager avant le jour du scrutin…

De son côté, le libéral Kevin Vickers a misé sur le développement économique. Il est difficile toutefois de comprendre pourquoi il a tant insisté sur les mini-réacteurs nucléaires, alors que l’enjeu touche surtout les citoyens de la région de Saint-Jean et de Pointe Lepreau, où ceux-ci seraient construits. Pas exactement la meilleure façon de faire rêver les Néo-Brunswickois francophones.

Il a aussi répété son mantra voulant que le gouvernement provincial doit mieux collaborer avec le fédéral. Il a raison. Le Nouveau-Brunswick est trop petit et trop pauvre pour se passer de l’aide d’Ottawa.

Cela dit, une campagne électorale est le moment pour un chef de démontrer de quel bois il se chauffe. Laisser entendre que l’avenir du Nouveau-Brunswick passe par le fédéral n’est pas l’argument de vente le plus convaincant pour devenir premier ministre.

Par ailleurs, une mention spéciale au chef du Parti vert, David Coon, qui a dit la meilleure ligne de la soirée: «Sans l’Acadie, le Nouveau-Brunswick n’est pas le Nouveau-Brunswick».

Nous rêvons du jour où un premier ministre prononcera une telle phrase avec fierté à l’Assemblée législative.

Un mot en terminant à propos du format du Rendez-vous des chefs. Le défi de présenter un forum en français, avec trois chefs unilingues qui devaient s’exprimer aux téléspectateurs à travers la traduction simultanée, était monumental.

Les problèmes techniques auraient-ils pu être réglés et la traduction simultanée aurait-elle été améliorée si le rendez-vous avait été préenregistré? Aurait-il été possible, comme autre option, de laisser les chefs s’exprimer en anglais à la télé, avec la traduction en sous-titres, comme le fait l’émission Tout le monde en parle?

Difficile de répondre. Nous sommes en territoire inconnu, avec autant de partis politiques qui ne se donnent plus la peine d’élire des chefs bilingues. Nous ne pouvons que formuler le souhait que la situation s’améliorera lors de futures élections.